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Glyphosate : pourquoi le sujet déchaine autant les passions ?

Désherbant le plus vendu sur toute la planète, le glyphosate est toujours au cœur de vives controverses en raison de ses impacts environnementaux et sanitaires.

Le glyphosate, herbicide emblématique de notre époque, suscite autant d’intérêt dans les milieux agricoles que parmi le grand public. Fruit des recherches du chimiste suisse Henri Martin dans les années 1950, cette molécule s’apparente à un acide organique faible, structurellement proche de la glycine – un acide aminé naturel augmentée d’un groupement phosphonate. Sa configuration moléculaire singulière, lui confère une solubilité remarquable dans l’eau.

Initialement breveté en 1964 pour ses qualités d’agent mouillant, le glyphosate fut ensuite développé par l’entreprise Monsanto comme herbicide total dès 1974. En 2000, le glyphosate tombe dans le domaine public et son utilisation se démocratise rapidement dans l’agriculture conventionnelle.

Le glyphosate : un herbicide omniprésent mais contesté

Cet herbicide non sélectif agit en inhibant une enzyme cruciale pour la croissance végétale, éliminant ainsi toute plante à son contact. Sa rapidité d’action et son coût modéré en font un allié prisé des agriculteurs, qui l’emploient pour désherber avant les semis, après les récoltes, ou entre les rangs cultivés.

Pour optimiser son absorption par les végétaux, le glyphosate est généralement formulé en sel d’isopropylamine : c’est le fameux Roundup. Des adjuvants tels que le polyoxyéthylène amine sont incorporés pour accroître son efficacité, bien que leur toxicité ait conduit à leur interdiction en France dès 2016.

Néanmoins, l’usage du glyphosate reste au cœur de vives polémiques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l’a classé comme « cancérogène probable » pour l’homme en 2015, une catégorisation contestée par d’autres instances telles que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Le CIRC avait mis en lumière des « études de cas-témoins d’exposition professionnelle conduites en Suède, aux États-Unis et au Canada ont montré des risques accrus » de leucémie (cancer du sang)Des effets délétères confirmés plus tard, en 2021 par l’INSERM suite à une expertise collective.

Des études épidémiologiques évoquent un lien potentiel entre l’exposition au glyphosate et certaines pathologies, notamment les lymphomes non hodgkiniens (cancer du système lymphatique), mais ces conclusions demeurent encore sujettes à débat.

Par ailleurs, le glyphosate, une fois au contact de l’environnement, se dégrade en une autre substance, l’acide aminométhylphosphonique (AMPA). Un acide très persistant et stable susceptible de contaminer fortement les cours d’eau et d’impacter la biodiversité.

L’AMPA est toxique pour de nombreuses espèces aquatiques, comme les algues, les crustacés et les poissons. Il peut perturber leur croissance, leur reproduction et leur survie et déséquilibre les écosystèmes en s’accumulant dans les organismes vivants.

Une question politique et environnementale complexe

La France se trouve aujourd’hui confrontée à un dilemme cornélien quant à l’usage du glyphosate, cherchant à concilier impératifs de santé publique et exigences du monde agricole. Pour de nombreux agriculteurs, le glyphosate est un outil indispensable pour désherber efficacement leurs cultures et maintenir leur compétitivité. C’est tout un modèle économique qui repose sur l’utilisation de celui-ci.

Malgré les controverses, le glyphosate est toujours autorisé dans l’Union européenne et son utilisation a été reconduite jusqu’en 2033. Une décision prise par la Commission européenne, qui a proposé ce renouvellement l’an dernier ; une proposition adoptée par les États membres.

Les puissants lobbies agrochimiques exercent une pression considérable pour maintenir cette autorisation, tandis que les mouvements écologistes et une frange croissante de la population réclament son interdiction pure et simple. Un éventuel bannissement du glyphosate pourrait néanmoins engendrer de lourdes conséquences économiques, particulièrement dans certains secteurs comme la viticulture et l’arboriculture.

À l’échelle européenne, la question de l’autorisation du glyphosate reste un sujet de dissensions entre les États membres, certains plaidant pour son interdiction totale, d’autres défendant ardemment son maintien. La décision cruciale de renouveler ou non l’autorisation de cette substance est attendue pour 2027, laissant présager des débats particulièrement animés

Nouvelles découvertes et hypothèses sur la persistance du glyphosate

Une étude récente menée par l’université de Tubingue en Allemagne et publiée le 23 juillet a mis en lumière un fait surprenant : la persistance du glyphosate dans les cours d’eau européens pourrait être davantage imputable aux produits ménagers qu’aux pratiques agricoles en tout cas, en Europe.

Selon Carolin Huhn, co-auteur de cette étude, « Les eaux usées municipales jouent un rôle. Certains résultats de l’étude nous montrent également que nous devons localiser une source de glyphosate à proximité des ménages ».

Les résultats de cette recherche suggère que l’AMPA est également un sous-produit d’une molécule fortement utilisée dans les détergents et les lessives : les aminopolyphosphonates. Ces composés, utilisés comme agents antitartre et stabilisants, se dégraderaient en glyphosate lors du traitement des eaux usées.

Cette révélation pourrait bouleverser les stratégies de réduction du glyphosate, jusqu’alors principalement axées sur le secteur agricole, et influencer fortement les politiques de gestion des ressources hydriques.

Les militants écologistes, qui militaient avec ferveur pour l’interdiction de cet herbicide controversé, se voient contraints de reconsidérer leurs cibles potentielles, en incluant désormais les produits d’entretien domestique.

Carolin Huhn résume ainsi la situation : « Ces résultats pourraient expliquer pourquoi il n’a pas été, et il ne sera pas possible, de réduire la pollution des rivières par le glyphosate en Europe grâce à des stratégies de réduction des herbicides. Nous sommes conscients que nos résultats peuvent avoir des implications considérables, notamment pour l’industrie et les décideurs politiques, mais aussi pour la manière dont la surveillance des eaux de surface peut être améliorée ».

En définitive, la problématique du glyphosate s’avère bien plus complexe qu’initialement envisagée, transcendant les seules préoccupations agricoles pour embrasser des enjeux sociétaux plus vastes. Les récentes découvertes sur son origine potentielle dans les produits ménagers ouvrent de nouvelles perspectives, tout en complexifiant davantage le débat. Comme disait l’autre : « On est pas sortis du sable ! »

  • Le glyphosate, herbicide controversé, reste autorisé dans l’UE jusqu’en 2033 malgré les débats sur ses risques sanitaires et environnementaux.
  • Une étude récente suggère que les produits ménagers contribuent à la pollution des eaux en Europe par le glyphosate
  • Cette découverte pourrait redéfinir les stratégies de réduction du glyphosate et influencer les futures politiques environnementales.

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Par : Gouvernement français
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1 commentaire
1 commentaire
  1. Dommage que ce passage soit mis en bas de l’article 🤔…  « Une étude récente menée par l’université de Tubingue en Allemagne et publiée le 23 juillet a mis en lumière un fait surprenant : la persistance du glyphosate dans les cours d’eau européens pourrait être davantage imputable aux produits ménagers qu’aux pratiques agricoles en tout cas, en Europe. »…car bon nombre de lecteurs ne vont pas lire l’article jusqu’au bout…et c’est toujours les mêmes qu’on accusera ! D’où des mouvements écologistes et une frange croissante de la population comme vous dites.
    VIVE TRICATEL

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