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Fintech

Green-Got : « le plus gros levier pour la transition écologique, c’est la finance »

Pour les cofondateurs de Green-Got, bâtir une néo-banque « verte » passera par le rachat d’obligations vertes de l’État.

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Green-Got neo-banque
Andrea Ganovelli et Maud Caillaux, les cofondateurs de Green-Got © Green-Got

Maud Caillaux et Andrea Ganovelli l’espèrent de tout coeur, mais ils n’y croient pas : les banques traditionnelles ne réorienteront pas du jour au lendemain leurs investissements carbonés vers des projets durables, et cela ne fera que retarder la transition écologique. Sensibles à l’urgence mondiale pour le climat, ils ont décidé de se lancer dans l’élaboration d’une néo-banque française, qui devrait être mise en place en fin d’année

Dénommé Green-Got, l’établissement de paiement n’a pas encore donné de précisions quant aux acteurs avec lesquels il lancera son offre. Les deux cofondateurs ont accepté de s’entretenir avec Presse-citron pour dévoiler les premières lignes de leur modèle d’affaires, et leur avis sur l’argument commercial de l’écologie dans l’univers bancaire.

Presse-citron : La néo-banque Green-Got doit être lancée avant la fin de l’année. Une étude de KPMG a montré que le marché de la néo-banque était proche de la saturation en France – et leur modèle économique a été mis à mal par la crise. Sur quoi allez-vous capitaliser pour vous différencier ?

Maud Caillaux : KPMG part du principe que le marché est saturé, et cela peut être compréhensif dans le sens où l’on retrouve souvent la même offre, avec une carte bancaire gratuite. Mais si l’on regarde la troisième génération de néo-banques, dites de « niche », aujourd’hui en France nous n’avons pas de néo-banque « verte ». Donc finalement, le marché est saturé de façon globale, mais nous, notre proposition de valeur est plus profonde qu’un simple compte gratuit et pratique. Notre outil permettra à nos clients d’avoir un impact positif dans leur quotidien. Aujourd’hui, il n’y a absolument aucune banque et néo-banque qui propose ça en France. Sur ce point de vue là, le marché n’est pas du tout saturé. Au contraire, il n’y a personne encore.

Andrea Ganovelli : Green-Got est une néo-banque « verte ». En apparence, nous faisons exactement la même chose que les néo-banques classiques : le même service et le même type d’application. La différence est que de notre côté, cela a un impact. Il faut savoir qu’aujourd’hui, la plus grosse empreinte carbone d’un Français en moyenne, c’est son compte bancaire. Il s’agit de quelque chose qui est méconnu, mais la plus grosse partie de notre impact CO2 dans notre quotidien, c’est notre compte bancaire. Ça représente à peu près 12 tonnes.

Pourquoi ? Sur notre compte épargne et notre compte courant, les banques traditionnelles utilisent notre argent pour venir augmenter la taille de leur bilan. Pour cela, elles financent directement des industries fossiles, comme le charbon, le gaz, ou les industries minières.

Chez Green-Got, l’argent de notre compte est toujours placé, investi. Mais il l’est entièrement sur des projets verts. Ça ne change rien du tout pour le consommateur et son compte courant. Ce n’est pas lui qui décide où investir et qui supporte le risque, le montant sur son compte courant est toujours le même, mais l’impact de son compte courant est totalement différent et à l’opposé de son impact actuel.

Presse-citron : Ces derniers mois, on a vu de nombreuses néo-banques se lancer sur le créneau « écolo » avec parfois une impression d’utiliser l’environnement et le social comme un argument marketing quelconque. Cet axe de différenciation est-il durable ?

Andrea Ganovelli : On espère que les banques traditionnelles se tourneront vers cette sensibilité écologique. Si demain Green-Got permet à toutes les banques de faire la même chose et de permettre d’arrêter les subventions aux énergies fossiles, on aura tout gagné. Maintenant, nous, on ne croit pas que ces banques aient la capacité de le faire, parce qu’elles sont totalement dépendantes de ces actifs-là. Société Générale et BNP Paribas, pour ne pas les citer, doivent toujours continuer de subventionner des énergies carbonées. On l’a vu précédemment, une centrale à charbon est née en Allemagne, et les deux principaux financiers étaient les deux établissements français. Elles sont intrinsèquement liées à ces actifs, et elles ne peuvent pas changer.

Maud Caillaux : Pour ce qui est des autres banques, qui prennent l’écologie comme un argument commercial, je crois que les gens ne sont pas stupides. Vouloir être une néo-banque verte mais travailler avec la Société Générale par exemple, c’est très schizophrène comme proposition de valeur. La transparence doit être de mise, et sur ces questions-là, je pense que le consommateur est très éduqué.

Presse-citron : Vous avez l’intention d’offrir des solutions d’investissements responsables à vos clients. Comment allez-vous procéder ? Avez-vous un partenaire pour vous accompagner sur les fonds ESG ? Est-ce plutôt le soutien à des petites initiatives locales ?

A.G. : Sur le compte courant, une partie de l’argent peut être utilisé par les banques. Ce que l’on va faire avec Green-Got, c’est que l’argent va permettre directement le financement d’obligations vertes. Nous allons utiliser un partenaire bancaire qui va placer ces sommes sur des obligations vertes émises par des États, qui fournissent les détails de leurs investissements. On peut voir par exemple que l’État français émet chaque année des obligations vertes à hauteur environ de 10 milliards d’euros. Cela peut servir au financement de réseaux de transports en commun, d’entretien des forêts, l’entretien des océans, de l’éolien, etc.

Ensuite, nous proposerons des solutions d’épargne dans lesquels les consommateurs auront le choix de projets dans lesquels ils veulent investir. Green-Got fera une pré-sélection pour n’avoir que des projets viables économiquement et sécurisés. Aujourd’hui, si on veut investir de façon responsable, c’est très compliqué – il faut s’y connaître en finance. En passant par l’épargne de Green-Got, le but est de permettre au client de pouvoir investir en toute sécurité et en seulement quelques clics.

Presse-citron : Je me permets de revenir sur le compte courant. Votre gérant d’actif va investir dans quelles obligations ? Est-ce que vous avez une idée des pays, est-ce qu’il ne s’agira que de la France ? Partez-vous du principe que la France est un modèle écologique ? 

A.G. : Nous allons exclure des pays comme la Chine et les obligations vertes d’entreprises. Nous allons utiliser des obligations de l’État français et de certains États européens. Ce n’est pas parce que l’on finance des obligations vertes françaises que l’on considère que la France est un modèle parfait. Mais aujourd’hui, en France, il y a des choses très bien pour l’écologie. Nous avons en détail ce que finance l’État.

En revanche, nous ne pouvons pas flécher l’argent de chaque utilisateur sur les projets dans lesquels son argent sera investi depuis ces obligations. C’est quelque chose qui n’est pas possible, mais nous avons tout de même ce détail des projets dans lesquels les 10 milliards de dettes de la France.

Ce n’est pas parce que l’on finance des obligations vertes françaises que l’on considère que la France est un modèle parfait

M.C. : Je me permets de revenir sur la question de modèle écologique de l’État. Je pense que ce n’est pas la question. Ce que fait au niveau écologique l’État français, oui nous avons envie de soutenir ces mesures-là, ça c’est sûr. Est-ce qu’en soutenant ces mesures-là on soutient l’ensemble des mesures du gouvernement français ? Non, ce n’est pas notre discours.

L’État aura un rôle fondamental dans la transformation écologique. Ce serait très peu pragmatique de l’exclure de cette transformation dont on a besoin et qui doit se faire sous 10 ans, car le compteur tourne et de plus en plus vite. Donc soutenir l’État, qui est finalement la seule institution qui a le pouvoir d’avoir un impact à l’échelle nationale, ça ne laisse pas place à des questions.

Presse-citron : Les néo-banques les plus influentes comme Revolut ou N26 comptent s’appuyer sur des millions d’utilisateurs pour trouver (un jour) leur rentabilité. Et vous, comment allez-vous atteindre cet objectif ? Avez-vous l’intention d’être soutenu par des acteurs publics ? Et si oui, ce type d’investissement saura-t-il vous permettre de rivaliser avec des acteurs moins scrupuleux sur la question ?

A.G. : Comme on le disait au début, c’est pour cette raison que nous choisissons d’avoir un modèle qui est payant. Le principal revenu de Green-Got sera sa souscription. Ça nous permet de pouvoir faire les bons choix par la suite en matière d’investissement. Aujourd’hui des banques qui sont peu scrupuleuses qui offrent des comptes gratuitement, forcément elles ont besoin de se rémunérer autrement. Elles vont s’orienter vers des actifs qui à court terme sont plus rentables, mais aussi carbonés, malheureusement.

Nous n’allons pas faire appel à des acteurs publics, le prix a été établi de la manière la plus juste possible pour que Green-Got puisse être indépendant et qu’on puisse nous permettre de faire nos choix en matière d’investissement. Le prix que l’on fixe aujourd’hui permet de ne pas courir après des levées de fonds incessantes tous les 18 mois pour pouvoir survivre.

Presse-citron : Quand on se penche sur l’univers bancaire, on y découvre les impressionnantes infrastructures techniques – virtuelles et physiques – dont on a besoin pour faire fonctionner ce système à l’échelle mondiale. Par nature, le monde de la finance ne serait-il pas contraire à l’écologie ?

A.G. : Non, je ne suis pas d’accord. Aujourd’hui, l’écologie a besoin d’être financée. Nous avons besoin de réorganiser complètement la façon dont le monde fonctionne et la façon dont les échanges se font aujourd’hui. Pour ça, il faut des investissements, nous avons besoin d’argent. Et il n’y a que le monde de la finance qui peut amener cet argent-là. Intrinsèquement, nous avons besoin de la finance pour financer la transition énergétique et la transition écologique.

M.C. : Nous chez Green-Got, on ne pense pas qu’il soit possible que le système actuel tombe d’ici dix ans, et règle tous les problèmes. On pense vraiment qu’il faut jouer avec les cartes actuelles, être le plus pragmatique possible. Le plus gros levier que l’on peut actionner pour financer enfin cette transition écologique et énergétique, c’est la finance.

Nous avons besoin de la finance pour financer la transition énergétique et la transition écologique.

Presse-citron : Une étude (publiée par ING et reprise ici) affirme que la crise sanitaire a fait évolué les attentes des Français : ils ont davantage besoin d’assurance en matière de solidité financière. La conscience écologique / environnementale peut-elle prendre le dessus ?

A.G. : Les deux ne sont pas incompatibles. Nous chez Green-Got, les fonds des déposants seront sécurisés à hauteur de 100 000 euros, exactement comme pour toutes les autres néo-banques européennes. Au même titre qu’elles, nous sommes sous le contrôle de l’ACPR, l’industrie est extrêmement régulée, et bien heureusement. Ce n’est pas parce que l’on a des valeurs écologiques et ce n’est pas parce que l’on veut protéger le climat que l’on est moins sécurisé et plus dangereux que les autres banques.

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Juliettec

    10 juillet 2020 at 8 h 31 min

    Pour l’instant des beaux discours mais vous n’avez pas de banque derrière ?! Super marketing alors que vous n’êtes pas capables de mettre en place ce système sans banque

  2. Frederic

    13 juillet 2020 at 19 h 23 min

    Merci pour l’article, c’est super intéressant, je ne connaissais pas et me suis pré-inscrit! Bon courage pour ce beau projet.

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