Elon Musk s’attaque à Wikipédia. Le milliardaire américain a en effet lancé Grokipedia, une encyclopédie en ligne propulsée par son IA Grok. Ce site, encore en version 0.1, est d’ores et déjà accessible aux utilisateurs (uniquement en anglais).
Grokipedia fonctionne de la même manière que Wikipédia. Vous cherchez un sujet, vous le tapez dans le moteur de recherche et vous avez tous les articles relatifs. Pour l’instant, il y en a 885 000 (contre 60 millions toutes langues confondues sur Wiki), mais ce chiffre va augmenter avec le temps. Nous l’avons longuement utilisé, voici trois choses qui nous ont surpris.
Une encyclopédie orientée politiquement
Nous nous y attendions, mais nous ne pensions pas que c’était à cette échelle. Par le passé, Elon Musk a plusieurs fois critiqué Wikipédia pour sa partialité, l’accusant d’être orienté à gauche, voire carrément d’être un outil de propagande « woke ». Une critique régulière dans les milieux conservateurs américain. C’est là que Grokipedia entre en jeu, puisqu’il se veut plus proche de la « vérité ».
Mais la vérité, ce n’est qu’une question de point de vue. Grokipedia est lui aussi orienté politiquement, mais penche logiquement du côté des conservateurs. Beaucoup. Il n’y a qu’à ouvrir quelques articles sur des sujets sensibles outre-Atlantique pour le constater. Deux exemples, sur Wikipédia, George Floyd est présenté comme un « afro-américain tué par un policier », alors que sur Grokipedia, il est introduit comme « un américain avec un casier judiciaire comprenant braquage à main armée, possession de drogue et vol ». Même chose sur les articles de Charlie Kirk, présenté comme un activiste d’extrême droite sur Wikipédia, et conservateur sur Grokipedia. Des choix de mots peu anodins qui orientent drastiquement les contenus. Ce ne sont pas des cas isolés, il y en a des milliers. Avortement, second amendement, Andrew Jackson… il n’y a qu’à naviguer entre les deux sites pour constater la différence.

Enfin, la page d’Elon Musk (évidemment très complète), lui donne constamment le beau rôle dans la section « controverses ». Tant qu’à faire…
Aucun humain à la manœuvre
Wikipédia est une œuvre collective. Chaque article est modifié par des humains, qui débattent souvent sur les ajustements à apporter. Ce n’est pas le cas de Grokipedia, dont les articles sont tous générés par IA. Un changement majeur, mais aussi fragile, puisqu’il se base sur les écrits d’humains à travers le web. Là encore, la promesse d’impartialité ne peut être tenue.
Chose intéressante, Grokipedia donne ses sources en fin d’article, comme sur Wikipédia. C’est bien. Plus intéressant encore, une mention en tête d’article nous dit de quand date le dernier fact-checking. Fact-checking réalisé par Grok, bien entendu. De fait, l’utilisateur a la certitude de lire un article « frais » ou non. Sur le papier, l’idée est bonne, mais le processus, contrairement à celui de Wiki, se montre totalement obscur. De quoi s’attendre à des dérives ?
Presque un copier-coller de Wikipédia
Grok prend ses sources ailleurs pour rédiger ses articles. Dans le lot, il y a évidemment Wikipédia, et cela se voit. Souvent.
Prenons l’exemple de l’article sur l’Empire Romain, l’un des plus longs. Quand on compare celui de Wikipédia et de Grokipedia, ce sont quasiment les mêmes. Grok s’est contenté de reformuler (et de rendre certains passages plus digestes, avouons-le), sans y apporter de sources supplémentaires. Même le sommaire est similaire. Le constat est le même sur de nombreux autres articles. Un énorme point faible pour Grok qui, sous ses airs d’encyclopédie « libre » de toute idéologie, reste tout de même extrêmement dépendant de Wiki.
Une encyclopédie globalement fiable
Si on met de côté les sujets politiques, nous avons été agréablement surpris par la fiabilité de Grok, même sur des sujets d’ultra niche. Prenons l’exemple de la biographie du roi babylonien Nabonide (615-539 av. JC). Grok ne se contente pas seulement de copier Wikipédia, mais récupère d’autres sources qui rendent la page beaucoup plus complète. Ce n’est pas une exception, puisque c’est le cas de nombreux articles. Celui sur Alexis de Tocqueville, par exemple, est bien plus intéressant et complet sur Grokipedia que Wikipédia. C’est un très bon point !

Difficile pour le moment de juger pleinement Grokipedia. Nous avons là une version incomplète, remplie de défauts et surtout graphiquement très rude (il n’y a aucun visuel, ni menu de navigation pour voler d’articles en articles). On peut aussi pointer du doigt l’orientation politique sur certains sujets. Toutefois, nous avons été surpris par l’outil, fiable, complet et surtout mis constamment à jour. Il faudra voir avec le temps, mais Grokipedia pourrait, avec de nombreuses améliorations, devenir un concurrent très sérieux à Wikipédia, qu’on pensait indéboulonnable. L’avenir nous le dira.
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