Passer au contenu

IA : une dépendance qui pourrait coûter très cher à nos sociétés

La techno-sphère nous dit que l’IA fait partie intégrante de notre avenir. Si elle disparaissait, que se passerait-il ? Pour certains chefs d’entreprise, on frôlerait l’apocalypse.

L’intelligence artificielle est-elle en train de devenir une ressource vitale ? À en croire les résultats d’un sondage mené par Endava auprès de 500 chefs d’entreprise britanniques, c’est déjà le cas : 66 % estiment que l’IA est aujourd’hui aussi essentielle que… l’eau ou l’électricité.

Une comparaison forte, que certains jugeront irrationnelle, qui en dit très long du chemin parcouru en à peine dix ans. Les outils fonctionnant grâce à l’IA sont partout ; ils ont été adoptés dans la gestion, la finance, le recrutement, les sciences ou la médecine. À tel point qu’il est plus facile aujourd’hui de dénombrer les secteurs qui ne l’utilisent pas que l’inverse. En s’abandonnant à une confiance démesurée dans une technologie, on accroît le risque d’en devenir dépendant. Et si la technologie en question ; ici l’IA ; venait à disparaître ? Pour une majorité de chefs d’entreprise britanniques, le constat est unanime : un vide absolu.

Le confort technologique a-t-il tué notre vigilance ?

D’après l’étude, 93 % des dirigeants interrogés veulent que l’IA soit déployée aussi vite que possible dans leurs secteurs. Pour 84 %, ces outils sont d’ores et déjà intégrés à leur quotidien sous la forme de « compagnons » conversationnels, tandis que deux tiers leur confient des décisions automatisées, parfois sensibles.

Nous sommes donc au-delà de l’effet wahou ou de l’engouement pour les chatbot grand public comme ChatGPT ou Gemini. Compte tenu de ces résultats, on voit bien que l’IA est perçue comme une extension fonctionnelle des processus décisionnels, des chaînes logistiques, voire des réflexes humains eux-mêmes. L’IA n’est pas (encore) un service vital comme l’électricité, mais elle agit déjà comme tel dans les usages professionnels des patrons interrogés.

À force d’avoir trop délégué à l’IA, d’avoir bâti des systèmes dans lesquels elle est une espèce de colonne vertébrale, nous avons inversé la hiérarchie des compétences. L’humain est presque devenu un auxiliaire d’une « chaîne algorithmique » à laquelle il ne pourra peut-être plus s’adapter.

Cette standardisation impose donc une forme de normativité molle : elle nous désapprend à douter, à réfléchir à un plan B si elle disparaissait. C’est ainsi qu’une société peut devenir technologiquement avancée, mais épistémiquement appauvrie.

L’illusion d’un socle solide

Cette course vers l’automatisation s’accompagne d’un autre chiffre : 96 % des personnes interrogées souhaitent un encadrement international indépendant, mené de préférence par les États. La confiance règne, mais elle est conditionnée : le système est jugé indispensable, mais pas encore assez mature.

Plus de la moitié des chefs d’entreprise interrogés redoutent d’ailleurs que les infrastructures actuelles (juridiques, techniques, éthiques) soient déjà obsolètes alors que l’IA s’est déjà immiscée dans quasiment toutes les strates de décision.

On voit bien qu’il y a décalage : ces patrons poussent l’IA au chausse pied au centre de leur process sans qu’existe le moindre socle commun ou d’organisme de contrôle. L’appel à une instance internationale indépendante (et idéalement publique) montre au moins que cet enthousiasme n’est pas synonyme d’aveuglement total.

Toutefois, cela revient finalement à vouloir bâtir une centrale électrique sans générateur : tant que l’efficacité l’emporte sur la résilience et la vitesse sur la supervision, tout roule et on applaudit. Au premier incident qui surviendra, on découvrira certainement ce que cette belle machine dissimule : une absence totale de responsabilité et de gouvernance. Voilà ce qu’il faut retenir de l’enquête d’Endava : ce n’est pas l’IA qui est le sujet à interroger, mais notre manière de l’absorber et de la déployer dans un cadre insuffisant. Si elle doit être un socle, notre premier devoir devrait être de vérifier que celui-ci ne soit pas creux.

  • L’IA s’impose comme un outil indispensable pour de nombreux dirigeants, au point d’être perçue comme une ressource aussi vitale que l’eau ou l’électricité.
  • Cette intégration rapide crée une dépendance croissante, menaçant notre capacité à réagir en cas de défaillance du système et nous rendant potentiellement aveugles aux risques.
  • Malgré un désir de régulation, l’absence d’un cadre solide expose à une gouvernance illusoire, où l’efficacité prime sur la sécurité : un prélude à de potentielles crises de responsabilité.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech