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Cet iceberg vieux de 40 ans est en train de virer au bleu : pourquoi les scientifiques sont inquiets ?

L’un des derniers géants de l’Antarctique est en train de craquer : sa mort est proche et c’est une très mauvaise nouvelle pour la planète.

Il a survécu à la chute du mur de Berlin, à l’avènement d’Internet, à la catastrophe de Tchernobyl et à des décennies d’errance dans les eaux glacées de l’Antarctique : le légendaire iceberg A-23A, le plus gros de notre planète. Sa disparition, nous vous l’annoncions déjà dans cet article datant de septembre 2025, et les dernières observations du satellite Terra et de l’ISS ne viennent que confirmer les craintes concernant son destin. Le géant est en train de perdre son combat contre le réchauffement climatique et dépose lentement les armes.

A-23A s’est paré de traînées d’un bleu aigue-marine profond (voir photo ci-dessous) ; un phénomène chromatique très inquiétant, puisqu’il est la preuve que ce vieux colosse est en phase terminale. Le point de non-retour a été atteint, et il ne lui reste plus très longtemps avant qu’il ne se dissolve totalement. Ce n’est malheureusement que peu surprenant au vu des projections établies au mois de février par cette étude concernant la disparition des glaciers, qui prédisait que la moitié des glaces mondiales s’évaporera d’ici 2100, une liquidation définitive dont A-23A n’est qu’un tragique avant-goût.

A23a
A-23A vu du ciel : les traînées bleues sur l’image sont de l’eau de fonte pénétrant ses entrailles, qui, à terme, précipiteront sa fin. © NASA Earth Observatory image by Michala Garrison, using MODIS data from NASA EOSDIS LANCE and GIBS/Worldview

A-23A : le bleu de l’agonie

Rappelons d’abord une distinction fondamentale avant de nous attaquer au cœur du sujet : un iceberg est un morceau de glacier qui s’est détaché de sa plateforme de glace, un processus nommé vêlage. Détaché depuis 1986 de la barrière de glace de Filchner-Ronne, A-23A est privé de son socle protecteur depuis et s’est retrouvé isolé dans des eaux de plus en plus chaudes.

Il n’a aujourd’hui plus aucune chance, car le bleu azur que l’on peut observer sur le cliché n’est autre que de gigantesques volumes d’eau liquides qui s’enfoncent et s’accumulent, pour former ce qu’on appelle des « melting ponds » ou étangs de fonte. Ces eaux, plus denses et plus lourdes que la glace solide, s’infiltrent dans le réseau complexe de crevasses qui zèbrent le géant. La masse de l’eau force alors les parois du glacier à s’écarter des unes des autres, jusqu’à ce qu’elles rompent (hydrofracturation).

Sous cette pression, A-23A est donc en train d’exploser de l’intérieur, et actuellement, il dérive dans l’Atlantique Sud, entre l’Amérique du Sud et l’île de Géorgie du Sud. En se désintégrant, il libère d’immenses quantités d’eaux douces dans l’océan, gorgée de nutriments qui étaient emprisonnés depuis des millénaires. Un petit festin qui fertilisera les endroits où il passera, car le phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire, en raffole. Ces micro-organismes pourront ainsi proliférer en se nourrissant des minéraux laissés par l’iceberg (le fer, notamment), qui mourra en donnant un petit coup de pouce à la pompe à carbone océanique.

Toutefois, ne nous y trompons pas : cet effet positif pour la biodiversité n’est qu’une trop maigre compensation si on la compare à la disparition de l’iceberg dans son intégralité. Sa superficie n’est plus que de 1 182 km2 (contre 4 000 km2 à sa naissance) et il est fort probable qu’il ne survive pas à l’été austral 2026, ce qui ne lui laisse donc que quelques mois devant lui. C’est un doyen des océans qui meurt sous nos yeux, ce qui entraînera, à terme, de sombres conséquences : perturbations des courants marins en raison de l’énorme apport d’eau douce, accélération de la fonte des glaciers continentaux, menace pour de nombreuses espèces endémiques de l’océan Austral qui feront face à une eau moins salée… Le combat qu’il menait contre le thermomètre était, dans tous les cas, inégal ; A-23A n’est qu’une victime collatérale de plus d’un progrès civilisationnel prédateur et de l’inertie politique.

  • L’iceberg A-23A, né en 1986, est en phase terminale en raison du réchauffement climatique.
  • Il présente des traînées bleues inquiétantes, indication de la présence d’infiltrations d’eau douce qui fragilisent sa structure.
  • Sa disparition pourrait perturber les courants marins et menacer des espèces endémiques de l’océan Austral.

 

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