Passer au contenu

4 infos sur EPI Company, la menace pour Visa et Mastercard en Europe

Les banques européennes tentent leur chance de chasser le duopole Visa et Mastercard. Pour récupérer leur souveraineté dans le paiement, elles vont surtout devoir montrer que la carte bancaire est un modèle dépassé.

Le virement instantané peut-il remplacer la carte bancaire ? Drôle de période pour se poser la question, et pourtant. À l’heure où les fintech du paiement peer-to-peer et du paiement en plusieurs fois s’écroulent, il y a une initiative européenne qui se lance. EPI Company, la société née d’un consortium d’une quinzaine d’acteurs bancaires européens dont votre banque fait certainement partie va lancer sa solution de paiement et tenter de chasser le duopole Visa et Mastercard, mettre à terme à l’utilisation de la carte bancaire, et redonner à l’Europe sa souveraineté dans le paiement.

Cela fait trois ans que le projet se développe. Si l’on en parle tant aujourd’hui, c’est parce qu’il est en voie de se concrétiser. D’ici la fin de l’année, la France et l’Allemagne accueilleront une première phase pilote pour le déploiement de la solution d’EPI Company dans le paiement par virement instantané. L’occasion de revenir sur le sujet qui risque de faire couler de l’encre ces prochains mois et ces prochaines années. L’ambition est particulièrement grande, et porterait le projet à s’inviter dans toutes les conversations.

1) EPI Company, une société de taille

En trois ans de développement, le projet a connu des hauts et des bas. Au départ, une vingtaine d’acteurs comptaient y participer, mais au vu du niveau de développement et des montants d’investissement à mettre, plusieurs se sont dégonflés. Aujourd’hui, alors que EPI Compagny voit le bout du tunnel, ils sont déjà quatre à avoir fini par rejoindre les actionnaires initiaux. Parmi eux, BFCM, BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Deutsche Bank, DSGV, ING, KBC, La Banque Postale, Société Générale, Nexi et Worldline. En tout, plus d’un milliard d’euros d’investissement ont été injectés.

epi company paiement europe banques actionnaires
© EPI Company

Plus qu’un consortium, la société a pris son envol et s’accorde déjà à une politique de croissance externe, faite de rachats. L’outil de virement instantané qu’il conçoit repose sur modèle déjà popularisé aux Pays-Bas, et EPI Company a choisi de racheter la solution interbancaire locale Currence iDEAL. Même chose au Luxembourg, avec l’acquisition du fournisseur de solutions de paiement Payconiq International. Dans un récent communiqué de presse, la société européenne a néanmoins signalé qu’il fallait encore que les autorités compétentes en matière de concurrence approuvent les deux transactions.

En plus d’une quinzaine d’acteurs dont votre banque fait certainement partie, on retrouve Worldline, qui n’est autre que la multinationale française qui était devenue leader des solutions de terminaux de paiement mondial avec son rachat d’Ingenico. Depuis février 2022 son capital est détenu par un fonds d’investissement américain, mais sa force de frappe est toujours immense avec une part de marché à 40 % évaluée en 2019 dans les points de vente, avec plus de 330 millions d’appareils en circulation et 550 000 clients.

2) “Une alternative à la carte bancaire”

Le calendrier de déploiement des nouveaux services d’EPI Company est le suivant : d’abord, il y aura un service de paiement de pair-à-pair, autrement dit d’un particulier à un autre particulier (à la manière de PayLib ou de Lydia). Ensuite, l’offre sera étendue à des paiements de particuliers vers les pros, comme pour payer un artisan, une baby-sitter, etc. Troisième étape : s’adresser aux points de vente et pouvoir payer sur les terminaux de paiement comme ceux de Worldline, dans les magasins, les bars et les restaurants par exemple.

Paiement sans contact
© Unsplash / Jonas Leupe

Enfin, pour renforcer l’attractivité de l’alternative européenne à Visa et Mastercard, EPI Company veut aussi aller développer des solutions de paiement en plusieurs fois, de paiement différé, ou encore le remboursement d’article renvoyé. Le projet doit aussi être international, avec le plus de pays européens couverts, pour avoir la possibilité de payer en France comme à l’étranger sans se soucier de son plan bancaire et de posséder la bonne carte bancaire de voyageur.

“Nous avons beaucoup travaillé pour proposer au commerce une vraie alternative à la carte bancaire. Nous proposons d’adapter le paiement instantané, qui a d’abord été conçu pour fonctionner de compte bancaire à compte bancaire, pour le rendre utilisable dans le commerce dans un grand nombre de situations”, expliquait dans une interview à nos confrères de La Tribune la directrice générale d’EPI Company Martina Weimert.

3) Briser le duopole Visa-Mastercard

Difficile de mesurer le poids de Visa et de Mastercard. Mais il est certain que leur duopole est toujours bien présent en Europe. Pour tous les commerçants rassemblés, cela représente au final des sommes astronomiques de commissions d’interchange reversées aux deux émetteurs de cartes américain, et une mainmise qui n’est jamais bon signe. Les deux géants du paiement ont beau avoir souffert de l’arrivée de nouvelles startup du paiement comme de gros groupes comme Apple et Google, ils restent une cible difficile en Europe.

Mastercard paiement
© Presse-citron

À sa genèse, la société EPI voulait briser le duopole en lançant sa propre carte bancaire. Cela n’a finalement pas été possible à cause de départs de différents acteurs, notamment en Espagne, mais la solution d’une alternative totale à la carte bancaire est peut-être finalement la meilleure décision. Notamment car le projet pourra définir ses propres commissions d’interchange voire de les supprimer totalement, pour favoriser les commerces à s’y tourner et y voir un grand intérêt.

Sur la question du modèle d’affaires, tout est encore très vague et il est difficile de savoir encore comment EPI gagnera de l’argent si sa politique est d’abaisser au maximum les coûts, que ce soit pour les particuliers comme pour les professionnels et les banques partenaires. En s’exprimant sur le sujet, la directrice générale Martina Weimert disait : “le marché du paiement est très compétitif et nous devrons être nous aussi très compétitifs. Nous avons bien conscience que nous sommes un modèle d’affaires à faible marge et gros volumes, dont la rentabilité ne s’envisage qu’à long terme et par la valeur apportée”.

4) Ça passe ou ça casse

Une “faible marge et de gros volumes”, implique donc une adoption massive. À l’image des néo-banques qui se lançaient avant 2020 dans l’objectif de ne proposer qu’une offre gratuite et capitaliser sur une rémunération par l’utilisation des cartes bancaires (les commissions d’interchange, on y revient), il faudra viser des millions de clients. Les banques qui ont financé le projet souhaiteront déjà pouvoir avoir un retour sur investissement, et y trouver un intérêt concurrentiel pour leurs clients ou futurs clients. Alors deux hypothèses se présentent : l’échec ou la réussite. Et sûrement pas de juste milieu.

Si le projet échoue, alors nous nous retrouverons avec un Paylib bis. Le service français de virement instantané entre particuliers et paiement mobile financé par de nombreuses banques françaises n’a jamais été adopté comme il l’aurait fallu, si bien qu’il a dû être laissé de côté dans son développement.

Si le projet réussit, alors nous nous retrouverons dans la même situation que l’Inde ou le Brésil, où le succès d’une solution de paiement par virement instantané est déjà au rendez-vous. Les deux pays ont adopté des systèmes équivalents, en 2016 et en 2020 respectivement. L’Europe peut compter sur une part de 80 % des citoyens équipés d’un smartphone, mais d’un taux de bancarisation bien plus élevé que celui de l’Inde et du Brésil, qui leur offrait l’opportunité de lancer une alternative plus accessible, donnant à de nombreuses personnes la possibilité de s’équiper d’une solution bancaire sans passer par le modèle traditionnel moins à portée de main.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

1 commentaire
1 commentaire
  1. Il faut, bien sûr, proposer le paiement en plusieurs fois gratuitement comme PayPal, proposer des micros crédits, proposer un wallet crypto pour attirer les jeunes, et surtout proposer un atout majeur en période d’inflation qui est du cash back sur absolument tous les produits sans strictement aucune conditions, comme le font certains acteurs alternatifs peu connus comme Binance, qui offrent ce service.
    Il faudra vraiment proposer une solution extrêmement attractive pour concurrencer Visa, Mastercard, Apple Pay et Google Pay . Pour cela il faudra un esprit très ouvert et développer le projet en tenant compte des avis et critiques atypiques provenant de tous horizons pour ne pas se planter magistralement et perdre des millions comme le projet Buyster lancé par l’alliance d’orange, Bouygues, et SFR, et qui devait à l’époque concurrencer uniquement Paypal, et qui n’a duré que 2 ans avant de disparaitre d’une façon pitoyable en ayant englouti quelques millions d’euros, et tout cela pour être restés en autarcie avec des œillères, refusant les conseils et avertissements provenant de différents milieux et acteurs parfois sans rapports avec le secteurs bancaire ou financier, mais ayant un œil avisé et serein sur le projet.

Les commentaires sont fermés.