La perte de poids est aujourd’hui un business qui pèse lourd, et comme tout business, il a ses dogmes et ses gourous. Parmi la myriade de régimes miracles que l’on peut trouver sur internet ou se faire conseiller, il y a le jeûne intermittent : une pratique dont les origines remontent aux années 1930, mais qui a littéralement explosé dans les années 2010-2015 avec l’avènement du fitness. Coqueluche de nombreux influenceurs qui la conseillent à tout va, cette méthode serait l’une des meilleures pour reprendre le contrôle sur son alimentation.
Pour rappel, le jeûne intermittent consiste à alterner des périodes où l’on s’autorise à manger et des phases de repos digestif plus ou moins longues. La version la plus populaire, le 16:8 (ou Time-Restricted Eating), propose de concentrer tous ses repas sur une fenêtre de seulement huit heures, laissant les seize autres au repos complet. Une alternance qui stimulerait, soit-disant, la restauration cellulaire et ferait fondre les graisses de manière très efficace. Ce n’est toutefois pas l’avis de ces chercheurs à l’origine de cette étude, publiée le 29 octobre dans la revue Science Translational Medicine. Le jeûne intermittent ne serait donc qu’un emballage marketing pour enrober une vérité vieille comme le monde : moins l’on ingère de calories, moins l’on prend du poids.
Le jeûne intermittent : un outil utile, mais pas pour les raisons que l’on croit
Pour cette expérimentation, une équipe du DIfE (Institut allemand de nutrition humaine) a suivi 31 femmes en situation de surpoids ou d’obésité, soumises à deux programmes de jeûne de deux semaines chacun. Le premier groupe dînait tôt (fenêtre de 8 h à 16 h), le second plus tard (13 h-21 h). Les chercheurs ont choisi de ne pas fausser les résultats : les participantes devaient manger à leur faim et consommer exactement le même nombre de calories qu’à leur habitude.
C’est ce qu’on appelle une étude isocalorique. Pourquoi est-ce si important dans ce contexte ? Parce que dans la plupart des régimes, on perd du poids simplement parce que l’on mange moins. Ici, l’objectif était d’isoler la variable temps pour voir si, à calories égales, l’heure du repas avait réellement une influence sur le métabolisme des participantes. En procédant ainsi, il est de fait bien plus simple de vérifier si le jeûne intermittent induit, par lui-même, des changements cellulaires ou métaboliques que la simple nutrition ne permettrait pas.
Si la théorie du 16:8 était fondée, le fait de ne pas se nourrir pendant 16 heures aurait dû suffire à provoquer une amélioration des constantes vitales, même avec des assiettes aussi remplies qu’auparavant. Baisse de la glycémie, par exemple, régulation de la tension artérielle ou encore diminution du cholestérol, par le seul effet du repos digestif prolongé. Mais rien de tout cela n’a été observé et aucun indicateur n’a montré d’évolution positive.
« Les effets cardiométaboliques bénéfiques décrits précédemment pourraient être induits par la restriction calorique provoquée par le Time-Restricted Eating, et non par le raccourcissement de la fenêtre alimentaire en soi », expliquent les auteurs. L’état de jeûne seul, s’il a provoqué une légère baisse de poids chez certaines, n’agit en réalité que sur le comportement : en limitant le temps passé à table, les calories ingérées sont moindres, et ce, sans même s’en rendre compte.
L’horloge biologique : le facteur clé
Si cette étude vient infirmer la thèse que le jeûne intermittent provoque bel et bien une perte de poids, les chercheurs ont toutefois observé un autre phénomène plutôt intéressant. En différant les heures des repas des participantes, celles-ci ont vu leurs rythmes circadiens se décaler.
Si notre organisme a besoin de la lumière du jour pour se situer dans le temps, l’arrivée des nutriments dans notre système digestif est l’un des déclics les plus puissants pour synchroniser l’activité de nos organes.
C’est ce qu’on appelle la chrono-alimentation : l’heure du repas informe les cellules de notre corps du moment de la journée. Dans cette étude, en restreignant les repas dans deux fenêtres horaires différentes, les chercheurs ont démontré que la réponse métabolique de l’organisme se décalait. Une nutrition tardive impose au corps un état de sollicitation énergétique, alors même que les signaux hormonaux amorcent normalement la phase de récupération nocturne.Ce décalage ne modifie pas le stockage des graisses si l’apport calorique reste identique, mais il vient contrarier les cycles de réparation cellulaire.
En effet, lorsque la fenêtre de nutrition s’achève à 16 h, l’organisme peut passer plus tôt vers ses phases de maintenance et de régénération. À l’inverse, un dîner tardif contraint le corps à traiter un apport de nutriments en maintenant un taux d’insuline élevé alors que la sécrétion de mélatonine (l’hormone du sommeil) a déjà débuté. Comme ces deux hormones fonctionnent en vase communicant, l’activité de l’une freine l’efficacité de l’autre : une interaction antagoniste qui perturbe la synchronisation de nos cycles biologiques.
Ce qui confirme que notre corps ne métabolise pas les aliments de la même manière selon la position du Soleil, même si les chiffres ne bougent pas immédiatement sur la balance.
La biologiste et nutritionniste Olga Ramich, co-autrice de cette étude, nous invite donc à comprendre que la fameuse fenêtre de tir, souvent survendue par les défenseurs du jeûne intermittent, ne fait pas tout. « Ceux qui veulent perdre du poids ou améliorer leur métabolisme ne doivent pas seulement surveiller l’horloge, mais aussi leur bilan énergétique [NDLR : ratio entre les calories ingérées et les calories dépensées] », explique-t-elle. Ce qui, au final, relève des fondamentaux de la nutrition : la quantité et la qualité nutritionnelle des aliments restent les seules maîtresses à bord. Considérer simplement le jeûne intermittent comme un cadre disciplinaire et une vision moderne d’un principe d’hygiène de vie oublié. Si vous ne laissez pas le temps à votre organisme de se reposer entre deux repas, vous sursollicilitez son métabolisme et dérégulez vos cycles naturels. Hippocrate, père de la médecine, préconisait déjà cette modération, et il a vécu il y a 2 500 ans ; nous n’avons donc pas inventé l’eau tiède.
- Le jeûne intermittent est souvent surestimé et ne remplace pas une alimentation équilibrée.
- Une étude montre que ses effets bénéfiques sont probablement dus à une simple réduction calorique.
- L’heure des repas influence le métabolisme, mais la qualité et la quantité des aliments demeurent essentielles.
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