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Kristo Käärmann (Transferwise) : "nous avons gagné une bataille contre les frais cachés, mais pas la guerre"

Depuis le 19 avril, une directive européenne oblige les prestataires de change à faire davantage de transparence sur les frais appliqués. Kristo Käärmann, co-fondateur de Transferwise, revient en exclusivité sur Presse-citron sur les conséquences de cette décision.

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Kristo Karmann TransferWise
Kristo Käärmann © TransferWise

Les prestataires de paiement vont (enfin) devoir faire preuve de transparence. La directive européenne qui vient d’entrer en vigueur oblige ces derniers à afficher les frais sur chaque opération. Kristo Käärmann, co-fondateur de la licorne TransferWise se félicite de la démarche mais il juge que celle-ci reste trop limitée. Nous l’avons interviewé.

Presse-citron : Avant d’aller plus loin, pouvez-vous d’abord nous présenter TransferWise en quelques mots ? A quels besoins répondez-vous ?

Kristo Käärmann : Chez TransferWise, nous avons pour ambition de fournir un service qui permette de transférer de l’argent à l’international, et à moindre frais. Aujourd’hui, ce sont des millions d’utilisateurs qui utilisent notre technologie pour bénéficier du taux de change en temps réel pour leurs opérations, sans frais cachés. Le taux de change qui sera pris en compte pour le change est celui que vous pouvez retrouver sur Google ou Bloomberg.

Nous avons créé un réseau bancaire local

Pour établir notre offre, nous avons créé un réseau bancaire local, qui nous permet d’optimiser les flux de trésorerie. Ainsi, un client qui veut envoyer des Euros vers un compte en US Dollar fera un premier virement vers notre compte en Euro. Nous créditerons alors le compte en US Dollar depuis notre compte américain, libellé en US Dollar.

Nous avons atteint une taille critique d’utilisateurs qui nous permet de réconcilier des ordres dans différentes devises, en évitant de passer par des opérations transfrontalières – onéreuses. Cette infrastructure nous permet d’être moins chère et plus rapide que la majorité des prestataires du marché.

Politique de prix Transferwise

© Transferwise

Presse-citron : TransferWise milite depuis des années pour davantage de transparence au niveau des frais sur les opérations de change. Depuis le 19 avril, une directive européenne oblige les prestataires de services à communiquer le coût total de ces opérations. Cette mesure va-t-elle réellement contribuer à offrir plus de transparence sur le marché ?

K. K. : Lorsque nous avons imaginé TransferWise en 2011, notre objectif a été d’apporter de la transparence sur le marché des transferts d’argent à l’international – qui a toujours été réputé pour son opacité. Les banques traditionnelles comme les prestataires de change ont historiquement caché les frais dans les taux de change, en ayant même l’audace d’affirmer qu’ils ne prélevaient aucune commission !

J’ai moi-même été victime de ce système, et voici un exemple concret qui m’est arrivé – et qui arrive encore aujourd’hui à beaucoup trop de monde. HSBC m’affichait une commission de 15€ pour une transaction internationale que je voulais réaliser. Dans les faits, avec un taux de change volontairement défavorable, le coût de cette opération a finalement été proche des 500€… La banque a utilisé un taux de change très loin du taux réel pour gonfler sa marge, sans aucun scrupule.

Je trouve ça dommage que les régulateurs aient mis si longtemps à prendre des mesures pour mieux contrôler ces frais. L’Union Européenne a finalement voté une loi (Cross-Border Payments Regulation) qui est entrée en vigueur le 19 avril, et qui devrait offrir davantage de transparence à toute l’industrie. C’est une victoire pour les consommateurs qui vont enfin pouvoir connaître le coût réel de leurs opérations, avant-même de les avoir réalisées.

Nous avons gagné une première bataille contre les frais cachés, mais pas la guerre

Nous avons gagné une première bataille contre les frais cachés, mais pas la guerre. Cette directive est malheureusement trop restrictive, puisqu’elle ne concerne que les opérations qui seront réalisées au sein de l’Union Européenne. Autrement dit, les prestataires de paiement n’auront pas l’obligation d’afficher les frais d’un transfert en dehors de la zone euro, qui sont pourtant plus à même d’impliquer un taux de change entre devises. Cela dit, j’espère que les banques feront des efforts pour harmoniser la procédure et la transparence sur toutes les opérations, quelles que soient leurs destinations.

Je reste quand même confiant et convaincu que nous allons dans la bonne direction. Nous comptons évidemment sur le fait que les régulateurs locaux, y compris en France, veillent un maximum à ce que cette loi soit appliquée, sans exception. Certaines banques avaient précédemment essayé de retarder l’entrée en vigueur de cette directive, certaines pourront être tentées par contourner son cadre.

Presse-citron : En 2019, TransferWise officialisait une carte de paiement multi-devises pour les particuliers, sur le même principe qu’un N26. Comment vous distinguez-vous face aux néo-banques ?

K. K. : Nous avons lancé en 2018 un compte et une carte de paiement multi-devises uniques. Avec une seule carte, les utilisateurs peuvent avoir accès à des coordonnées bancaires dans six devises différentes (EUR, USD, GBP, NZD, PLN, AUD, ndlr), ce qui leur permet de recevoir de l’argent et dépenser sans aucun frais de change. Si vous souscrivez à un abonnement en US Dollar ou que vous êtes en échange scolaire en Erasmus, le compte multi-devises vous évite d’avoir à ouvrir un compte local ou de payer des frais exubérants.

Carte Transferwise

© Transferwise

En plus de cette carte, notre plateforme permet de transférer de l’argent à l’international de manière quasi-instantanée, et moyennant des frais minimes. Nos produits sont destinés avant tout à des personnes qui mènent une vie « internationale », et qui sont confrontés régulièrement aux taux de change. Les néo-banques comme N26 ou Monzo offrent des services plus locaux. Cela dit, ils utilisent notre infrastructure en marque blanche pour les opérations à l’international, ce qui leur permet d’éviter à construire une architecture de toute pièce.

Presse-citron : Comment voyez-vous les néo-banques ? Sont-elles des partenaires ou des concurrentes ?

K. K. : A l’origine, nous avons imaginé TransferWise comme une solution indépendante à destination du grand public. Avec le temps, nous avons fait évoluer notre offre pour répondre à un public plus large qui a des problématiques similaires. C’est pourquoi nous avons d’abord intégré un compte pour les entreprises, puis le compte multi-devises, et nous avons ensuite développé une API pour fournir notre technologie à des parties tierces.

Même si tout le monde ne vient pas directement utiliser notre service sur notre plateforme, nous voulons rendre notre solution accessible au plus grand nombre. C’est pourquoi nous collaborons avec certaines banques qui veulent intégrer notre infrastructure en marque blanche grâce à notre API. Elles peuvent ainsi permettre à leur clientèle de bénéficier de taux avantageux sur leurs transferts à l’international, sans pour autant intégrer une infrastructure complexe supplémentaire.

Presse-citron : Mi 2019, TransferWise réalisait une levée de fonds, portant sa valorisation à 3,5 milliards de dollars. Quel a été l’objectif derrière ce tour de table ?

K. K. : La levée de fonds que nous avons réalisé l’an dernier n’avait pas pour but de lever du capital pour se développer. Nous sommes rentables depuis trois ans, et nous voulions simplement donner l’opportunité à nos premiers investisseurs et employés de sortir, pour les remercier de leur confiance. En parallèle, de nouveaux investisseurs sont entrés au capital pour continuer à nous soutenir dans le développement de notre projet.

Pour en venir aux chiffres, nous recensons aujourd’hui 7 millions d’utilisateurs à travers le monde. La France a toujours été un marché clé pour nous, depuis le début de notre activité. Pour l’anecdote, le premier transfert que nous avons enregistré via notre outil a eu lieu entre la France et le Royaume-Uni, c’est dire.

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