Biggin Hill, à une vingtaine de kilomètres au sud de Londres. C’est une petite bourgade perdue au milieu des collines champêtres. A côté des maisons typiques en briques rouges et aux jardins bien entretenus, on y trouve un pub, un fish and chips, une ancienne base de la RAF transformée en aéroport privé, mais aussi un immense bâtiment noir de verre et d’acier. Un monolithe à la pointe de la technologie : le centre de retransmission de la F1. C’est ici que les images des Grands Prix de Formule 1 transitent avant d’arriver sur vos écrans. Nous avons eu la chance de le visiter.
Un centre névralgique pour toute la F1
Lorsqu’un Grand Prix de Formule 1 a lieu, les images sont captées par environ 60 à 70 caméras sur site. Il y en a environ vingt cinq sur la piste, puis le reste est réparti entre les stands, les hélicoptères mais aussi les voitures des pilotes. Tous ces flux n’arrivent pas directement sur votre écran, mais sont d’abord transmis vers le Media Technology Center de Biggin Hill. Des images qu’il faut traiter le plus rapidement possible.

La retransmission est instantanée, mais dépend du lieu de la course. Le délai le plus long est évidemment celui imposé par le Grand Prix d’Australie, mais n’excède tout de même pas la seconde. Une fois traitées, montées et les sponsors changés selon les pays, les images sont renvoyées aux clients, Canal + en France, et sur les écrans sur le lieu même du Grand Prix. Un flux quasi en temps réel qui doit rassasier 850 000 millions de fans à travers le monde. La pression est donc immense. Entre la captation et la diffusion à la télévision, il peut se passer cinq secondes, tout au plus, et c’est 600 térabytes de données qui transitent chaque week-end de Grand Prix vers le centre.

Une organisation à la seconde près et technologiquement à la pointe. Depuis 2022, la F1 s’est associée avec Lenovo en ce qui concerne l’infrastructure. La marque chinoise fournit 270 machines virtuelles à la F1 et équipe les employés avec ses PC et ses smartphones.
Un espace saturé de technologies
Entrer dans ce Media Technology Center peut donner la sensation de pénétrer dans un centre de la NASA. Les murs noirs sont saturés d’écrans, de néons et de maquettes de F1, et il faut arpenter un couloir interminable pour déboucher sur un immense showroom qui donne sur la grande régie, bien abritée derrière une baie vitrée et totalement isolée du monde. Un aquarium avec des centaines d’écrans dans lequel 40 à 50 personnes travaillent chaque week-end, traitant les images qui arrivent directement de la piste dans une ambiance calme et studieuse, nous dit-on, loin de l’effervescence qu’on peut imaginer. Il y a parfois des moments difficiles, nous a expliqué le responsable de la régie : « quand il y a un accident, tout le monde garde son calme, analyse les images et surtout, il n’y aucun replay avant le feu vert de l’équipe médicale sur place ». Bien entendu, les Grands Prix sont l’apogée d’un week-end de F1, mais les équipes sont mobilisées pour tous les évènements, que ce soit la cérémonie d’ouverture ou les qualifications.

Il ne s’agit que l’une des nombreuses régies de Biggin Hill. Dans les entrailles du bâtiment, nous tombons sur d’autres, plus petites. L’une est dédiée aux paddocks, une autre au contrôle de la première régie pour s’assurer que les règles de la course soient respectées, une au son… Le son, justement, est un élément central du spectacle que veux proposer la F1. Grâce à une interface graphique claire avec des codes couleurs et les logos des écuries, les régisseurs savent qui parle (pilote, directeur de course…) via quel canal, pour ensuite le retransmettre à la régie.

Enfin, une cabine est réservée aux commentateurs officiels de F1 lorsqu’ils ne peuvent se rendre sur place, et nous avons pu visiter les plateaux où sont réalisés les émissions, salle de 100 m² tout au plus. Tout tient dans un bâtiment labyrinthique, parsemé de couloirs tortueux et sombres. Le cœur de ce dispositif ? L’immense salle des serveurs, que nous n’avons pu qu’entrapercevoir (photos strictement interdites !), mais sans quoi rien ne serait possible.

Lenovo, le partenaire privilégié de la F1
Toute cette mécanique fonctionne grâce à la technologie de Lenovo. Lara Rodini, directrice internationale des partenariats de la firme, se veut claire sur le sujet « ce n’est pas un sponsoring, mais un partenariat ». Tout le monde y gagne : la F1 avec une infrastructure solide, mais aussi la marque : « nous avons connu une hausse de 40% de la reconnaissance de la marque. La F1 est une manière de construire la confiance des utilisateurs ainsi que notre visibilité ». Sur ce point, Lenovo ne se voit pas vraiment comme un support, mais bien comme acteur actif de la diffusion : « la F1 est le sport le plus lié à la tech. Notre technologie n’est pas seulement là pour diffuser, mais pour permettre son existence ».

Une confiance qui va dans les deux sens, selon Chris Roberts, le directeur technique de la F1. « Nous avons accès à tous les produits », plaisante-il, « smartphones, PC, tablettes », avant d’ajouter, plus sérieusement « Nous avions besoin d’une marque globale pour transmettre la F1 partout dans le monde. Le partenariat avec Lenovo nous a permis de standardiser nos équipements à grande échelle pour une plus grande simplicité ».

Il faut dire que la F1 est devenue beaucoup plus qu’un sport avec les années. Le Grand Prix à papa n’est qu’un lointain souvenir. Aujourd’hui, chaque course se suit comme une série Netflix (littéralement), avec ses enjeux, ses drames en coulisse et ses rivalités. C’est d’ailleurs l’un des leitmotivs de cette visite : « raconter une histoire ». Une accroche assénée par nos interlocuteurs tout le long de la visite. La F1, c’est un sport, c’est une compétition où les meilleurs gagnent, mais c’est aussi un feuilleton intimiste que les fans aiment suivre. Un feuilleton qui se construit sur le bitume et sur les serveurs de Biggin Hill. La prochaine fois que vous regarderez un Grand Prix, vous aurez une idée de toute la machinerie qui se cache derrière la retransmission de ces images.
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