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Runet : plongée dans l’incroyable plan secret pour débrancher la Russie du web mondial

Le gouvernement censure de plus en plus Internet.

L’Internet russe se recroqueville sur lui-même. Les citoyens du pays dirigé par Vladimir Poutine qui souhaitent s’informer sur le monde extérieur, ou tout simplement utiliser des services majeurs, ont de plus en plus de difficultés suite à une série de décisions qui révèlent un niveau de censure extrême et un régime qui ne souhaite prendre aucun risque.

La semaine dernière, Roskomnadzor, l’autorité russe de l’internet, a ainsi ordonné à trois grandes boutiques d’applications de retirer leurs réseaux privés virtuels (VPN) de l’accès public. Ce n’est clairement pas anodin dans un pays où 25 % de la population a recours à ces outils. Et cette annonce fait suite à de nombreuses autres, et vient bien d’une volonté délibérée et assumée du gouvernement.

La Russie s’inspire de la Chine

Cité par FastCompany, Alexey Kozliuk, président de la VPN Guild, un groupe industriel, commente ainsi : « La pression croissante de la Russie pour supprimer les applications VPN des principales boutiques d’applications s’inscrit dans une stratégie coordonnée visant à priver les citoyens d’informations non censurées et d’outils de communication sécurisés ».

D’après Yevgeniy Golovchenko, chercheur spécialisé dans la censure en ligne à l’Université de Copenhague, les efforts des autorités pour bloquer les VPN ressemblent aux étapes finales d’un longue opération de contrôle d’Internet. L’expert estime que la Russie imite son allié chinois « non seulement par la censure, mais aussi par des efforts visant à détourner les utilisateurs des plateformes occidentales vers des plateformes russes plus susceptibles de respecter la loi russe. »

De fait, des géants américains comme X, Facebook, Instagram, et même YouTube et Discord plus récemment ne sont plus accessibles. De même, plus de 417 000 sites ont été bloqués en 2024, soit cinq fois plus qu’en 2022, ce qui compromet l’accès à des informations compromettantes. À l’inverse, le régime encourage l’utilisation de services tels que VKontakte ou RuTube qui sont sous contrôle.

Pour les internautes russes, ces décisions se manifestent de plusieurs façons. Certains services sont ainsi totalement bloqués. Dans d’autres cas, une technique de ralentissement délibéré (“throttling”) est utilisée. En clair, la plateforme reste accessible mais son fonctionnement est si lent que la plupart des utilisateurs finissent par renoncer de l’utiliser.

Signalons aussi que l’application de ces mesures peut varier selon les opérateurs télécoms. Certains fournisseurs appliquent les consignes de Roskomnadzor de manière plus stricte ou disposent d’infrastructures techniques différentes, ce qui peut entraîner des différences d’expérience pour leurs clients.

Un test de coupure totale d’Internet

En fin d’année dernière, l’ancien pays des tsars a mené des tests visant à se couper partiellement de l’internet mondial, dans le cadre de son projet d’« Internet souverain », aussi appelé “Runet”. Durant ces expérimentations, certaines régions comme le Daghestan, la Tchétchénie et l’Ingouchie ont été privées d’accès aux sites et applications étrangers tels que Google, YouTube ou WhatsApp. Même les VPN, habituellement utilisés pour contourner la censure, se sont révélés inefficaces face à ces blocages renforcés.

L’objectif de ces tests est de s’assurer que la Russie peut continuer à fonctionner en cas d’isolement numérique, que ce soit à cause de sanctions internationales ou de menaces extérieures. Depuis 2019, plusieurs lois ont été adoptées dans ce sens et les infrastructures sont déployées pour rendre possible cette déconnexion.

Ce projet soulève néanmoins de nombreuses questions sur la liberté d’accès à l’information et la souveraineté numérique. Rien n’indique toutefois que le gouvernement pourrait généraliser une mesure aussi extrême.

Si une coupure totale paraît difficile à imposer sans provoquer un fort mécontentement chez les jeunes et les élites urbaines, cela n’empêchera pas le bras de fer technologique de s’intensifier.

Un véritable jeu du chat et de la souris pourrait donc s’installer : les fournisseurs de VPN rivalisent d’ailleurs d’ingéniosité pour contourner les blocages, avec des techniques de brouillage ou de nouveaux protocoles de chiffrement. Cette course contre la montre permanente montre que, malgré les efforts des autorités, le contrôle absolu d’Internet reste encore hors de portée.

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Par : Opera