Avec ses 22 km de large et ses 57 km de long, le lac Natron est une immense étendue d’eau située au nord de la Tanzanie, aux confins du Grand Rift. Il est unique au monde pour plusieurs raisons : sa température de 60 °C, son pH alcalin approchant celui de l’ammoniaque, sa salinité extrême et surtout sa capacité à transformer certains cadavres d’animaux en formes momifiées sur ses rives.
Des visions étranges, glauques, qui ont nourri toutes sortes de légendes locales, certaines faisant état que ces animaux étaient « pétrifiés » instantanément en touchant ses eaux. Bien sûr, la réalité est toute autre et un peu moins folklorique : elle tient à la géochimie du lieu et à la tectonique de la région.

Un bassin fermé saturé en minéraux toxiques
Le lac Natron occupe une dépression tectonique située à proximité d’un volcan, l’Ol Doinyo Lengai, l’un des rares au monde à produire une lave très riche en natrocarbonatite, remplies de carbonates de sodium et de potassium, plutôt qu’en silicates comme la plupart des laves volcaniques. Ce volcanisme atypique contribue à alimenter le bassin lacustre en cendres et en éléments solubles, qui sont ensuite lessivés par les eaux de ruissellement ou directement déposés dans le lac.
Comme le lac Natron ne possède pratiquement aucun exutoire et que la région est soumise à une évaporation intense, les minéraux s’y concentrent fortement. Deux d’entre eux dominent : le natron (carbonate de sodium hydraté, utilisé dans l’Égypte antique pour la momification) et la trona (bicarbonate double de sodium). Ces sels, en s’accumulant, font grimper le pH du lac jusqu’à 10,5, voire davantage.
Ce niveau d’alcalinité rend l’eau caustique pour la plupart des organismes ; la peau et les muqueuses des animaux non adaptés y subissent donc des lésions chimiques très rapidement. Lorsqu’un oiseau, une chauve-souris ou un petit mammifère meurt à proximité ou s’échoue dans le lac, son corps entre en contact avec cette eau toxique qui accélère la déshydratation des tissus.
L’absence de charognards, dissuadés par l’environnement hostile, et le caractère aseptisant de ces eaux hautement alcalines limitent aussi leur décomposition naturelle, qui devrait se faire normalement par les bactéries. Les cadavres se dessèchent, se durcissent, parfois même se recouvrent de dépôts salins, donnant l’impression d’un processus de momification naturelle.
Un photographe anglais, Nick Brandt, a rendu célèbre ce phénomène en mettant en scène ces animaux morts en 2011. Il les a disposés de telle sorte à ce qu’on croit qu’ils étaient encore vivants, comme de véritables « statues de sel » (voir ci-dessous).

Les animaux victimes des propriétés physico-chimiques du lac ne sont donc pas pétrifiées ou momifiées, ce qui suggérerait qu’ils soient immobilisés dès qu’ils touchent l’eau. Ils meurent, sont brûlés chimiquement, l’eau de leur corps s’évapore et leurs cadavres sont ensuite conservés par dessication (élimination complète ou presque complète de l’humidité d’une substance).
Néanmoins, certaines espèces arrivent tout de même à survivre dans cet environnement très hostile. Des micro-organismes (cyanobactéries, bactéries halophiles ou alcaliphiles), quelques rares poissons (le Tilpia d’Alcali) et même une espèce d’oiseau. Les Flamants nains (Phoeniconaias minor), une espèce endémique et emblématique du lac, ne pouvant se reproduire qu’à cet endroit. Comme quoi, le pire lieu pour certaines espèces peut être la meilleure niche écologique pour une autre ; une remarquable démonstration de la théorie de l’évolution de Darwin.
- Le lac Natron, extrêmement chaud et alcalin, conserve naturellement les carcasses animales grâce à ses propriétés chimiques.
- Contrairement aux idées reçues, les animaux n’y sont pas pétrifiés instantanément, mais déshydratés et préservés par le sel.
- Malgré sa toxicité, le lac abrite des espèces adaptées, dont les Flamants nains qui y trouvent un site de reproduction unique.
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