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Le phénomène « No kids » envahit la France : mais qu’est-ce que c’est ?

Décryptage de ce nouveau phénomène qui change fondamentalement notre société.

Imaginez, vous décidez d’aller au restaurant du coin avec vos enfants, pour vous voir ensuite refusé l’accès en raison de leur présence. Cette situation, encore marginale en France, prend de l’ampleur et fait grincer les dents des parents. Le phénomène « no kids » débarque chez nous, importé des pays anglo-saxons, et divise déjà l’opinion publique.

Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, se dit « effrayée » par cette tendance. La sénatrice Laurence Rossignol va plus loin et dépose une proposition de loi pour l’interdire. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Et pourquoi cette question enflamme-t-elle autant le débat public ?

Quand les enfants deviennent indésirables

Le concept est plutôt simple, certains établissements bannissent purement et simplement la présence d’enfants. Hôtels « adults only », restaurants, mariages interdits aux moins de 18 ans… L’objectif affiché reste toujours le même, offrir une expérience « sereine » aux adultes, loin des pleurs, des cris et de l’agitation naturelle des plus jeunes.

Cette tendance s’épanouit d’abord dans le secteur touristique. Les compagnies aériennes Corendon Airlines et Malaysia Airlines proposent désormais des espaces réservés aux adultes sur leurs vols. En Italie, Trenitalia distingue les voitures « joyeuses » des voitures « silencieuses », reléguant les familles dans les premières.

En France le mouvement reste encore timide, mais gagne du terrain. Une vingtaine de campings sur 7 400 affichent le label « adults only ». Quelques restaurants testent la formule. Mais c’est surtout dans les mariages que la tendance explose avec environ un mariage sur trois organisé par les wedding planners excluant désormais les enfants.

Les raisons ? La difficulté de trouver une personne pour s’occuper des enfants le jour J, les parents qui rentrent plus tôt chez eux et les comportements inappropriés des plus jeunes pendant la cérémonie.

Grégoire Borst, directeur du Laboratoire de psychologie du développement, explique : « Ce ne sont pas les enfants qui ont changé, mais le type de parentalité. » Les parents d’aujourd’hui pratiquent une éducation moins punitive, plus respectueuse des droits de l’enfant. Résultat, les bambins s’expriment davantage, bougent plus librement. Cette évolution heurte les attentes d’une société qui voudrait que « les enfants soient des petits adultes en miniature », selon Laurence Rossignol.

La bataille politique fait rage

Face à cette montée du « no kids », le gouvernement répond en annonçant le lancement du label « Le choix des familles » pour récompenser les établissements accueillants envers les enfants. Une plateforme permettra aux familles de recommander les lieux « kids friendly » prochainement. Les critères retenus incluent une tarification enfant, des événements dédiés, du personnel bienveillant et des aménagements adaptés.

Laurence Rossignol pousse le curseur plus loin avec sa proposition de loi. Elle veut faire reconnaître l’exclusion des mineurs comme une discrimination pure et simple. « Proposer des lieux sans enfants crée la demande et la justifie », martèle la sénatrice socialiste. Son texte vise à ajouter au Code pénal que « constitue également une discrimination l’exclusion de mineurs de lieux de vie, de l’espace public, d’espaces commerciaux ».

L’article 225-1 du Code pénal interdit déjà « toute distinction opérée entre les personnes » notamment sur le fondement de leur âge. Théoriquement, exclure des enfants d’un établissement public fait risquer à son gérant trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Seulement dans la pratique, rares sont les personnes poursuivies pour cette raison. Les professionnels contournent habilement la loi en rendant leurs infrastructures « inadaptées » aux enfants plutôt qu’en les interdisant explicitement.

Un débat qui révèle nos contradictions face à l’enfance

Cette ségrégation générationnelle produit des effets pervers que pointent les spécialistes. « Pour apprendre à se conformer à un certain nombre de règles sociales, il faut s’y confronter », explique Grégoire Borst. Exclure les enfants des espaces publics limite leur apprentissage du vivre-ensemble et creuse les inégalités sociales, certaines familles n’ayant pas les moyens de faire garder leurs enfants.

Cette discrimination révèle un malaise plus profond de notre société face à l’enfance. À force d’essuyer les remarques désobligeantes sur le comportement de leurs enfants, certains parents évitent les sorties publiques et s’isolent progressivement. Les recherches montrent un déclin constant de la présence des enfants dans l’espace public depuis plusieurs décennies. Plus de 37 % des 11-17 ans adoptent aujourd’hui un mode de vie sédentaire très élevé. Face à cette fracture, certaines villes développent des politiques alternatives. Le mouvement des « villes à hauteur d’enfant » gagne du terrain. Lille, Montpellier, Tours, Nantes repensent leurs espaces publics pour les rendre plus accueillants aux familles.

Les partisans de ces espaces « adults only » avancent l’argument du libre choix. Leurs détracteurs y voient le symptôme d’une société de plus en plus intolérante, qui refuse d’adapter ses attentes aux réalités du développement des enfants. Autant dire que le débat a encore de longs jours devant lui.

  • Le phénomène « no kids » se développe en France avec des hôtels, restaurants et mariages qui excluent de plus en plus les enfants, bien que cette pratique reste marginale (3-5 % de l’offre globale)
  • Le gouvernement lance le label « Le choix des familles » tandis que des élus proposent d’interdire ces discriminations par la loi
  • Cette tendance questionne notre tolérance envers l’enfance et révèle une fracture entre individualisation du confort et inclusion socialeint 3

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