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Les nouveau-nés sont-ils conscients du monde qui les entoure ?

Ils baillent, pleurent et clignent des yeux. Ces mouvements sont-ils la preuve que les nourrissons ont des expériences conscientes ?

Au fil des années, les scientifiques ont porté un intérêt grandissant à la conscience, cette expérience subjective de l’esprit et du monde. Si l’étude de ce phénomène chez les adultes, les personnes souffrant de troubles mentaux, voire les animaux, a été explorée, la conscience chez le nourrisson demeure un territoire en grande partie inexploré. Claudia Passos-Ferreira est professeure adjointe de bioéthique à la New York University School of Global Public Health. Cette spécialiste souligne que les recherches récentes (comme celle-ci à laquelle elle a participé) laissent entrevoir que les processus cognitifs liés à la conscience pourraient émerger plus précocement qu’estimé auparavant. Elle s’est exprimée à ce sujet dans une interview donnée au média Futurity. Voici ce qu’elle en conclue.

Mesurer l’indicible : un défi scientifique

Étudier la conscience chez les nourrissons présente des difficultés singulières. Leur incapacité à répondre aux injonctions verbales et leurs longues périodes de sommeil complexifient grandement la compréhension de leur état conscient. Comme l’explique Passos-Ferreira : « Les neuroscientifiques décrivent souvent le cerveau et le comportement des nourrissons comme très bruyants – il est ardu d’en extraire des informations, et ce qui s’y passe n’est pas aussi limpide que chez les adultes ».

Afin de contourner ces obstacles, les scientifiques ont fait preuve d’imagination en recourant à des mesures d’activité cérébrale. Ils ont notamment observé les réactions des bébés à des sons inattendus, constatant que leur cerveau réagit de manière analogue à celui des adultes face à des séquences sonores imprévues. Ce type de réaction suggère que les nourrissons perçoivent consciemment ces stimuli auditifs.

L’éveil des réseaux neuronaux

Les chercheurs se sont également penchés sur les réseaux cérébraux impliqués dans la conscience chez le nourrisson. De manière générale, deux principaux réseaux neuronaux sont associés à la conscience : le réseau de la conscience extrinsèque (réseau de saillance) et celui de la conscience intrinsèque (réseau du mode par défaut).

Le premier est activé lorsque notre attention se porte sur les stimuli environnementaux, comme l’écoute d’un son ou l’observation d’un objet. Ce réseau revêt un rôle déterminant dans l’interaction et la réaction aux éléments extérieurs. A contrario, le réseau de la conscience intrinsèque est sollicité lorsque notre esprit vagabonde, imagine ou se trouve dans un état de repos, sans engagement actif avec le monde extérieur. Ces deux réseaux fonctionnent de manière réciproque : l’activation de l’un tendant à réduire l’activité de l’autre, et vice versa.

Selon Claudia Passos-Ferreira, les études récentes ont démontré que, même chez le nourrisson, ces réseaux sont déjà présents et pleinement opérationnels. Grâce à des techniques d’imagerie cérébrale avancées, les scientifiques ont observé des schémas d’activité neuronale qui confirment bel et bien cette hypothèse. « Nous observons un schéma émergent qui confirme l’idée que, dès les premiers stades, ces réseaux sont bien développés et que les cerveaux des nourrissons, bien que encore immatures, fonctionnent déjà de manière réciproque entre les deux réseaux » explique la chercheuse.

Ces résultats signifient que, bien que le cerveau du nourrisson soit encore immature, il présente tout de même des activités comparables à celles observées chez l’adulte. Cette découverte suggère ainsi que les nourrissons peuvent avoir une forme précoce de conscience et qu’ils possèdent des structures neuronales sophistiquées leur permettant déjà de traiter des informations.

Implications pour les soins donnés aux nourrissons

La prise de conscience que les nourrissons pourraient être dotés de conscience modifie fondamentalement notre rapport à ces êtres en devenir. Par une intuition profonde, les parents ont de tout temps cherché à assurer le bien-être de leur progéniture, convaincus que leurs nourrissons ressentaient plaisir et souffrance. Comme le note Passos-Ferreira : « Les parents le font de manière instinctive, mais une meilleure compréhension de la conscience des nourrissons pourrait enrichir notre relation avec eux ».

Cette prise de conscience revêt des implications bien plus larges, dépassant les frontières du cercle familial pour atteindre celui du domaine des soins pédiatriques. Aussi étrange que cela puisse paraître, on a considéré longtemps que les nourrissons, en raison de l’immaturité de leur cerveau, étaient inaptes à ressentir la douleur. Ce n’est qu’au cours de dernières décennies que notre compréhension de la douleur chez le nourrisson a radicalement changé.

Les recherches récentes démontrent que, bien que leur cerveau soit en plein développement, leur expérience de la douleur est quasi analogue à celle de l’adulte, avec 18 des 20 zones cérébrales réactives à la douleur chez l’adulte également activées chez le nouveau-né. Ces nouvelles clés de compréhension pourraient jouer un rôle très important dans l’amélioration des soins pédiatriques et, de manière générale, à enrichir les interactions entre les enfants et les parents. En leur garantissant l’accès à un environnement plus attentif et réactif ou en optimisant les soins et les stimuli pour favoriser leur développement par exemple.

  • Une nouvelle étude suggère que les nourrissons sont plus conscients de leur environnement que ce que nous imaginions.
  • Leur cerveau, bien qu’immature, présente des réseaux de neurones déjà opérationnels, comparables à ceux d’un adulte.
  • Une découverte qui pourrait changer notre approche des soins pédiatriques.

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1 commentaire
1 commentaire
  1. J’ai lu cet article hier, nous en avons parlé par la suite, j’y reviens pour exposer en forme d’interrogation le suivi de nos pensées.

    Ainsi les nouveau-nés seraient conscients du monde qui les entoure. L’étude rapportée ici évoque les réseaux cérébraux impliqués dans la conscience chez le nourrisson. Nourrisson, à savoir dès la naissance ou pourrait-on envisage, en-deça, au cours même du stade fœtal, mais à partir de l’émergence de quel réseau cérébral, lequel adviendrait quand ?

    Car enfin, le développement d’une conscience se produirait-elle avant la naissance proprement dite que l’on serait en droit d s’interroger sur la définition du code civil qui précise que la naissance confère la qualité de de personne juridique et que ce n’est qu’après la naissance que l’on devient sujet de droit.
    Un fœtus, serait-il doté d’une conscience quand bien même émergente, qu’en serait-il des implications relatives à l’avortement, qu’en serait-il des implications relatives à la mort d’un enfant au stade fœtal ? Un article paru sur le site de Cnews précisait ainsi (lien à disposition) :

    “La Cour de cassation a eu à se prononcer à plusieurs reprises sur ce sujet au début des années 2000. La jurisprudence est donc claire : en droit pénal, le fœtus n’existe pas, sa mort ne peut donc être reprochée à quiconque, rappelle l’AFP.
    «Dès lors que l’enfant n’est pas né, il ne peut y avoir d’infraction homicide, car il n’y a pas de personne humaine», a ainsi expliqué à nos confrères la professeure de droit à l’Institut national universitaire d’Albi, Sophie Paricard. «Il fait partie du corps de la femme, il n’a pas d’existence autonome».

    En droit pénal, le fœtus n’existe pas, il n’y a pas de personne humaine, quand bien même serait-il doté d’une conscience, au conditionnel, le cas échéant.
    Aucun d’entre-nous ayant débattu de cette étude ici relatée n’est ni juriste, ni neurologue. Mais la question nous taraude.

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