Face à une inquiétude ou un manque de communication (ou les deux) quel parent n’a jamais songé à fouiller le téléphone de son enfant ? Ceux ayant franchi le pas ont-ils commis une faute ? Interrogée dans le programme Télématin, Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d’État chargée de la Ville et de la Citoyenneté, a expliqué que ce comportement était tout à fait normal voire recommandé. Elle considère même que les mineurs n’auraient pas le droit à la vie privée. « Un adolescent est un mineur. Donc les parents ont le droit de fouiller dans le téléphone » a-t-elle affirmé. Pourtant, ce n’est pas ce que dit la loi.
Que dit la loi ?
Cette affirmation de la secrétaire d’État selon laquelle les parents auraient le droit de fouiller dans le téléphone de leurs enfants heurte frontalement plusieurs textes juridiques. En France, l’article 371-1 du Code civil précise que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques » rappellent nos confrères de Numerama. Ce cadre juridique inclut un ensemble de droits mais également de devoirs, ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Les parents sont ainsi invités à associer leurs enfants aux décisions les concernant, en fonction de leur âge et de leur maturité.
Au-delà des frontières françaises, l’article 16 de la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifié par la France, reconnaît explicitement le droit à la vie privée des mineurs, étendu à leur correspondance, y compris virtuelle. La Convention européenne des droits de l’homme va dans le même sens avec son article 8, stipulant que « toute personne a droit au respect de sa vie privée et de sa correspondance ».
Enfin, le rapport 2022 de la Défenseure des droits en France souligne d’ailleurs que bien que le droit à la vie privée des mineurs soit juridiquement établi, il est souvent méconnu en pratique et régulièrement bafoué. Ce manque de reconnaissance pratique du droit à la vie privée empêche les enfants de devenir des individus libres, autonomes et respectueux de l’altérité.
Trouver le juste milieu
La principale difficulté réside dans la balance à trouver entre le droit au secret des enfants, notamment en matière de correspondance électronique, et la nécessité pour les parents de protéger leur progéniture. Cette balance devient plus complexe à mesure que les enfants grandissent et se rapprochent de l’âge adulte.
L’accès matériel aux outils de correspondance, notamment aux smartphones, n’est pas clairement réglementé, ce qui conduit à des pratiques très variables. Certaines familles pourraient voir dans les déclarations de Sabrina Agresti-Roubache une validation de leurs pratiques, tandis que d’autres pourraient s’inquiéter de l’impact de telles intrusions sur le développement psychologique et émotionnel de leurs enfants.
Sur ce sujet, les experts en psychologie de l’enfant et en droits de l’homme sont unanimes. Ils soulignent que le respect de la vie privée est crucial pour le développement de l’autonomie et de la confiance chez les jeunes. Ils recommandent aux parents de discuter ouvertement de l’utilisation de la technologie et de mettre en place des règles claires, plutôt que de recourir à la surveillance clandestine. L’installation de logiciels de contrôle parental pourrait être une solution intermédiaire, permettant une certaine surveillance tout en respectant la sphère privée de l’enfant. Mais le dialogue reste la meilleure solution.
- La secrétaire d’Etat chargée de la Ville et de la Citoyenneté a créé la polémique en affirmant que les enfants n’avaient pas droit à la vie privée et que les parents pouvaient fouiller dans leur téléphone
- Pourtant, plusieurs lois la contredisent
- Les experts en psychologie de l’enfant s’accordent à dire que le respect de la vie privée est essentiel au développement de l’enfant
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
et après on nous dit aussi de surveiller nos enfants, de les accompagner… faudrait savoir.
Et puis la vie privée reste privée si ça reste dans le cocon familiale.