Il faut remonter à 2019 pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire. À l’époque, Brahim Ben Ali, chauffeur français d’Uber, rassemble les témoignages de 170 confrères qui, comme lui, ont été privés de leur compte du jour au lendemain pas la plateforme. Sans aucune explication. Soutenu par l’ONG suisse PersonalData.io, le collectif saisit l’autorité néerlandaise de protection des données, le siège européen du géant américain étant localisé à Amsterdam.
Et le régulateur vient de trancher avec une sanction historique de 825 millions d’euros. Il s’agit de la deuxième amende la plus lourde jamais infligée au titre du Règlement général sur la protection des données (RGPD), juste derrière les 1,2 milliard d’euros imposés à Meta en 2023.
Des comptes suspendus sur la base d’algorithmes
Cette décision vise à punir une pratique jugée inacceptable : la gestion 100 % algorithmique des travailleurs. Concrètement, les autorités reprochent à Uber d’avoir suspendu ou banni définitivement le compte de chauffeurs à partir d’algorithmes sans avertissement préalable, ni véritable intervention humaine. « Un ordinateur ne doit pas prendre seul des décisions aux conséquences aussi lourdes », estime Monique Verdier, vice-présidente de la CNIL néerlandaise.
Car le RGPD interdit aux entreprises d’appliquer des décisions automatisées lorsqu’elles ont un impact majeur sur la vie des personnes, à moins d’offrir une révision humaine systématique et une voie de recours claire.
Pour sa part, Uber qualifie la sanction de « disproportionnée » et conteste les faits. L’entreprise affirme que la plupart des suspensions restent temporaires et qu’aucune exclusion définitive n’a lieu sans contrôle humain. Elle a l’intention de faire appel. Mais l’addition pourrait encore s’alourdir, puisque PersonalData.io prépare déjà une action de groupe pour permettre aux chauffeurs sanctionnés à tort d’obtenir des réparations financières.

L’UE face aux géants américains
Cette amende s’inscrit dans la vaste offensive menée par les instances européennes face aux géants de la tech américains. Depuis plusieurs années, Meta, Google, Apple ou Amazon accumulent les amendes record sous le coup des réglementations sur les données personnelles et la concurrence.
Des sanctions répétées qui crispent les relations avec les États-Unis, où Donald Trump les critique ouvertement et a même menacé de représailles. À noter, malgré tout, qu’il est rare qu’elles aboutissent : entre les appels systémiques des entreprises et la lenteur des procédures, les amendes sont fréquemment réduites, voire annulées.
- Le régulateur néerlandais de la protection des données inflige 825 millions d’euros d’amende à Uber pour avoir laissé des algorithmes désactiver des comptes de chauffeurs sans contrôle humain.
- Il rappelle qu’une machine ne peut pas prendre seule des décisions automatisées ayant un impact lourd sur les revenus d’un travailleur.
- Uber conteste une décision jugée disproportionnée et fait appel, tandis qu’une action en justice collective se prépare pour indemniser les chauffeurs.
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