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Mégaconstellations : une étude évoque 40 % de risque de victimes liées aux débris spatiaux

L’orbite basse appartenant à ceux qui ont les moyens de la polluer, les régulateurs préfèrent fermer les yeux sur cette statistique scandaleuse. Qui sera porté responsable quand un débris de 50 kg percutera un avion, ou pire, une zone habitée ?

Le délire des mégaconstellations a explosé au beau milieu des années 2010, lorsque Elon Musk et SpaceX annoncèrent le projet Starlink. Ce n’était que le début de la fièvre, qui provoqua une brèche dans laquelle nombre d’acteurs se sont engouffrés ; même si Starlink reste la reine, elle a été suivie par d’autres, motivés par les mêmes ambitions : la connectivité globale. Amazon avec Amazon Leo (anciennement Kuipler), Eutelsat en Europe, Blue Origin et son projet TerraWave, la Chine avec sa constellation Guowang (China SatNet) ou Qianfan… Actuellement, ce sont plus de 15 000 satellites qui encombrent le ciel, sans compter les dizaines de milliers de débris spatiaux qui tournent à toute vitesse autour de notre planète.

En une décennie seulement, nous avons multiplié par 11 le nombre d’engins en orbite, qui est aujourd’hui complètement congestionnée. Les nouveaux Conquistadors du New Space, profitant d’un vide juridique total, ont fait de la souveraineté spatiale un permis de polluer sans aucune contrepartie. Les retombées (sans mauvais jeu de mot) pourraient être très graves selon cette étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Publiée le 4 février 2026 dans la revue Space Policy, l’équipe a modélisé le cycle de vie de onze mégaconstellations, représentant un total colossal de 73 369 engins. Selon leurs calculs, la probabilité de voir un civil ou un avion de ligne se faire frapper par un débris de satellite s’élève aujourd’hui à 40 %.

Le grand mensonge de la désintégration thermique

Les satellites étant composés majoritairement d’aluminium, lorsqu’ils retombent dans l’atmosphère, ils sont censés brûler intégralement sous l’effet de la friction. C’est l’argument numéro un des industriels pour contourner les exigences de sécurité imposées par les autorités de l’aviation civile et se dédouaner de toute responsabilité si un problème a lieu un jour. C’est oublier un peu vite que d’autres métaux rentrent aussi dans la conception d’un satellite : du titane, de l’acier inoxydable, du béryllium ou du carbure de silicium.

Si l’aluminium fond effectivement autour de 660° C, ces métaux possèdent un point de fusion beaucoup plus haut (autour de 2 000 ° C), et survivraient sans aucun mal à une rentrée atmosphérique. « Notre compréhension des processus de combustion orbitale est tout sauf une science exacte », explique Ewan Wright, auteur principal de l’étude.

Si, effectivement, la chance qu’un débris spatial touche quelqu’un au sol est statistiquement très faible, cet argument ne tient plus la route si l’on suit la Loi de Murphy. Tout ce qui a une probabilité non nulle d’arriver finira nécessairement par se produire puisque la croissance exponentielle des flottes de satellites augmente statistiquement le risque d’impact au sol. « Si ne serait-ce qu’un petit fragment de débris de chaque satellite survit à la rentrée, la probabilité que quelqu’un soit touché pourrait être considérable », alerte le chercheur.

Le Point Nemo ou le crash aléatoire : le pari indécent des opérateurs

Autre problème identifié par l’étude : le caractère totalement aléatoire de ces retours sur Terre. Actuellement, l’immense majorité des satellites terminent leur vie en rentrée incontrôlée, car ils n’ont plus assez de carburant pour atteindre le Point Nemo. Situé dans le Pacifique Sud, c’est l’endroit le plus éloigné de toute terre émergée, un cimetière spatial idéal pour faire s’écraser les engins spatiaux.

Mais nos Space-Bros, pour ne pas alourdir leurs satellites et réduire leurs marges de profits, refusent d’embarquer des réserves de carburant dédiées à une désorbitation contrôlée et s’en remettent à la gravité. La plupart des satellites plongent donc au gré de la traînée atmosphérique et dérivent jusqu’à ce que les couches hautes de l’atmosphère le happent. Il disperse alors ses restes incandescents sur des milliers de kilomètres, souvent le long de corridors aériens ou au-dessus de zones habitées. C’est le destin de 70 % des satellites en orbite basse, qui n’ont aucune capacité de rentrée contrôlée.

C’est pourquoi les auteurs de l’étude appellent à une révision des normes internationales, incluant une évaluation du risque cumulatif : on ne peut plus se permettre de juger la dangerosité d’un seul satellite, mais de la flotte à laquelle il appartient. Pour forcer la main des industriels, les chercheurs militent pour une interdiction pure et simple des rentrées incontrôlées pour tout engin dont une partie pourrait survivre à la rentrée atmosphérique.

« Bon courage ! », c’est le moins qu’on puisse leur dire, car même si leur proposition est la seule qui soit intellectuellement honnête et pertinente, ils s’attaquent à un mur en béton armé. Le lobbying du New Space a le bras long et surtout, il a l’oreille des gouvernements qui ne jurent que par la souveraineté numérique et la suprématie technologique. Pour les États-Unis (exemple pris complètement au hasard), brider SpaceX ou Amazon avec des normes de sécurité trop strictes, c’est prendre le risque de voir ses champion nationaux se faire distancer par la Chine, qui, elle, ne s’embarrassera pas de suivre la moindre règle. On en reparlera quand un vieux bout de fusée soviétique ou un panneau solaire de satellite en fusion traversera l’aile d’un Boeing 747 en plein vol ou s’écrasera en plein milieu d’une banlieue riche de Los Angeles. Le Wi-Fi pour tous vaut bien quelques dommages collatéraux, non ?

  • Une étude estime que le risque d’impact de débris spatiaux sur des civils ou des avions pourrait atteindre 40 %.
  • Le nombre de satellites en orbite a explosé, rendant l’espace congestionné et augmentant le risque de débris incontrôlés.
  • Les chercheurs appellent à une révision des normes internationales sur la désorbitation des satellites pour réduire ce danger.

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