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Mercure n’est peut-être pas une planète morte : ces lignes lumineuses intriguent les astronomes

C’est l’une des plus grandes surprises de l’astronomie de ce début d’année : Mercure est géologiquement active.

La plus petite des planètes de notre Système solaire cachait un gros secret dans ses entrailles ; nous la croyions « morte », car trop proche du Soleil. Orbitant près de lui depuis 4,5 milliards d’années, la croûte de Mercure est bombardée de météorites et comme elle est dénuée d’atmosphère, les vents solaires la fouettent continuellement, comprimant sa magnétosphère.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours, nous vous partagions cet article sur Vénus en expliquant que la communauté scientifique s’était fourvoyée sur sa nature exacte. Pareillement, dans le cas de Mercure ; il se trouve que, malgré sa proximité avec notre astre, elle n’est pas calcinée ou fossilisée, une image d’Épinal qu’on lui prête volontiers. C’est une étude publiée le 27 janvier 2026 dans la revue Nature Communications Earth & Environment qui vient de nous l’apprendre : Mercure évacue encore des gaz de ses profondeurs. Un phénomène géologique qui serait tout simplement impossible si elle était réellement morte, comme l’est la Lune, par exemple.

Mercure s’offre une seconde jeunesse

La surface de Mercure est zébrée de traînées brillantes (appelées « lineae ») repérées entre 2011 et 2015 grâce à la mission MESSENGER de la NASA. Lors de son orbite, la sonde a accumulé une base de données photographique colossale, restée en partie inexploitée. En effet, nous nous référions à des modèles géologiques trop réducteurs pour comprendre l’origine de ces traînées, et les outils automatisés de détection morphologique n’étaient pas assez matures pour analyser les 100 000 clichés.

Désormais bien mieux équipée, l’équipe à l’origine de cette étude, menée par Valentin Bickel de l’Université de Berne, les a passées au crible en s’aidant de l’intelligence artificielle. En isolant 402 de ces lignes lumineuses, les chercheurs ont pu corriger notre perception du cycle de vie de la planète. Mercure a conservé une activité géologique, alimentée principalement par la remontée de composés volatils encore piégés dans ses profondeurs.

Exposées à la surface de la planète, il est impossible qu’elles soient anciennes, car l’environnement hostile de l’espace les aurait fait disparaître par érosion. Si ces traînées sont si éclatantes aujourd’hui, c’est au contraire qu’elles sont récentes, voire en pleine formation. La plupart semblent naître de dépressions creusées dans le sol, baptisées « hollows », depuis lesquelles Mercure expulse le contenu gazeux de ses souterrains.

Trainées Mercure
Des traînées brillantes sont visibles autour d’un cratère présent à la surface de Mercure sur cette image capturée le 1er août 2012. © NASA / JHUAPL / Carnegie Institution of Washington

Des entrailles sous pression

La croûte de Mercure contient des teneurs élevées en soufre, potassium et sodium, des substances qui se vaporisent normalement à basse température. Elles sont également présentes dans ses profondeurs, et sont retenues dans sa matrice rocheuse ; ainsi, lorsqu’un impact météoritique fragilise la croûte, il peut creuser un réseau de fractures qui expose ces matériaux enfouis au vide et aux variations thermiques extrêmes de la surface. Sous l’effet de la chaleur, ces substances se subliment et elles passent directement de l’état solide à l’état gazeux, s’échappant par les failles.

Cette perte de masse souterraine fragilise le terrain en surface : le sol finit par s’affaisser dans les cavités laissées par le gaz, créant par effondrement ces fameux « hollows ». Ce processus met à nu des minéraux neufs, sur lesquels l’érosion spatiale n’a pas le temps de faire effet, ce qui explique pourquoi ils sont réfléchissants.

Effectivement, dans l’espace, l’âge d’une roche se voit principalement à sa couleur. Sous l’assaut du vent solaire et des micrométéorites, les minéraux de surface des planètes sans atmosphère se décomposent et s’assombrissent, créant une fine pellicule de nanoparticules de fer métallique (npFe⁰) qui ternit la planète. C’est pour cette raison que Mercure nous apparaît globalement sombre, presque charbonneuse.

Comme les minéraux en provenance des profondeurs sont vierges de ces altérations, ils nous apparaissent plus lumineux que le reste du sol mercurien. Un contraste qui dessine alors ces traînées, comme des griffures nacrées sur un sol de bitume. Une hypothèse qui pourrait trouver confirmation par les résultats de la mission BepiColombo (Agence spatiale européenne et Agence d’exploration aérospatiale japonaise). Lancée en 2018, la sonde nippo-européenne s’apprête à entamer son insertion orbitale autour de Mercure en novembre 2026 et pourra analyser les émanations gazeuses de la planète pour en déterminer leur composition exacte. L’habit ne fait décidément pas le moine ; c’est valable aussi dans l’espace, et Mercure avait (peut-être) bien caché son jeu !

  • Mercure, longtemps considérée comme une planète morte, montre des signes d’activité géologique récente, démentant sa réputation.
  • Des traînées brillantes sur sa surface, analysées grâce à l’intelligence artificielle, révèlent des émanations gazeuses provenant de ses profondeurs.
  • L’étude des matériaux sous pression sur Mercure pourrait être confirmée par la mission BepiColombo prévue pour 2026.

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