C’est un secret de Polichinelle que de dire que l’alcool est une substance toxique pour le corps ; nous sommes suffisamment informés en la matière. En revanche, il se pourrait que notre cerveau, lui, n’intègre pas cette information de manière efficace tant que cette information reste dans le domaine de l’abstraction. Nous savons pertinemment qu’une consommation excessive peut être lourde de conséquences (maladies du foie, du cœur, risques neurologiques, cancers, etc.), mais cela ne suffit parfois pas à nous faire prendre conscience des risques qui y sont associés.
Une problématique que l’on pourrait appliquer au tabac : le fait qu’il soit marqué « Fumer tue » sur les paquets de cigarettes en France depuis 2003 n’empêche pas les fumeurs de continuer. Il existe donc un écart entre la connaissance du risque et l’action, sur lequel cette équipe australienne de scientifiques s’est penchée. Leur étude, publiée au mois d’octobre 2021 dans la revue Addictive Behaviors, s’attache à comprendre pourquoi nous restons sourds aux messages de prévention, tout en proposant un moyen efficace de réduire sa consommation d’alcool.
Comment rendre visible ce que notre cerveau minimise ?
L’objectif de ces chercheurs était de lier entre elles ces deux questions : « pourquoi réduire ? » à « comment réduire ? », ce qui, d’un point de vue psychologique, tend à limiter l’inertie cognitive maintenant certaines de nos habitudes. Ils ont ainsi regroupé 8 000 volontaires, divisés en groupes recevant des messages de prévention variés sur les risques liés à l’alcool. Leur comportement a ensuité été suivi durant six semaines grâce à trois enquêtes successives, séparées de deux semaines, afin de mesurer l’impact de ces messages sur leur consommation.
Le plus efficace s’est révélé être une publicité télévisée, leur rappelant que l’alcool est une substance cancérogène avérée, qui suggérait également aux participants de tenir un décompte des verres qu’ils consommaient chaque semaine. Simone Pettigrew, autrice principale de l’étude, explique : « Avertir les personnes que l’alcool provoque le cancer est insuffisant, il faut aussi leur donner des leviers d’action ». Le décompte sert ici d’ancrage comportemental, un repère qui permet au cortex préfrontal de reprendre le contrôle sur une habitude relevant en grande partie de l’automatisme.
Toutes les autres techniques testées par l’équipe (fixer un nombre de verres à respecter, proposer des règles généralistes, etc.) se sont révélées inefficaces à long terme. Chez certaines personnes, elles ont bien entraîné une prise de conscience superficielle, sans pour autant que le nombre de verres consommés par semaine ne change vraiment.
Bien sûr, en aucun cas les chercheurs ne prétendent avoir trouvé la solution miracle ou que leur méthodologie puisse être reproductible avec les mêmes effets positifs sur d’autres personnes. Elle l’a été, sur un échantillon assez conséquent, qui n’est pas forcément représentatif de la diversité culturelle et sociale de consommateurs d’autres pays. Il est donc impossible d’extrapoler ces conclusions, même si rien ne vous empêche de l’expérimenter vous-même, en gardant à l’esprit que cette méthode n’est pas une formule magique.
Si l’alcool est un vrai problème pour vous, il peut être sain de vous tourner vers des professionnels de la santé pour vous faire aider. Ce, de manière totalement gratuite, puisque nous avons la chance, en France, de disposer de structures dédiées, les CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) dans toutes les grandes villes. Il est possible de s’y faire accueillir et d’entamer un suivi de manière anonyme, encadré par des professionnels (infirmiers, addictologues, psychologues ou psychiatres), qui sauront vous guider dans votre parcours si vous souhaitez maîtriser votre consommation.
- Une équipe australienne a testé plusieurs messages de prévention pour comprendre lesquels parviennent réellement à faire baisser la consommation d’alcool.
- La combinaison la plus efficace associe un rappel clair du risque de cancer à une action simple : suivre précisément le nombre de verres consommés.
- Les autres approches n’ont modifié que les intentions, pas les comportements ; les résultats restent préliminaires et doivent être confirmés sur d’autres publics.
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