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Netflix, Instagram, Youtube : c’est quoi la “merdification” des plateformes ?

Vous avez l’impression que vos plateformes préférées se dégradent avec le temps ? Vous ne vous trompez pas. Ce phénomène s’appelle la “merdification”. Explications.

Plus de publicités sur YouTube, des algorithmes qui vous montrent moins ce que vous aimez sur Instagram, des prix qui augmentent sur Netflix… Ce phénomène, qui s’intensifie ces derniers temps, a un nom : la “merdification”.

Ce terme, traduit du terme anglais “enshittification” popularisé par l’écrivain canadien Cory Doctorow en 2022, décrit le phénomène de dégradation progressive et apparemment inévitable de la qualité des services offerts par les plateformes numériques. Cette détérioration suit un schéma bien précis, presque prévisible, qui transforme des services autrefois appréciés en versions de plus en plus frustrantes d’eux-mêmes.

Le processus de merdification se déroule généralement en trois phases distinctes, explique Cory Doctorow. D’abord, la plateforme propose un service de qualité, souvent à perte, pour attirer et fidéliser un maximum d’utilisateurs. C’est l’âge d’or où tout semble parfait : peu de publicités, une interface intuitive, des fonctionnalités gratuites et un contenu de qualité.

Vient ensuite la deuxième phase : la plateforme ayant constitué une base d’utilisateurs suffisamment importante, commence à exploiter ces derniers au profit de ses clients professionnels et annonceurs. Les données personnelles sont monétisées, les publicités se multiplient et l’expérience utilisateur commence subtilement à se dégrader.

Enfin, dans la troisième phase, la plateforme, forte de son monopole ou de sa position dominante, abuse à la fois de ses utilisateurs et de ses partenaires commerciaux pour maximiser ses profits. Les prix augmentent, les fonctionnalités gratuites deviennent payantes, l’interface se complexifie et la qualité globale du service s’effondre.

Netflix, Youtube, Amazon : rois de la merdification

YouTube illustre parfaitement ce phénomène. Récemment, la plateforme a modifié son interface web, réduisant le nombre de vidéos visibles sur la page d’accueil de 12 à seulement 8 complètement visibles. Tout semble avoir été “zoomé” à 200% ce qui crée une sensation d’étouffement et limite la découverte de contenus variés.

Cette modification non annoncée a provoqué une vague de mécontentement chez les utilisateurs, qui y voient une stratégie pour augmenter le nombre de clics et favoriser les contenus sponsorisés ou à forte monétisation.

Netflix est aussi très doué en merdification précise Le Monde. La plateforme de streaming, qui proposait initialement un catalogue riche à un prix abordable, a progressivement augmenté ses tarifs tout en s’attaquant au partage de comptes. Dans le même temps, la qualité des contenus a nettement diminué. Ces décisions illustrent parfaitement la troisième phase de la merdification, celle où l’entreprise cherche à maximiser ses profits au détriment de l’expérience utilisateur.

Amazon représente peut-être le cas d’école de ce phénomène. La plateforme a commencé par vendre des produits à perte, puis a lancé Amazon Prime pour encourager la fidélité des utilisateurs. Une fois ces derniers captifs, la plateforme a commencé à privilégier ses propres intérêts en transformant l’expérience d’achat en un labyrinthe de produits sponsorisés et de publicités.

Tous dans la merdification

La merdification n’est pas accidentelle mais structurelle explique Cory Doctorow. Elle découle directement du modèle économique des plateformes numériques opérant sur un marché biface, c’est-à-dire servant à la fois des utilisateurs et des annonceurs.

Alors que les actionnaires attendent une croissance infinie, ces entreprises finissent inévitablement par sacrifier la qualité de service au profit de la rentabilité. Le manque de concurrence, dû à la formation d’oligopoles ou de monopoles, accentue ce phénomène en supprimant toute incitation à maintenir un niveau de qualité élevé.

Les utilisateurs se retrouvent piégés dans ces écosystèmes dégradés en raison des coûts de sortie élevés. Quitter Instagram signifie perdre son réseau social, abandonner Amazon implique de renoncer à la commodité de Prime, et ainsi de suite. Cette captivité permet aux plateformes de poursuivre leur dégradation sans craindre un exode massif de leurs utilisateurs.

  • La “merdification” est un processus en trois phases par lequel les plateformes numériques se dégradent progressivement en sacrifiant la qualité au profit de la rentabilité.
  • Des exemples comme YouTube, Netflix et Amazon illustrent ce phénomène
  • Ce processus semble inévitable en raison des pressions financières et du manque de concurrence

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Par : Opera