Netvibes : recentrage réussi ?

Pendant des années, Netvibes a été critiqué pour son manque de modèle économique. Aujourd’hui que le recentrage opéré par Freddy Mini semble porter ses fruits, je pense qu’une diversification de l’offre pour étendre la base des utilisateurs, voire une évolution vers le SaaS en « démocratisant » les prix pourrait booster encore plus la société.

Il y a longtemps que je m’intéresse à Netvibes, d’autant plus que les entreprises françaises de cette envergure sur le Web sont trop rares. Donc lorsque j’ai décidé d’écrire un billet sur la société cofondée par Tariq Krim et dirigée aujourd’hui par Freddy Mini, j’ai voulu commencer par voir le trafic du domaine sur Google Trends.

Et là, surprise, un déclin qui ressemble à une catastrophe !

Ainsi j’ai interpelé Freddy en lui demandant pourquoi cette chute, et il m’a répondu : « Il faudrait poser la question à Google car nous ne voyons pas ce mouvement sur nos serveurs » !

Intrigué, j’ai demandé à Éric s’il constatait la même chose avec Presse-Citron, et il m’a confirmé que les chiffres de Google « sont complètement à la ramasse » puisque la courbe statistique du blog est diamétralement opposée avec au bas mot des chiffres réels multipliés par 4 ou 5 par rapport à ceux affichés. Sa conclusion sur Google Trends : c’est devenu n’importe quoi ce truc ! 🙂

Dont acte. Mais revenons 4 ans en arrière, à un rendez-vous avec Tariq Krim (dont j’ai découvert récemment qu’il avait été fait Chevalier des Arts et des Lettres cette année…), pour discuter du modèle économique de Netvibes à l’époque, alors prévu pour se décliner autour de deux pôles : les Univers et les Widgets.

Or nous sommes en juillet 2007, le mois même où Pierre Chappaz quitte Netvibes :

« La stratégie de distribution et de monétisation est au cœur de notre désaccord (Tariq et moi).
Nous avons une vision différente de ce que doivent devenir les Univers, moyen privilégié pour mettre en contact le grand public avec le service dans un environnement qui lui est familier.
Sur le modèle d’affaires, nous avons aussi des points de vue divergents.
»

Mais la plateforme de widgets ne créera guère de rentabilité et moins d’un an plus, Tariq laissera sa place de CEO à Freddy Mini, arrivé chez Netvibes en juillet 2006.

Nous voici donc en 2008, trois ans après sa création, Netvibes ne monétise toujours pas, et Freddy Mini décide de prendre le taureau par les cornes en fixant un objectif ambitieux pour la société :

En 2008, nous décidons de rendre rentable Netvibes et annonçons que nous y parviendrions au break even sous 18 mois, soit au dernier trimestre 2009. Ce que nous avons fait.

En 2008, nous avons testé 2 business models: media et software. La publicité se marie mal avec un environnement personnalisé. Elle fragilise la relation de confiance que nous souhaitons construire et maintenir avec nos utilisateurs.

En fait, le média n’ayant pas marché, les espoirs reposaient sur la partie « software » ! Quant à la partie grand public, gratuite, elle reste « une vitrine qui nous permet de montrer la philosophie de Netvibes et de démontrer que nos offres business peuvent supporter un grand nombre d’utilisateurs. »

Et en parallèle le développement de la partie B2B, partenariats compris, pour assurer la rentabilité de l’entreprise. C’est ainsi que nous en arrivons au lancement du Social Pack l’été dernier, qui est, selon Freddy Mini :

« le premier outil d’analyse sociale conçu pour s’adapter au fil de pensée des gestionnaires de marques et des professionnels des médias sociaux d’aujourd’hui, leur garantissant d’être automatiquement tenus à jour – même quand ils sont absents ou en voyage. »

Je trouve la vidéo de présentation assez bluffante :

Elle nous donne juste une idée des quatre pôles autour desquels on peut suivre ses sujets de prédilection à l’intérieur de la fenêtre temporelle de son choix (le when) : what is said / how is it perceived / who is talking / where is it happening.

En français : qu’est-ce qui se dit, par qui, comment cela est-il perçu, où ça se passe. On est pas loin de la pyramide G2H5W

Le but étant de pouvoir écouter, comprendre et agir :

1. Écouter Tout. En temps-réel. Médias sociaux, Applications Web, News & Blogs, Entreprise & Systèmes GRC.
2. Comprendre. De tous. Des outils tels que les SmartTags, les SmartFilters et la Curation pour révéler des tendances et aider au partage du savoir en temps-réel.
3. Agir. Tout de suite. À l’aide de rapports automatisés, d’alertes et d’outils personnalisés pour fournir plus rapidement les bonnes informations et assurer une prise de décision efficace.

Ce que Freddy résume ainsi : « Tout écouter, apprendre de tous et réagir tout de suite sont les 3 points fondamentaux de notre stratégie. »

Avec au cœur de cette stratégie l’offre d’un produit/service 100% personnalisable. Écoutons-le préciser sa pensée :

[We] must have big dreams. I believe the future of the Internet is its Personalization. I want to see an Internet for me, where I can control everything, and where I’m not bombarded with information and ad overload. I believe web 1.0 was feudal, publishers were masters and audiences, slaves. Then web 2.0 brought emancipation to the people. But in this new world, there is no reason for the movement to stop. The next step is for each individual to become the master of their own Web. For that we gonna need some Personalization help. How will consumers personalize and gain control of their Web? How will businesses and publishers form a democratic and mutually beneficial relationship with these new consumers? Netvibes is here to answer these questions.

[Traduction] Il nous faut avoir de grands rêves. Je crois que l’avenir d’Internet est à la Personnalisation. Je veux avoir mon Internet à moi, où je peux tout contrôler sans devoir être en proie à l’infobésité et bombardé par la publicité. Je crois que le Web 1.0 était féodal, où les éditeurs étaient les maîtres et les internautes leurs esclaves. Puis le Web 2.0 a émancipé le peuple d’Internet. Or dans ce nouveau monde, il n’y a aucune raison pour que le mouvement s’arrête. Ainsi, la prochaine étape consiste pour chaque individu à devenir le maître de son propre Web. C’est pourquoi nous allons avoir besoin d’aide à la Personnalisation. Comment les internautes pourront-ils personnaliser et maîtrise leur Web ? Comment les entreprises et les éditeurs pourront nouer des relations démocratiques et mutuellement bénéfiques avec ces nouveaux internautes ? Netvibes est là pour répondre à ces questions.

Franchement, je crois que je n’étais pas très loin de ce concept lorsque j’écrivais, en décembre 2007, l’Interface sociale comme tableau de bord du Web 2.0/Web 3.0 !

Et au fond, si je n’ai jamais écrit la deuxième partie, c’est peut-être parce que j’avais déjà tout dit dans la première :

Finie la théorie du nœud papillon, avec des îlots épars et déconnectés du cœur du réseau, sans liens et sans circulation : « à présent les hyperliens ne sont plus des liens entre les sites mais des liens liaisons (hyperliaisons ?) entre les personnes, via les réseaux sociaux… ».

Pour autant, si je me félicite de voir enfin réalisé un outil comme le Social Pack couplé au Dashboard, de l’autre côté je trouve dommage qu’il soit réservé à une élite, vu les prix pas vraiment « peuple » :

The entire Social pack and Dashboard costs $15,000 for dashboard setup, then $2,000 per month.

Ce qui nous fait pas loin d’un coût de 40 000 $ pour la première année d’utilisation ! Ce n’est plus du B2B, c’est du B2VeryImportantBusiness.

Car s’il est invitant de fouiller un peu le mécanisme du Social Pack, d’un autre côté, c’est trop frustrant de se dire que cela reste réservé à une élite vu le coût prohibitif pour le plus grand nombre.

Donc je conclurai ce billet en posant une question à Freddy Mini :

« Freddy, un service qui est une telle réussite gagnerait sûrement à pénétrer davantage le marché. Comme tu le dis toi-même : The future is all about services, not the tools or technologies themselves.

Pour autant il est dommage que ces services restent hors de portée du grand nombre, donc pourquoi ne pas réfléchir à diversifier l’offre pour étendre la base des utilisateurs ? Et au final pourquoi ne pas démocratiser ces outils en pratiquant des prix plus abordables voire en modulant les formules (SaaS ?), puisque de toutes façons le manque à gagner sur des prix unitaires moins chers serait fortement compensé au niveau quantitatif ?

Mais quoi qu’il en soit, compliments à toi et à toute l’équipe pour avoir rentabilisé Netvibes en inventant de toutes pièces un nouveau modèle économique ! »

Et si les utilisateurs de Netvibes veulent bien nous donner leur avis, les commentaires sont ouverts.


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29 commentaires

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  3. Google Trends correspond aux redirections faites suite à une recherche sur Google. C’est simplement que les internautes possèdent un raccourci sur leur navigateur ou en page par défaut (pour Netvibes hein, pas Presse Citron 😉 ). Idem pour pour les sites d’actualités, au lieu de faire une recherche sur Google les gens s’abonnent au RSS.

  4. J’ai du mal à saisir l’intérêt de Netvibes par rapport à Google Reader. Surtout quand avec l’extension Super Google Reader il est possible de lire les flux tronqués. Quel intérêt si l’on a accés qu’à un extrait de l’information et être sans arrêt rebalancer sur le site. Le concept de widget est une fausse bonne idée, en revanche des applications à l’image de l’iphone ou Android, même des application web, ce serait beaucoup plus agréable à l’utilisation.

  5. Jean-Marie, tout d’abord, merci pour ton article.

    Je crois que tes voeux sont exauces puisque nous avons lance Netvibes Premium for One (http://www.netvibes.com/en/pricing) qui offre au professionnel la puissance analytique, curative et d’alertes (tout comme Premium for Teams mais sans les fonctionnalites de collaboration bien sur).

    Netvibes Premium for One offre de maniere unique aggregation et analytique. Son prix est comparable aux produits analytiques uniquement mais la ou les autres limitent leur utilisation (par mentions notamment) Netvibes offre une utilisation illimitee (autant de dashboards que voulu, de recherches, d’analyses, etc…)

    14 jours gratuits. essaie? 🙂

    A nouveau, merci pour ton article.

    Sincerement, Freddy

  6. Ça sert peut être a voir ses flux rss dans un style un peu plus « propre » sachant que l’interface de google reader n’a pas bouger depuis 2ans.

    Voir sa timeline Twitter ou Sa recherche twitter en temps reel (sur une actu qui nous interresse a l’instant T)

    – Son actualité facebook et commenter sans avoir à passer du temps sur le site

    – avoir ses bookmarks sous la main

    – Prendre des notes sans avoir a ouvrir de nouveaux fichier text sur son/ses bureaux

    En fait a part les flux rss googleReader ne fait rien de tout ca…

    Pour avoir ses flux rss complet, j’utilise plus http://fulltextrssfeed.com

  7. @seawolf Netvibes, contrairement a GReader, ne se limite pas aux flux RSS mais aggrege tout ce qui concerne le sujet du Dashboard: ajoutez twitter, facebook, linkedIn, YouTube, meteo… mais aussi des informations internes a l’entreprise dans un cadre professionnel. Nous disons que nous rendons le Web concentrique, en aggregeant tout sur un sujet en un seul point.

    Aussi, la Website view existe aussi dans Netvibes 🙂

    Enfin, Netvibes Mobile (il suffit de taper netvibes.com dans le browser de votre iPhone, iPad, iPod touch, Android, WebOS…). Cette version mobile se synchronise real time entre vos differents appareils, fonctionne offline, permet d’acceder a tous vos Dashboards (rappelons que Google Reader = 1 compte par adresse gMail) et le tout… gratuitement.

  8. J’avais été heureusement surpris sur l’évolution de Netvibes en lisant http://www.journaldunet.com/eb.....ibes.shtml. Ils ont une bonne stratégie AMHA. Je rejoins l’avis de Jean-Marie concernant leurs tarifs.

    @Rémy : merci pour l’info GTrends, je ne savais pas.

    @MrJiM : je préfère de loin Greader pour sa sobriété/efficacité. Je n’ai pas besoin de widgets @seawolf + 1.

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  11. J’utilise netvibes en tant que particulier depuis ses débuts (2006 pour moi), et s’il a ses défauts, je lui trouve trop de qualités pour le lâcher (j’écris ce commentaire dans netvibes d’ailleurs). C’est pour moi un sorte de meta-onglet, qui contient tous mes flux d’informations, qu’ils soient rss ou non : une 50aine de blogs, news, facebook, youtube, twitter, flickrs d’amis, listes ebay, comptes mails non prioritaires (ceux qui ne sont pas sur mon smartphone), plus quelques widgets du genre bloc note, meteo, ou bookmarks.
    Tout ce petit monde cohabite proprement, chaque catégorie ayant son « sous onglet », certains flux sont configurés pour m’afficher la page web dans netvibes, d’autres pour m’envoyer directement sur le site, et d’autres pour afficher uniquement texte+images.
    En gros si je cherche une info que je sais etre dans mon netvibes, elle est accessible en trois clics max.
    Et je retrouve tout ça ou que je sois, sur mon smartphone, à la maison ou sur le poste de travail qu’on me prête.

    J’ai essayé Google Reader, je n’ai retrouvé ni la même ergonomie ni la même capacité à pouvoir agglomérer l’ensemble de mon pool d’information hors flux rss.

    Je reste donc chez netvibes, en espérant qu’ils continuent à soutenir et développer la partie grand public.

  12. J’ai très longtemps utilisé netvibes, jusqu’a ce que je me retrouve avec un Ipad et IPhone, et la seule facon de ne pas me retrouver avec des relectures de flux a donc été de passer par google reader, car de nombreuses applications utilisent les comptes google, je n’ai malheureusement jamais trouvé les versions mobiles de netvibes intéressantes.
    En fait il faudrait pouvoir lire son compte google reader a partir de netvibes… car il est vrai que l’interface de google est très moche

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  14. Freddy, merci, OK, je vais tester, on reparlera de tout ça après 🙂
    Notamment sur la question des prix, puisque même avec cette formule on est encore à 6000 €/an, ce qui implique qu’il faut encore une bonne dose de motivation pour signer le chèque.
    Je signale au passage le lien donné par Louis en commentaire, une interview à lire qui m’avait échappée durant la préparation de ce billet.

  15. @Freddy Mini « en aggregeant tout sur un sujet en un seul point » -> malheureusement, il n’est pas possible (en tout cas dans la version gratuite) de filtrer le contenu d’un flux rss par mot clés, ce qui diminue le focus sur un sujet donné. Par exemple, certains blogs ne proposent qu’un seul flux rss, alors qu’il peuvent aussi bien parler de cuisine que de nouvelles techno. Il devrait alors être possible de filtrer le flux rss afin de n’avoir que les news correspondant au sujet souhaité.

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  18. J’utilise Netvibes depuis 5 ans. Elle a pris place sur la page d’accueil de tous mes navigateurs.
    Bref, j’adore et je ne me sens pas bien quand il bug un peu 🙂

  19. J’utilise NetVibes quotidiennement entant que particulier depuis le début ou presque (2006 pour moi).

    Je n’ai rien compris au billet de Jean-Marie sur ce que permet de faire la version payante de Netvibes ! On dirait un discours politique trop généraliste et donc bien trop vague. « Ecouter », « Comprendre », « Agir » … concretement les entreprises s’en servent pour faire quoi et comment et à partir de quelles infos ? Un exemple concret serait plus parlant.

    NB: dommage qu’il soit impossible d’accèder à Netvibes depuis un mobile Windows 6.x (et il en traine encore quelques millions en France, dont le mien, un HD2 de 2 ans seulement).

  20. Euh, Google trends (ou insight peu importe) permet de mesurer le volume de requêtes…pas de visites d’un site (pour ça il y a Ad Planner qui est très approximatif).

    Ce serait bien de corriger… ou de s’abstenir !

  21. Loko, je n’ai pas approfondi pour pas faire un billet à rallonge en pensant que c’était suffisamment clair, la vidéo l’explique d’ailleurs assez bien.
    1. Ecouter ce que l’on dit de toi sur le Web en général (en fonction des sources d’info que tu « traces »), et sur les réseaux sociaux en particulier, de toi, de ta marque ou plus simplement du sujet qui t’intéresse.
    2. Comprendre ce que l’on dit de toi, de ta marque ou du sujet qui t’intéresse, si l’impression générale est positive, négative, neutre, etc., ou encore ce que disent, font ou pensent tes concurrents, etc.
    3. Agir, ou plutôt réagir en fonction du résultat des deux étapes précédentes.
    C’est pas de la politique, c’est de l’analyse, des tags, des métriques, etc.

  22. Ellimac, « Google trends (ou insight peu importe) permet de mesurer le volume de requêtes…pas de visites d’un site », c’est exact, pour les visites d’un site c’est Google Trends for Websites, où l’on voit écrit, en haut à gauche de la courbe : Daily Unique Visitors.
    Mais en effet, on peut aussi s’abstenir 🙂

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