Sophie Adenot est rentrée sur Terre le 8 octobre, après 237 jours passés à bord de la Station spatiale internationale (ISS) en compagnie de ses collègues de l’équipage Crew-12. Arrivée à Cologne le 10 octobre pour y entamer son programme de réadaptation au Centre européen des astronautes de l’ESA, l’ingénieure et ancienne pilote d’essai a accordé une interview à BFM TV dans laquelle elle a refroidi les ardeurs de ceux, de l’autre côté de l’Atlantique, qui imaginent déjà les premiers humains sur Mars.
Elon Musk, par exemple, qui nous promettait déjà en 2020 que la conquête de notre voisine rouge commencerait dans quatre ou six ans. Il s’était ravisé ensuite, affirmant en 2024 qu’un vol non habité vers la planète rouge aurait lieu « dans deux ans ». Nous sommes en 2026, et force est de constater qu’aucun Starship n’a encore quitté le plancher des vaches pour mettre le cap sur Mars. Même Jared Isaacman, le grand patron de la NASA nommé par Donald Trump, a réorienté l’ensemble du programme spatial américain vers Mars, quitte à reléguer la Lune et le programme Artemis au rang de « tremplin technologique » pour y parvenir. Sophie Adenot, qui peut se permettre désormais de parler d’expérience, a calmé net les ardeurs des prophètes de l’espace : Homo sapiens est encore très, très loin de pouvoir poser le pied sur le sol martien.
L’être humain “n’est pas prêt pour aller sur Mars”, assure Sophie Adenot lors d’une conférence de presse en Allemagne #BFM2 https://t.co/SduiIIDLYa
— BFM (@BFMTV) October 13, 2026
La conquête humaine de Mars : une utopie vouée au « carnage », selon Adenot
« On n’est pas prêts pour aller sur Mars. On n’est pas prêts aujourd’hui […] Il nous faut des ruptures technologiques », a-t-elle expliqué au micro de BFM TV. Un discours cinglant, mais Sophie Adenot raisonne en tant qu’astronaute qui a vécu l’expérience de la micropesanteur ; elle en connaît les effets dévastateurs sur son organisme. Après une mission à bord de l’ISS, les membres d’un équipage sont systématiquement examinés et doivent se réadapter à la vie terrestre et à la gravité pendant des semaines, sous surveillance médicale.
« Plus de 50 % des astronautes ont ces symptômes à l’atterrissage [NDLR : vertiges, nausées et désorientation liés à l’action de la gravité] », précise-t-elle. Pour l’instant, un voyage vers Mars impliquerait que de potentiels colons doivent sortir de leur capsule en étant complètement opérationnels, après un voyage au moins aussi long qu’un séjour à bord de l’ISS.
Elle pointe également du doigt la variabilité individuelle : « Un astronaute peut très bien rentrer de sa première mission spatiale avec tout un tas de symptômes et de sa deuxième mission spatiale avec zéro symptôme, ou vice versa. » Il est donc complètement impossible de prévoir qu’un équipage arrive indemne après son transit vers Mars, quand bien même les agences spatiales sélectionneraient les profils les plus résistants ou multiplieraient les entraînements en orbite.
En l’état actuel de nos connaissances technologiques, c’est proprement irréalisable : « […] aujourd’hui, si on imagine avec la technologie qu’on a actuellement une mission très longue durée, un voyage très longue durée de plus de six mois pour aller sur Mars, un atterrissage sur Mars, imaginez le carnage si 50% des astronautes se retrouvent avec des incapacités physiologiques et des difficultés à gérer le b.a-ba […] gérer son scaphandre, gérer tout ça, avec besoin d’assistance », martèle l’astronaute française.
Les seules solutions qu’elle entrevoit sont au nombre de deux : accélérer la durée du voyage pour réduire l’exposition des équipages à l’apesanteur, et faire en sorte que le véhicule qui les transporte puisse générer une gravité artificielle. Certes, le programme DRACO (Demonstration Rocket for Agile Cislunar Operations), mené conjointement par la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) et la NASA, prévoit de tester dès 2027 un moteur à propulsion nucléaire thermique développé par Lockheed Martin et BWX Technologies. Cette technologie, deux à cinq fois plus efficace que la propulsion chimique, pourrait théoriquement ramener le transit vers Mars de sept mois à trois ou quatre. Mais il n’est qu’un démonstrateur technologique qui ne quittera pas l’orbite terrestre et volera sans équipage. Quant à la gravité artificielle, à l’échelle opérationnelle ou industrielle, il n’y a absolument aucun projet en développement qui pourrait équiper de futurs vaisseaux habités. Avant d’apprendre à courir, il faut déjà savoir tenir sur ses deux jambes : un grand merci à Sophie Adenot d’avoir su expliquer cette évidence en à peine une petite minute d’interview.
- Sophie Adenot, après 237 jours dans l’espace, affirme que la technologie actuelle ne permet pas d’envoyer des humains sur Mars.
- Elle souligne les effets dévastateurs de la micropesanteur sur le corps humain, avec plus de 50 % des astronautes éprouvant des symptômes à l’atterrissage.
- Adenot appelle à des ruptures technologiques avant d’envisager une mission martienne réussie.
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