C’est le prix pour revenir dans la course. 1,5 milliard d’euros, à trouver au plus vite pour pouvoir espérer construire celle qui deviendra la giga-usine française des panneaux solaires. Au sein de la startup Carbon, il ne faut pas avoir le vertige, mais un sacré mental d’acier. Née en mars 2022, c’est dès ce premier semestre 2023 que tout s’accélère pour elle. Elle tentera sa chance, et jouera certainement la dernière carte de la filière tricolore : EDF, Systovi, ou encore Voltec ont échoué.
Ce vendredi, elle vient d’annoncer que ce sera à Fos-sur-Mer que son projet de giga-usine pour panneaux solaires sera construite. Un projet titanesque que la plupart des grands groupes comme startup n’ont pas pu faire aboutir. Dans une déclaration publique, Carbon en a révélé un peu plus sur ses détails. 3000 employés devront faire tourner la machine ici, au sein du Grand port maritime de Marseille. Un emplacement tourné sur le large qui en dit long des ambitions.
Le processus de fabrication n’existe tout bonnement pas en Europe. Alors si le projet réussissait, ce ne serait pas seulement une question de victoire nationale, mais européenne. Face à Carbon, les concurrents sont chinois, et les prix sont très bas. Trop pour espérer pouvoir trouver une niche au potentiel d’évolution suffisamment grand dans des produits plus premium – comme d’autres marques françaises le proposaient depuis 2008. Certains commerces spécialisés, comme le français Oscaro Power, ont eux-mêmes lâché l’industrie locale. Faute de vente.
Pourtant, une fenêtre de tir s’ouvre et Carbon compte bien capitaliser dessus. Celle-ci cumule à la fois l’importance pour la France de se doter de sources d’électricité alternative au nucléaire dans les situations comme nous l’avons vécu à l’automne, mais aussi l’opportunité de surfer sur les dernières évolutions technologiques dans le photovoltaïque. “En Europe, nous avons les meilleurs cerveaux pour innover sur cette technologie”, s’exclamait avec optimisme le président de Carbon.
“Le vent a tourné”
L’opportunité se trouve aussi du côté des processus de fabrication directement, alors que les fournitures de silicium notamment ne demandent pas une importation de l’autre côté du globe. “Le vent a tourné”, disait-il, avant d’ajouter : “il existe de nombreux producteurs de silicium de grade électronique. Cette ressource est disponible partout sur Terre d’ailleurs. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il est moins cher de produire des panneaux solaires ici qu’en Chine.” Mais pour arriver à concurrencer les 9 sur 10 groupes leaders du secteur exclusivement chinois et sud-coréen, il faudra produire gros.
Le plan est donc, avec l’usine de Fos-sur-Mer, d’atteindre 5GW de capacité et une ouverture pour 2025. L’unité industrielle sera la première bien que la startup Carbon souhaite lancer un projet pilote plus tôt. Objectif : dire aux investisseurs et aux actionnaires actuels que l’entreprise ne perdra pas de temps, et qu’elle sera à la hauteur de ses ambitions. Il faudra de l’argent pour cela. Et beaucoup. Si l’usine près de Marseille coûte 1,5 milliard d’euros, c’est une montagne de 4 à 6 milliards d’euros d’investissement qu’attend Carbon pour atteindre, d’ici 2030, une production de 20 GW en panneaux solaires.
Le Français ECM, qui produit des plaquettes de silicium et travaille déjà avec de nombreux partenaires chinois à qui il vend ses fournitures, a investi en septembre 2022 dans Carbon, pour récupérer 20 % de son capital. Les parts de la société continueront très certainement à être diluées, mais la direction de Carbon compte aussi sur la dette bancaire et un soutien des organismes publics pour s’en sortir. Bpifrance, mais aussi le Fond d’innovation européen devraient certainement prendre part au projet.
À Paris, le mois dernier, Emmanuel Macron et la sphère French Tech se targuaient d’une dynamique positive dans la réindustrialisation du territoire. À eux de pousser aussi de pousser Carbon et attirer le soleil sur ses panneaux. À eux de pousser les autres projets innovants comme Okwind.
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