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PasTech 🍉 Episode 14 : le Macintosh ou “pourquoi 1984 ne sera pas comme 1984”

Le Macintosh fĂȘte ses 40 ans ! LancĂ© en janvier 1984, le premier vĂ©ritable ordinateur personnel Apple a posĂ© les bases de l’informatique grand public. Retour sur la machine sans qui les ordinateurs ne seraient peut-ĂȘtre pas ce qu’ils sont aujourd’hui.

Parce qu’on n’a pas toujours eu un Ă©cran 4K devant les yeux, un smartphone OLED HDR dans la main et des manettes sans-fil sur les genoux, PasTech vous propose un petit retour rafraĂźchissant dans le passĂ©, Ă  la (re)dĂ©couverte de certains produits emblĂ©matiques qui ont fait (ou pas) l’Histoire de la tech. Alors on dit 5, 4, 3, 0, et paf, PasTech !


« Pourquoi 1984 ne sera pas comme 1984 Â». DerriĂšre ce slogan se cache l’une des publicitĂ©s les plus marquantes de l’histoire des campagnes tĂ©lĂ©visuelles. Nous sommes le 22 janvier 1984, 96 millions de tĂ©lĂ©spectateurs amĂ©ricains assistent au Super Bowl, Ă©vĂšnement sportif le plus suivi du pays dont le coĂ»t de diffusion d’une publicitĂ© dĂ©passe l’entendement.

À l’époque, Apple n’est pas encore l’une des entreprises les plus valorisĂ©es au monde. Elle fait mĂȘme figure de challenger face au monstre IBM. Mais la marque maĂźtrise dĂ©jĂ  les ressors d’un bon marketing.

Pendant la mi-temps du Super Bowl, elle diffuse une publicitĂ© d’une minute, rĂ©alisĂ©e par Ridley Scott, trĂšs en vogue aprĂšs le succĂšs de Blade Runner, sorti un an et demi auparavant. Dans une atmosphĂšre dystopique rappelant l’Ɠuvre 1984 de George Orwell, il met en scĂšne une horde d’hommes amorphes, vĂȘtus de gris, crĂąnes rasĂ©s, focalisĂ©s sur l’image d’un homme portant des lunettes et enchaĂźnant, tel un gourou, un discours angoissant.

Arrive alors une femme, habillĂ©e d’un haut blanc et d’un short rouge, courant Ă  toute allure et portant une masse. Poursuivie par des soldats au look futuriste, elle balance son marteau telle une athlĂšte et dĂ©truit l’écran mettant en scĂšne « Big Brother Â». ApparaĂźt Ă  l’écran le message suivant :

Le 24 janvier, Apple computer prĂ©sentera le Macintosh. Et vous verrez pourquoi 1984 ne sera pas comme « 1984 Â».

Créé par l’agence Chiat\Day, ce spot publicitaire ne sera diffusĂ© qu’une seule fois Ă  la tĂ©lĂ©vision. Et marquera Ă  jamais l’histoire de la publicité  et de l’informatique.

24 janvier 1984 : lancement du Macintosh

Deux jours aprĂšs la diffusion de la publicitĂ©, Apple se lance pour une autre grande premiĂšre. Le Macintosh marque en effet les dĂ©buts des cĂ©lĂšbres keynote, ces confĂ©rences grandiloquentes dont Apple a le secret. Celle du Macintosh coĂ»te 1 million de dollars Ă  Apple et se dĂ©roule dans l’auditorium du De Anza Community College de Cupertino.

Pour l’occasion, Steve Jobs monte sur scĂšne en costume et nƓud papillon. AprĂšs la diffusion de la publicitĂ© de Ridley Scott il saisit un gros sac noir et dĂ©voile le Macintosh en plastique et circuits imprimĂ©s.

DĂ©bute alors la phase de dĂ©monstration en direct, autre tradition chez Apple. Il brandit la machine, puis la souris et insĂšre une disquette. L’écran s’allume avec la musique des « Chariots de feu Â» et les mots « Macintosh Â» puis « Insanely Great Â» (Incroyablement gĂ©nial) s’affichent sur l’écran. Se succĂšdent ensuite une sĂ©rie de captures d’écrans de logiciels. Le public exulte : Ă  l’époque, les ordinateurs avec une interface graphique n’existent pas. La souris non plus.

Cerise sur le gĂąteau, Steve Jobs s’adresse au Macintosh qui lui rĂ©pond d’une voix robotique et affiche ses propos sur l’écran. Il en profite pour tailler un short Ă  son concurrent de l’époque, IBM : « ne faites jamais confiance Ă  un ordinateur que vous ne pouvez pas soulever Â» dĂ©clare la machine. Et de saluer le fondateur d’Apple, « l’homme qui a Ă©tĂ© comme un pĂšre pour moi, Steve Jobs Â». L’audience est en dĂ©lire. « La prĂ©sentation du Mac Ă©tait historique et hystĂ©rique Â» confie aux Echos Jean-Louis GassĂ©e, patron d’Apple France en 1984.

Un lancement en fanfare

Steve Jobs Macintosh
© Apple

InitiĂ© en 1979 par Jef Raskin, l’un des premiers employĂ©s d’Apple (le nom Macintosh vient d’ailleurs de McIntosh, sa variĂ©tĂ© de pomme prĂ©fĂ©rĂ©e), le projet est repris par Steve Jobs, virĂ© du projet Lisa (un ordinateur destinĂ© aux entreprises, lui aussi avec une interface graphique) Ă  cause de son comportement odieux.

À peine arrivĂ©, il souhaite contrer les plans de Jef Raskin, la vision du Macintosh de Jobs Ă©tant aux antipodes. Alors que le premier souhaite proposer une machine diffĂ©rente de l’Apple III, plus simple et vendue moins de 1 000 dollars, le second prĂ©fĂšre reprendre l’interface graphique et la souris du Lisa. ProblĂšme : Lisa coĂ»tait 10 000 dollars.

Steve Jobs obtient le dĂ©part de Jef Raskin et peut donc mettre en Ɠuvre ses plans. Le Macintosh a donc bien une interface graphique et une souris. Quant Ă  son prix, il atteint les 2 495 dollars, une fortune Ă  l’époque.

Le lancement du Macintosh est essentiel pour l’avenir d’Apple. L’entreprise est Ă  la peine : les ventes de l’Apple II s’effondrent et l’Apple III et le Lisa sont trop chers et peu fiables.

Au lancement, le Macintosh connaĂźt un succĂšs phĂ©nomĂ©nal. La machine marketing portĂ©e par le PDG John Sculley, dĂ©bauchĂ© par Steve Jobs de chez Pepsi (le cĂ©lĂšbre « tu veux changer le monde ou vendre de l’eau sucrĂ©e toute ta vie ? Â»), fonctionne.

AprĂšs quelques mois, le soufflĂ© retombe. En cause, une machine trop lente, trop chĂšre, pauvre en logiciels et limitĂ©e Ă  un Ă©cran noir et blanc quand les modĂšles de la concurrence (y compris l’Apple II) sont dĂ©jĂ  en couleur. Apple ne fait donc pas tomber Big Brother. Au contraire, l’entreprise perd la bataille essentielle du logiciel. Alors que Microsoft Ă©tait partenaire des deux entreprises, elle choisit de se tourner davantage vers le PC avec Windows, Steve Jobs ayant choisi un systĂšme et des machines fermĂ©s.

La débùcle

Macintosh Ventes
© Unsplash / Alexander Shatov

Le Macintosh connaĂźt alors une vĂ©ritable dĂ©bĂącle. En septembre 1985, Steve Jobs est poussĂ© vers la sortie aprĂšs avoir tentĂ© de renverser John Sculley qui l’avait Ă©cartĂ© de la division Mac.

Pendant dix ans, Apple a continuĂ© de ramer pour tenter de sĂ©duire les entreprises, en vain. En 1993, John Sculley est lui aussi remerciĂ© et remplacĂ© par Michael Spindler. Le nouveau PDG prend alors une dĂ©cision inconcevable pour Steve Jobs : laisser les fabricants crĂ©er des clones bon marchĂ© du Macintosh, une stratĂ©gie adoptĂ©e par IBM.

Cette dĂ©cision a menĂ© Apple au bord du gouffre. En 1996, alors que tout semble perdu, l’entreprise – qui peine Ă  dĂ©velopper un systĂšme d’exploitation moderne – rachĂšte NeXT, l’entreprise fondĂ©e par Steve Jobs juste aprĂšs son renvoi, pour 427 millions de dollars.

Apple supplie alors Steve Jobs de revenir pour sauver l’entreprise, d’abord comme consultant puis comme PDG par intĂ©rim pendant 6 mois.

Le retour du roi

Revenu aux commandes, Steve Jobs met fin au clonage des machines Apple. Il est convaincu que le grand public est prĂȘt Ă  accueillir un ordinateur personnel hĂ©ritĂ© du Macintosh.

ObsĂ©dĂ© par la simplicitĂ©, il souhaite que le client puisse utiliser son ordinateur quelques secondes seulement aprĂšs l’avoir sorti du carton, comme un magnĂ©toscope ou un tĂ©lĂ©viseur. C’est Ă  cette Ă©poque que naĂźt la philosophie « Think Different Â».

Steve Jobs s’entoure alors des meilleurs et recrute dans son Ă©quipe un jeune designer britannique nommĂ© Jony Ive. SubjuguĂ© par ses travaux, il lui demande crĂ©er une machine aussi Ă©lĂ©gante que spectaculaire, un ordinateur inoubliable qui marque les esprits par son design et sa simplicitĂ©. Seule condition technique : qu’il soit monobloc, comme le Macintosh.

Jony Ive crĂ©e alors le premier iMac, un ordinateur en forme de bulle de plastique translucide et colorĂ©e dont la coque laisse entrevoir les composants. En hommage au Macintosh, il ajoute une poignĂ©e sur le dessus de l’ordinateur. La suite, on la connaĂźt.

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