Porsche n’est pas au meilleur de sa forme depuis qu’elle a entamé son grand virage vers l’électrique, comme l’ensemble des marques du groupe Volkswagen à qui l’entreprise appartient, soit dit en passant. Alors qu’elle faisait figure d’élève modèle avec le lancement réussi de la Taycan en 2019, le soufflet est retombé et ses bénéfices ont dévissé, notamment sous la pression des constructeurs chinois (BYD, Xiaomi, Yangwang). En quelques mois, le Macan électrique a vu ses ventes dégringolé de 40 % et la marque envisage de fusionner son architecture avec la Panamera pour éponger des coûts devenus insoutenables. Sur les deux dernières années, sa marge opérationnelle a fondu comme neige au soleil.
Mais Porsche restera toujours Porsche, et vient de démontrer, encore une fois que ses équipes ont les tripes. Hier, le 15 octobre, la marque a dévoilé sur un quai de Queens à New York (le même où la légendaire 550 Spyder avait été photographiée pour la première fois en 1953) son nouveau concept : la Mission S, une supercar à moteur central-arrière, thermique, destinée à coiffer la 911 au sommet de la gamme. Premier acte de la stratégie « Sportwagenschmiede ‘35 » portée par le PDG Michael Leiters, elle enterre officiellement la Mission X, le concept tout-électrique de 2023, mort dans l’œuf.
La Porsche Mission S : un musée sur roues
Porsche n’a communiqué que très peu de données techniques officielles concernant la Mission S, probablement pour que notre attention se concentre sur son design, signé Tobias Sühlmann, nouveau directeur du style depuis février 2026, qui l’a dessiné en huit mois seulement. Ce que l’on sait pour le moment du concept : sa plateforme acceptera des motorisations thermiques, hybrides ou hybrides rechargeables, mais jamais un groupe motopropulseur 100 % électrique.
Ce dernier n’a, lui non plus, pas été officialisé, mais le constructeur a laissé traîner suffisamment d’indices dans les premières images de l’habitacle (voir plus bas) pour faire baver les puristes. Le compte-tours (à aiguille physique, s’il vous plaît !) grimpe jusqu’à 8 000 tr/min et selon certaines rumeurs, la Mission S embarquerait un flat-8, un bloc complètement inédit dans l’histoire de la marque, du moins pour se véhicules de série.
À l’arrière, les quatre énormes sorties d’échappement disposées en paires verticales ne laissent pas indifférents : une configuration qu’on n’avait plus vue chez Porsche depuis ses prototypes d’endurance, qui permettra au moteur de respirer assez bruyamment (en restant, on l’imagine, dans les normes Euro 7).
Au centre de l’habitacle nous retrouvons… un vrai levier de vitesse physique. Porsche a bel et bien confirmé que la plateforme de la Mission S était compatible avec une transmission manuelle, ce qui n’exclut pas qu’une PDK soit également proposée. Mais si Stuttgart ose coller une boîte manuelle sur le modèle de série, ce sera le plus beau bras d’honneur adressé au tout-électrique depuis la Carrera GT.
La silhouette de la Mission S frappe d’abord par ses proportions : c’est une voiture ramassée sur elle-même, dont le museau effilé plonge vers l’asphalte avec des hanches arrière qui explosent en largeur. Sa ligne de toit file depuis le pare-brise pour mourir en pente douce au-dessus du moteur, exactement comme sur la GT1 Strassenversion. De face, les optiques étirées et le capot plat ancrent la Mission S dans l’ADN Porsche sans copier la 911 ; de dos, les ailes arrière gonflées à bloc encadrent un diffuseur noir béant, surmonté de deux prises d’air gigantesques, qui rappellent le ventilateur de la 917.
Tous les détails de la carrosserie semblent raconter des petits bouts de l’histoire de la marque : les jantes à motif « Telefonfelgen » (« cadran téléphonique ») de la 928 ou les ailes carénées de la 959… Peut-être ne plaira-t-elle pas à tout le monde, mais il faut tout de même avouer que Porsche a fait l’effort de dessiner une supercar qui parle aux gens qui connaissent l’histoire de la marque, sans pour autant leur servir un revival nostalgique paresseux.
Si la Mission S, telle qu’on la voit maintenant, est un concept, elle est bien destinée à être produite en série et ne sera pas une série limitée. Pleinement intégrée au catalogue, au-dessus de la 911, dans la lignée directe de la Carrera GT et de la 918 Spyder, soit, le successeur spirituel de deux des machines les plus vénérées de l’histoire automobile.

L’anti-Tesla de Stuttgart : dégagez-moi ces écrans, que je ne saurais voir !
L’intérieur de la Mission S est une gifle adressée à l’ensemble de l’industrie automobile et à sa course sans fin vers les écrans, une mode lancée par Tesla avec sa première Model S en 2012, copiée jusqu’à l’absurde par tous les autres. Ici, aucun écran central, aucun écran pour le passager : à la place, un support rétractable MagSafe pour smartphone, que le conducteur sort s’il en a besoin et range quand il conduit. Cinq cadrans ronds cerclent le compte-tours central à aiguille physique, un rappel, là encore, des Porsche d’avant l’ère numérique que l’on retrouvait sur les 356, les 911 de 1964 à 1998 ou la Carrera GT.

D’après les premières informations, le compte-tours central peut avancer ou reculer selon le mode de conduite sélectionné (Normal, Sport, Track), et les quatre cadrans qui l’entourent glissent ou se replient les uns derrière les autres pour adapter l’affichage en temps réel. On retrouve, comme de coutume, le fameux chronomètre Sport Chrono, qui trône au pied du pare-brise, comme toutes sur les Porsche sportives depuis 20 ans.
Pour le reste, Porsche n’a communiqué aucun pix ni aucune date de lancement du véhicule de série. Le quotidien économique allemand Handelsblat évoque un tarif avoisinant les 500 000 euros sous le nom de code interne « S1 », et la version de production pourrait être dévoilée avant la fin de l’année 2027. Si le constructeur tient sa promesse, ce sera la première fois depuis la création de la marque qu’une supercar à moteur central intègre durablement le catalogue aux côtés de la 911. Un choix industriel qui la remettra peut-être sur les bons rails financiers, étant donné que ses différentes tentatives de diversification dans l’électrique ont malheureusement plus vidé ses caisses qu’elles ne les ont remplies.
- Porsche dévoile la Mission S, une supercar thermique à moteur central-arrière, visant à relancer son image après des difficultés financières.
- Ce concept rend hommage à l’histoire de la marque tout en s’éloignant des tendances électriques contemporaines, offrant un design inspiré de modèles mythiques.
- La production est prévue avec un prix estimé autour de 500 000 euros, sans écran central, favorisant une expérience de conduite plus traditionnelle.
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