Passer au contenu

Pourquoi la grippe frappe-t-elle aussi fort cette année ?

Une saison grippale hors norme met les hôpitaux à rude épreuve : que se passe-t-il vraiment ?

Comme chaque année, la grippe fait son grand retour à la saison hivernale ; rien de franchement étonnant jusque-là, c’est une épidémie saisonnière. Toutefois, cela ne vous a peut-être pas échappé, la grippe 2024-2025 semble plus virulente que ce à quoi nous sommes normalement habitués.

En effet, l’analyse des données de surveillance épidémiologique met en évidence une dynamique de transmission virale assez intense, tant aux États-Unis qu’en France. De l’autre côté, les indicateurs sanitaires démontrent également une circulation active et soutenue des virus grippaux, une situation assez exceptionnelle qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.

Une grosse pression hospitalière

Que ce soit au pays de l’Oncle Sam ou dans l’Hexagone, il y a une saturation très importante des services hospitaliers. Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) rapportent un taux de consultation pour syndromes grippaux atteignant 8 %, un niveau inédit depuis la pandémie H1N1 de 2009-2010 (surnommée « grippe porcine »).

Le virus a déjà touché 24 millions d’Américains, soit environ 7 % de la population totale. Parmi ces cas, 310 000 ont nécessité une hospitalisation, ce qui représente un taux d’hospitalisation de 1,3 % des personnes infectées. Le bilan humain est particulièrement lourd avec 13 000 décès recensés, dont 57 enfants.

Afin de mettre ces chiffres en perspective, une petite comparaison avec une saison grippale classique s’impose. Celle-ci entraîne habituellement entre 140 000 et 710 000 hospitalisations sur l’ensemble de la période épidémique. Or, avec 310 000 hospitalisations déjà comptabilisées et plusieurs semaines d’épidémie encore à venir, la saison 2024-2025 pourrait s’approcher des records historiques de 2017-2018, considérée jusqu’ici comme l’une des plus sévères des dernières décennies.

En France, la situation n’est pas moins préoccupante. Santé publique France (SPF) fait état d’une « activité hospitalière très élevée » accompagnée d’une « nette augmentation des décès ». Le contexte sanitaire a contraint 87 établissements hospitaliers à déclencher le « plan blanc », un dispositif permettant la réorganisation des services et le rappel du personnel en congé. L’épidémiologiste Sibylle Bernard-Stoecklin de SPF souligne le caractère particulièrement sévère de cette épidémie, qui dépasse en intensité les saisons précédentes.

Grippe : taux d'actes SOS Médecins
La saison 2024-2025 (courbe rouge) montre une montée en flèche des consultations, dépassant déjà les pics des années précédentes à la semaine 52. © Santé publique France

Trois virus, une épidémie : la grippe se fait remarquer

Dans l’histoire récente des épidémies de grippe, la saison 2024-2025 présente un schéma assez unique. Les réseaux de surveillance ont identifié la circulation simultanée de trois souches virales principales, chacune présentant ses propres caractéristiques.

Le virus H1N1 de type A, descendant de la souche pandémique de 2009, cible particulièrement les jeunes adultes en raison de leur immunité limitée face à ce variant.

Son « cousin » H3N2, également de type A, se montre plus agressif envers les populations âgées et immunodéprimées, provoquant souvent des complications respiratoires sévères.

Le troisième acteur de cette triade virale, le virus B de lignée Victoria, affecte principalement les enfants et les adolescents, expliquant le nombre inhabituellement élevé d’hospitalisations pédiatriques.

Cette configuration virale crée donc un phénomène de « tempête parfaite » épidémiologique. La présence simultanée de ces trois souches multiplie les possibilités d’infection, chaque virus trouvant sa population cible privilégiée. Un même foyer familial peut ainsi voir plusieurs de ses membres touchés par différentes souches, amplifiant la transmission intrafamiliale.

C’est pourquoi la grippe a frappé particulièrement fort durant les fêtes de fin d’année, période propice aux rassemblements intergénérationnels prolongés dans des espaces clos et peu ventilés. La fermeture temporaire de nombreux cabinets médicaux durant cette période a par ailleurs retardé les prises en charge, favorisant davantage la propagation communautaire du virus.

Autre facteur complexifiant ce paysage viral déjà un peu chaotique : l’émergence de variants zoonotiques, des virus grippaux qui circulent normalement chez les animaux (oiseaux, porcs, etc.) et qui peuvent, dans certaines circonstances, infecter les humains.

Le virus H5N1, connu sous le nom de grippe aviaire, continue lentement sa progression outre-Atlantique depuis le printemps dernier. Les autorités sanitaires américaines ont confirmé 60 cas d’infection chez des humains depuis début 2024, tous survenus après un contact étroit avec des animaux d’élevage contaminés, principalement dans des fermes laitières où le virus circule activement.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que le H5N1 présente un taux de mortalité historiquement élevé chez l’humain. Pour l’instant, les investigations épidémiologiques démontrent que ces personnes ont toutes contracté le virus directement auprès des animaux malades, sans qu’aucune transmission d’humain à humain n’ait été observée.

Cependant, la coexistence de ce virus H5N1 avec les souches de grippe saisonnière inquiètent les virologues : il y a un risque d’échange de matériel génétique entre ces différents virus. En effet, si le H5N1 venait à acquérir la capacité de transmission interhumaine des virus saisonniers tout en conservant sa virulence, les conséquences sanitaires pourraient être bien plus importantes qu’aujourd’hui.

Une couverture préventive défaillante

Voilà une des raisons qui explique également cette déferlante grippale : l’insuffisance de la couverture vaccinale. Aux Etats-Unis, seulement 45 % de la population est vaccinée. En France, les premières estimations indiquent une baisse notable de la vaccination, y compris parmi les personnels soignants où le taux atteint à peine 19 % à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

La présidente du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires, Brigitte Autran, évoque une possible lassitude vaccinale post-Covid comme facteur explicatif de cette faible adhésion.

De manière générale, il y a un certain relâchement des mesures préventives ; cinq ans après le début de la pandémie de Covid-19, les gestes barrières ont été largement abandonnés. Le port du masque, le lavage régulier des mains et l’aération des espaces clos ne sont plus systématiquement appliqués, créant des conditions favorables à la propagation virale. Dans son dernier bulletin en date du 12 février, Santé publique France explique néanmoins que le pic semble passé, avec des indicateurs grippaux à la baisse, mais une « activité grippale toujours élevée et plus particulièrement chez les enfants ». Ce n’est pas une raison de lâcher les bonnes habitudes (lavage de main régulier, port de masque en présence de personnes vulnérables, aération, etc.), l’épidémie pouvant continuer jusqu’à la fin du mois de mars.

  • L’épidémie de grippe actuelle atteint des niveaux exceptionnellement élevés, mettant sous pression les hôpitaux en France et aux États-Unis.
  • Trois souches virales circulent simultanément, touchant différentes tranches d’âge et favorisant une propagation rapide.
  • La baisse de la vaccination et l’abandon des gestes barrières aggravent la situation, même si un recul des cas commence à se dessiner dans l’Hexagone.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

TousAntiCovid
TousAntiCovid
Par : Gouvernement français
4.4 / 5
k324.5 avis