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Progamme Artemis : pourquoi la NASA entraîne ses astronautes à atterrir… dans le noir total

Pour espérer approcher le sol lunaire, il faut déjà affronter ses propres limites sur le plancher des vaches.

Avant que la NASA puisse espérer retourner poser le pied sur le sol lunaire ; ce qui n’est déjà pas une mince affaire ; encore faut-il que ses hommes puissent s’y poser. L’agence spatiale américaine a bien compris, que pour assurer la réussite de son programme Artemis, le voyage comptera tout autant que l’alunissage, qui se fera à bord du module Starship HLS de SpaceX.

Pour préparer ses équipages à cette manœuvre qui s’annonce extrêmement délicate, la NASA les envoie donc s’entraîner sur Terre. Pas n’importe où : dans les Montagnes Rocheuses, aux États-Unis, plus précisément dans une portion de cette gigantesque chaîne située au Colorado. Là-bas, les astronautes sont plongés dans des conditions extrêmes, ceci afin de les confronter, avant l’heure, à ce qui les attend lorsqu’ils se poseront vraiment sur la Lune.

Les Rocheuses : un avant-goût de la Lune

Dans les montagnes escarpées du Colorado, à Gypsum, le site militaire de la Garde nationale (High-Altitude Army Aviation Training Site, HAATS) est devenu le terrain où sont mis à l’épreuve les futurs explorateurs lunaires. À bord d’hélicoptères militaires (des UH-72A Lakota) pilotés avec l’aide d’instructeurs de la Garde, les astronautes de la NASA répètent les dernières minutes critiques d’une descente lunaire.

Hélicoptère UH-72A Lakota
Le UH-72A Lakota est considéré comme un excellent appareil d’entraînement, notamment pour s’exercer aux manœuvres de précision et pour travailler les compétences de base. © Soldiers Stories / YouTube

Doug Wheelock, astronaute de la NASA en charge de la coordination de ce programme d’entraînement explique : « Lors des vols d’entraînement à HAATS, les astronautes sont confrontés aux illusions visuelles [NDLR : phénomènes durant lesquelles la perception du terrain ne correspond pas à la réalité], aux échanges complexes à travers le cockpit et à la perte de visibilité qu’ils retrouveront sans doute en s’approchant de leur zone d’atterrissage près du pôle sud lunaire. Des occasions de formation en vol comme celles-ci sont essentielles à la réussite des missions et à la sécurité des équipages ».

Pourquoi avoir choisi les Rocheuses autour du HAATS ? Parce qu’elles font office d’« analogues Lunaires », idéales pour que les pilotes soient parfaitement au point lorsqu’ils devront alunir. À des altitudes comprises entre 2 000 et plus de 4 000 mètres, les UH-72A Lakota opèrent à la limite de leurs performances, obligeant les équipages à les diriger avec la plus grande précision.

La neige, l’éblouissement du soleil rasant et les tourbillons de poussière provoquent des « whiteouts » (moments où l’horizon disparaît presque entièrement de la vue) : des conditions que risquent de retrouver les astronautes lors d’Artemis III. Impossible donc de se fier à ses sens, les astronautes doivent compter sur leurs instruments ainsi que sur leur capacité à communiquer et à se coordonner. Depuis 2021, vingt-deux astronautes américains et un membre de l’ESA, dont Bob Hines et Raja Chari, ont déjà suivi ce dur programme d’entraînement.

L’art de gérer l’inattendu en vol

L’expérience accumulée lors du programme Apollo, malgré son âge vénérable, sert encore de fil rouge à la préparation d’Artemis. « La NASA adopte une stratégie en trois volets : simulation sur plateforme dynamique, entraînement analogique en vol et simulation de l’atterrissage lunaire en conditions réelles pour bâtir les fondations de la formation Artemis », résume Doug Wheelock.

Les entraînements aux alentours du HAATS comportent donc une part d’inattendu, indispensable pour que les astronautes soient pleinement forgés. Dans cet environnement, les équipages doivent gérer des descentes difficiles à la limite de la puissance disponible, reconnaître des points de repère malgré des images brouillées, et prendre des décisions rapidement face à un terrain accidenté.

Chaque exercice se fait en binôme : pendant que l’un pilote l’appareil, l’autre repère les zones d’atterrissage possibles, identifie les obstacles et surveille la trajectoire de l’appareil. D’un exercice à l’autre, les zones d’atterrissage choisies se compliquent : reliefs plus abrupts, points de repère plus difficiles à identifier, obstacles multipliés, etc. Ce qui oblige nécessairement les pilotes à renforcer leur coordination et à tester leur sang-froid.

Prévue pour la mi-2027, la mission Artemis III sera celle du retour de l’Homme sur la Lune ; qui, rappelons-le, n’a pas eu lieu depuis 1972. Moins de deux ans, donc, durant lesquels les montagnes abruptes des Rocheuses continueront d’endurcir les équipages, en les confrontant à ce qu’aucun simulateur ne peut reproduire : l’imprévu, les difficultés liées à la prise de décision et la nécessité de faire confiance à leurs instruments.

  • La NASA utilise le site HAATS dans le Colorado, où les hélicoptères volent en limite de puissance et où neige, soleil rasant et poussières créent des pertes de repères comparables à celles du pôle sud lunaire.
  • Les astronautes s’y exercent en binôme : l’un pilote, l’autre cartographie la zone d’atterrissage, repère les obstacles et guide la trajectoire, avec une difficulté croissante des exercices.
  • Cette formation complète, combinée aux simulateurs et maquettes, vise à préparer Artemis III, première mission habitée sur la Lune depuis 1972, attendue pour la mi-2027.

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