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Quand le divertissement va trop loin : comment le streamer Jean Pormanove a pu mourir en direct

Connu pour ses défis extrêmes, voire dangereux, le streamer Jean Pormanove est décédé en direct sur Kick ce week-end. L’année dernière, un article de Mediapart avait pourtant tiré la sonnette d’alarme.

Non, il ne s’agit pas du synopsis d’un épisode de Black Mirror. Dans la nuit de 17 au 18 août 2025, le streamer Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, est mort en direct sur Kick. Cette plateforme concurrente de Twitch est souvent pointée du doigt. Effectivement, elle ne réglemente pas ses contenus, et permet, ainsi, la diffusion de moments violents et humiliants. Dans un article publié il y a quelques mois, Mediapart alertait déjà sur les dérives du contenu publié par Jean Pormanove et ses partenaires de stream sur Kick.

Malgré l’ouverture d’une enquête préliminaire en décembre 2024 par le parquet de Nice, l’impensable s’est produit ce week-end. L’homme de 46 ans est décédé dans son sommeil alors qu’il était filmé et diffusé en direct sur la plateforme.

Le drame qui secoue Internet

Sur Kick et sur les réseaux sociaux, le créateur de contenu Jean Pormanove avait réussi à rassembler une sacrée communauté. Ils étaient plus 160 000 à le suivre dans ses défis les plus extrêmes aux côtés de Safine, Naruto et Coudoux sur la plateforme de streaming vidéo en direct. Au nom du divertissement, et de l’argent, ces streamers n’hésitaient pas à repousser toutes les limites. Régulièrement, Jean Pormanove subissait, comme Coudoux, de nombreuses humiliations et violences à la fois physiques et mentales de la part de ses camarades. Tout cela en direct. Suite à la publication de l’article de Mediapart en décembre 2024, les streamers Naruto (Owen Cenazandotti) et Safine avaient été placés en garde à vue, soupçonnés de violence sur personnes vulnérables.

C’est dans ce contexte que le streamer français s’est finalement éteint dans son sommeil dans la nuit du 17 au 18 août 2025. Après “10 jours et nuits de torture”, parsemés de violences de plus en plus extrêmes ou encore d’ingestion de produits supposément toxiques, la caméra tourne toujours et filme Jean Pormanove et ses partenaires dans un local loué spécifiquement pour l’événement… Même lorsqu’ils dorment. À l’écran, un compteur indique que les hommes sont en live depuis 298 heures soit une douzaine de jours. On perçoit le streamer français allongé et immobile, “dans une position chelou”. Alors qu’il ne répond pas aux appels de Naruto, le live est coupé brusquement. Quelques heures plus tard, sa mort est confirmée sur les réseaux sociaux.

Si une enquête a bien été ouverte concernant le décès du quadragénaire, le parquet de Nice affirme qu’“à ce stade, il n’y a rien de suspect”. Tout de même, l’histoire de Jean Pormanove glace le sang, révolte et émeut les internautes. À plusieurs reprises, le streamer français avait confié son mal-être. Pourtant, il semblait incapable de mettre un terme à ce cercle vicieux.

Bien sûr, les streamers liés à Jean Pormanove sont pointés du doigt. Ils sont accusés de repousser d’aller toujours plus loin pour divertir les internautes, et engranger toujours plus d’argent. Mais la responsabilité de Kick est également mise en cause. Malgré la suspension temporaire de la chaîne en début d’année, celle-ci avait fini par être relancée. Aujourd’hui, la plateforme qui se targue de sa modération minimale et son contenu “trash” est ciblée par la ministre déléguée chargée du numérique. Clara Chappaz vient de saisir l’Arcom, a effectué un signalement sur Pharos et demande des explications aux responsables de Kick. Sur X (ex-Twitter), elle rappelle que “la responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi”. Il y a quelques mois, Mediapart avait alerté la ministre qui n’avait pourtant pas réagi.

Enfin, les communautés de ces créateurs de contenu sont, elles aussi, à blâmer. Derrière leurs écrans, les milliers de spectateurs jouent un rôle dans ces humiliations et ces violences répétées en prenant du plaisir à suivre ces créateurs de contenu prêts à tout, en les finançant avec des dons et en échangeant avec eux dans le tchat.

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