C’est en 1841 à Göteborg, dans l’ouest de la Suède, que Fritz Victor Hasselblad fonde F.W. Hasselblad & Co. Rien ne prédestine cette modeste boite d’import-export, qui écoule des machines à coudre et autres articles manufacturés, à devenir un acteur de l’industrie photographique.
D’ailleurs, la photographie est alors tout sauf une industrie. En 1839, Louis Daguerre présente officiellement la Daguerréotypie à l’Académie des sciences de Paris. En 1841, on commence à peine à parler dans les milieux huppés de cette drôle d’invention française que l’on perçoit comme un loisir réservé à une élite.
Arvid Viktor doit convaincre Fritz Victor
Ce n’est pas du tout l’avis d’Arvid Viktor Hasselblad, fils de Fritz Victor et passionné de photographie amateur. Convaincu du potentiel de cette nouvelle invention, il parvient à persuader son père, très sceptique, de créer une division photographique. Fritz Victor finira par accéder à la demande de son rejeton auquel il affirmera quand même “Je ne pense certainement pas que nous gagnerons beaucoup d’argent avec cela, mais au moins cela nous permettra de prendre des photos gratuitement.”

En 1885, Arvid Viktor rencontre lors de son voyage de noces à Londres le Yankee George Eastman, fondateur d’Eastman Kodak. Les deux hommes concluent un accord d’une poignée de main : Hasselblad sera le distributeur exclusif des produits Kodak en Suède à partir de 1888. Cette collaboration durera 80 ans et établit les fondations de ce qui deviendra un empire photographique.
En 1908, la division photographique de F.W. Hasselblad & Co connait un tel succès qu’elle devient alors la société indépendante Hasselblad Fotografiska AB. En 1940, la seconde guerre mondiale déchire l’Europe. La Suède, pays neutre, se tient à l’écart des hostilités. C’est à ce moment qu’un avion de reconnaissance allemand s’écrase sur son territoire. Parmi les décombres, les militaires suédois mettent la main un appareil photo de surveillance aérienne très sophistiqué.

Il demandent à Victor Hasselblad, arrière-petit-fils du fondateur et l’un des meilleurs experts photographique du pays s’il peut reproduire l’appareil. La réponse est sans appel : « non, mais je peux en créer un meilleur. » C’est ainsi qu’en avril 1940, dans un simple hangar d’une usine automobile de Göteborg, naît le premier atelier de fabrication d’appareils photo Hasselblad.
Avec l’aide d’un mécanicien talentueux du garage automobile voisin et de son frère, Victor Hasselblad décompose et repense l’appareil allemand pour créer le HK7. Cet appareil équipé d’un objectif Zeiss Biotessar et utilisant une pellicule de 80 mm est ainsi le tout premier appareil signé Hasselblad.
Entre 1941 et 1945, Hasselblad produit au total 342 appareils différents pour l’armée suédoise. Mais Victor garde toujours en tête son objectif : concevoir un appareil photo grand public qui soit portable et qui tienne dans la main. En 1948, il réalise enfin son rêve avec le lancement du 1600F, le premier appareil photo grand public de la marque. Cet appareil reflex au format 6×6 utilise des objectifs Kodak interchangeables et des viseurs modulaires sera un succès commercial.
Il sera suivi du 1000F, puis du révolutionnaire 500C en 1957 qui devient rapidement l’un des appareils les plus emblématiques de l’histoire de la photographie. Sans rentrer dans les détails trop techniques, on précisera que l’aspect révolutionnaire du 500C est sa possibilité de d’autoriser la synchronisation d’un flash à toutes les vitesses d’ouverture. Il est accompagné d’une gamme d’objectif Carl Zeiss de haute qualité.
À l’insu de son plein gré, Hasselblad va s’envoyer en l’air
Houston (Texas), octobre 1962. Walter Schirra, astronaute du programme Mercury, entre dans un magasin de photo pour acquérir un Hasselblad 500C. Afin de préparer son vol spatial, il retire le revêtement cuir du boîtier et peint les surfaces métalliques en noir pour réduire les reflets. Sans modification fondamentale ni tests intensifs particuliers, L’appareil capture les premières photos spatiales de l’histoire. Cette réussite marque le début d’une collaboration extraordinaire entre la NASA et le fabricant suédois.

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la Lune. C’est un Hasselblad 500EL Data Camera, fixé sur la combinaison de Neil Armstrong, qui capturera ses premiers pas de l’homme sur la Lune. Au total, 1 407 photos sont prises lors de la mission Apollo 11, dont 232 directement sur la surface lunaire pendant les deux heures de sortie extra-véhiculaire.

Ces images, d’une qualité exceptionnelle malgré les conditions extrêmes (températures variant de +120°C au soleil à -170°C à l’ombre), sidèrent même les ingénieurs de Hasselblad : “Les photos étaient si bonnes que même nous, qui avions déjà vu 9 000 clichés pris avec un Hasselblad dans l’espace, nous avons eu le souffle coupé.” Les appareils, ainsi qu’un million de dollars d’équipements techniques, sont abandonnés sur la Lune afin d’alléger le module lunaire. Seules les pellicules reviennent sur Terre.

Au total, 12 appareils sont restés sur la Lune lors des missions Apollo. Avec une exception notable, toutefois : un Hasselblad de la mission Apollo 15 a été ramené sur Terre en 1971 par Jim Irwin car la pellicule était restée bloquée à l’intérieur. Il a été vendu aux enchères en 2014 pour 660 000 euros.
En 2017, le fabricant chinois de drones DJI acquiert la majorité des actions d’Hasselblad. Cette acquisition ouvre de nouveaux horizons au suédois, comme le développement de caméras volantes ou de technologies liées à la photographie mobile. Le partenariat avec OnePlus puis Oppo en sont d’excellentes illustrations.
Aujourd’hui, depuis son siège historique de Göteborg, Hasselblad continue de fabriquer à la main des appareils photo moyen format. De la passion d’Arvid Viktor pour la photographie aux images lunaires de Neil Armstrong, en passant par l’ingéniosité de Victor face aux défis militaires, l’histoire de Hasselblad illustre comment une vision familiale peut littéralement conquérir les étoiles.
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