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Des raies géantes s’échouent sur les plages françaises : pourquoi les scientifiques s’inquiètent

Derrière ce ballet marin, un dérèglement que personne ne comprend vraiment.

Magnifiques et immenses, ces raies sont surnommées « Diables des mers » (Mobula mobular, de leur vraie dénomination scientifique), mais elles ne représentent aucun danger pour l’humain et ne sont même pas classifiées comme prédateurs marins. Ces derniers mois, ces majestueux animaux ont fait une entrée remarquée en Méditerranée. Vue à Marseille, Port-Cros ou encore Béziers, cette cousine de la raie manta (Mobula birostris), s’est approchée de nos côtes jusqu’à parfois s’échouer, à la surprise des vacanciers… et à l’inquiétude des scientifiques.

Pouvant mesurer plus de trois mètres d’envergure et peser 300 kilos, elles sont pourtant connues pour évoluer plutôt au large des côtes, dans les eaux profondes. Matthieu Lapinski, biologiste marin et président de l’association Ailerons, a expliqué auprès de nos confrères de TF1 Info : « Ce ne sont pas des raies qui vivent dans le sable, ce sont des raies qui vivent au large, sur des fonds qui font plus de 1.000 mètres ». Aux yeux des spécialistes, admirer ces poissons aussi proches de nos rivages est un signal d’alarme qu’on ne devrait pas ignorer. « Elles n’ont rien à faire sur nos plages, elles détestent le sable. C’est un très mauvais signe lorsqu’on en voit se rapprocher. C’était extrêmement inquiétant cette année », continue Lapinski.

Mobula Mobular
Le surnom de « Diable des mers » donné à la raie Mobula mobular provient de son apparence physique particulière, qui a longtemps inspiré la crainte et la superstition chez les marins et les pêcheurs. © Julien Renoult / Wikipédia

Un animal vulnérable au comportement inhabituel

La Mobula mobular est l’une des espèces de poissons les plus menacées de la mer Méditerranée (pêche accidentelle, trafic maritime ou pollution par microplastiques). Comme sa cousine géante, la raie manta, elle se nourrit de zooplancton, mais aussi de petits poissons pélagiques comme les anchois ou les sardines. On la trouve aussi dans dans les eaux tempérées et subtropicales de l’Océan Atlantique Nord-Est, mais jamais à proximité directe du littoral. Pourtant, depuis le début de l’été, les observations directes dans l’Hexagone se multiplient.

« On a eu plusieurs groupes de plus d’une dizaine et beaucoup de rencontres : quatre, cinq, six fois pendant la sortie », rapporte Aurélien Guay, guide naturaliste, dans les colonnes de Franceinfo. Il évoque même « plusieurs individus, des groupes de reproduction, des individus isolés, des sauts… ». Un comportement anormal, signe évident d’une perturbation, que les chercheurs peinent encore à expliquer.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce changement. « On peut imaginer que ce soit la composition en plancton […] qui a changé », suggère Aurélien Guay. Pour Lapinski, d’autres facteurs pourraient rentrer en jeu : « Il y a plein d’hypothèses qui sont mises sur la table, à commencer par l’effet des canicules marines […], la distribution du plancton […] qui a peut-être varié dans l’espace et dans le temps ». Avec le réchauffement climatique, les eaux du globe cette année ont atteint des températures records, ce qui pourrait corroborer les dires de Lapinski.

Il est encore trop tôt pour trancher sur les causes exactes de l’étrange rapprochement de ces beautés marines, mais il y a fort à parier qu’un grand déséquilibre est en jeu. Lorsqu’une espèce pélagique qui fuit normalement les rivages commence finalement à s’y aventurer, c’est qu’il y a anguille sous roche. Nos écosystèmes marins étant déjà fortement fragilisés par la pollution et la surpêche, leur présence vers nos côtes est à prendre avec le plus grand sérieux. Les populations de Mobula mobular tendent de plus à se réduire comme peau de chagrin, pouvoir les admirer d’aussi près n’a donc rien d’un spectacle réjouissant.

  • Une espèce de raie géante (Mobula mobular) habituellement discrète en haute mer est observée de plus en plus près des plages méditerranéennes françaises.
  • Ces apparitions inhabituelles, parfois jusqu’à l’échouage, inquiètent les scientifiques qui y voient un signal d’alerte écologique.
  • Le changement climatique et la perturbation de la chaîne alimentaire marine figurent parmi les hypothèses avancées.

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