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Pendant 1 mois, j’ai abandonné mon smartphone et tout a changé (Ep. 5/5)

Pour conclure mon expérience déconnectée, j’ai rangé mon téléphone ultra sophistiqué au placard. De quoi vraiment reprogrammer mon cerveau ?

Cela fait des mois que je questionne ma relation avec mon téléphone et les réseaux sociaux au quotidien. C’est ainsi que je me suis lancée dans une expérience déconnectée il y a quelques mois. Mon but est assez simple : reprendre le contrôle. J’ai tout tenté, progressivement. D’abord, j’ai payé pour passer une soirée sans smartphone, j’ai continué avec un week-end entier déconnecté entre amies, puis j’ai enchaîné sur une semaine entière sans réseaux sociaux… Il ne restait plus qu’une pierre à ajouter à l’édifice : un mois sans smartphone. L’ultime étape de cette digital detox.

Ce mois entier sans ce fidèle compagnon s’impose comme l’aboutissement de ces derniers mois à vouloir me libérer de son joug, et de celui des réseaux sociaux. Mais supprimer un allié aussi fiable et pratique de ma vie pendant plusieurs semaines est loin d’être une mince affaire. Évidemment, cela va forcément bouleverser mon quotidien et j’appréhende cet énorme changement. Suis-je capable de passer un mois sans mon smartphone ? Est-ce même possible dans notre monde hyperconnecté ? J’ai donc rangé mon Google Pixel 8 au placard et je l’ai troqué pour un dumbphone pendant un mois. Voici mon retour d’expérience.

D’abord, le sevrage…

Quoi de mieux pour me débarrasser de mes mauvaises habitudes qu’un sevrage radical ? C’est ainsi que j’ai échangé mon smartphone habituel pour un téléphone à clapet Barbie. Avec son petit côté rétro, ce rose fuchsia clinquant et son clavier T9 intuitif, c’est presque un plaisir… Du moins, au tout début. Comme ce dumbphone est drastiquement différent d’un smartphone, il impose une véritable rupture. Et c’est ce dont j’ai besoin pour cette digital detox. La transition est brutale, mais nécessaire pour oublier les mauvais réflexes et couper court à une multitude d’automatismes acquis au fil des années. On déloge le mal à la racine pour reprogrammer le cerveau, en quelque sorte.

Le plus compliqué quand on passe d’un smartphone à un dumbphone, c’est le manque de confort et de praticité. Depuis des années, mon téléphone me sert à tout : pour aller d’un point A à un point B, pour noter mes rendez-vous, pour payer, pour réserver mes billets de train, pour me réveiller le matin, pour prendre des notes et bien plus encore. Mon quotidien a été entièrement repensé et c’était peut-être le plus compliqué au début.

Dumbphone Barbie Snake
© Presse-citron

Dans un premier temps, il est beaucoup plus difficile de lutter contre l’ennui sans mon smartphone. Adieu les réseaux sociaux et le doomscrolling, bonjour Snake. Eh oui, on fait avec les moyens du bord. Mais je ne suis pas au bout de mes peines.

Avec un téléphone à clapet, je redécouvre les plaisirs (non) du T9 intuitif. Écrire des SMS est laborieux et vraiment pénible. Ainsi, je n’ai pas d’autre choix que d’aller à l’essentiel lors de mes échanges avec mes proches. Écrire des SMS dans la rue ? Hors de question. Cela prend trop de temps et demande trop de réflexion. J’ai donc appris à me poser pour envoyer des messages, chose que je ne fais pas avec un smartphone qui me permet d’écrire aussi vite que mes pensées. Puis je dois composer avec un problème que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : la boîte de réception de SMS toujours pleine. C’est une nouvelle occupation plutôt que d’aller sur TikTok, me direz-vous…

Sans smartphone, le plus gros obstacle est celui de me déplacer. Je dois imprimer mes itinéraires ou noter des indications sur des post-it et bien observer les rues pour éviter de me perdre. Mine de rien, me rendre à des endroits que je ne connais pas devient rapidement une véritable source d’angoisse. Malgré moi, je me montre plus ponctuelle que je ne l’ai jamais été pour pallier les difficultés d’orientation potentielles.

Les premiers moments sans mon smartphone sont tout sauf une partie de plaisir et je fais face à beaucoup de frustration. Mais au fil des jours, j’ai pris le pli et l’expérience ne s’est pas avérée aussi compliquée que je le redoutais. Sans les yeux rivés sur mon smartphone et des écouteurs vissés dans mes oreilles dans les transports en commun, je suis beaucoup plus attentive à mon environnement. Avec le temps que je gagnais à ne pas être sur les réseaux sociaux sans savoir pourquoi, j’ai le temps de dévorer plusieurs livres, d’aller plus au cinéma ou encore d’avancer dans mon jeu vidéo du moment. Sans Google Maps ou CityMapper à portée de main, mon sens de l’orientation s’améliore fortement. Quant à l’absence de mon calendrier, il me permet de travailler ma mémoire, bien meilleure qu’au début de ce mois sans smartphone.

Parmi les points positifs que je relève, il y a également le fait de mieux séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle. Sans smartphone, je n’ai aucun accès à mes mails professionnels ou à la messagerie interne de l’entreprise quand je ne suis pas au bureau. De fait, il est inenvisageable de les consulter dans les transports en commun avant d’arriver à la rédaction. Ainsi, ma journée de travail commence vraiment quand j’allume mon ordinateur, et c’est un vrai avantage au quotidien.

Si au tout début de l’expérience, j’ai quand même le réflexe d’avoir mon téléphone à proximité, mais je finis par ne plus ressentir le besoin de l’avoir toujours sur moi. Quand j’arrive à la moitié de cette digital detox, je me sens plus sereine et apaisée malgré quelques moments de frustration et d’inconfort qui persistent.

…Puis le réapprentissage

Après deux semaines en tête-à-tête avec mon téléphone à clapet Barbie, j’ai l’impression d’avoir réussi à me sevrer et à casser mes automatismes. Il est donc l’heure de corser un peu plus l’expérience. Car aujourd’hui, il est impossible de se passer complètement d’un smartphone. Néanmoins, on peut reprendre le contrôle de son utilisation. C’est pour cette raison que j’abandonne le dumbphone Barbie et que je passe à The Phone, un téléphone encore plus restrictif : uniquement des SMS et des appels, mais avec un écran tactile de fortune qui facilite malgré tout la communication.

Avec The Phone, c’est la confrontation directe. Visuellement, il ressemble à un smartphone comme un autre. Alors, forcément, mon cerveau est perturbé. Après la “purge” vient donc la déconstruction progressive et la rééducation. Je veux de me mettre au défi et de vérifier si mes vieilles habitudes ont vraiment disparu face à un appareil qui en possède les codes. Ces deux dernières semaines m’ont donc permis d’apprendre à mieux utiliser un “smartphone” dépouillé des applications, des réseaux sociaux et de la dopamine qui vont avec. En somme, je cherche à tout déconstruire pour mieux utiliser mon smartphone sur le long terme.

The Phone
© Presse-citron

Fort heureusement, l’expérience porte ses fruits. Je suis plus détachée du téléphone et je suis plus à l’aise sans la praticité qu’offre le smartphone. Désormais, je me déplace sans être en panique à l’idée de ne pas avoir de GPS à portée de main et j’arrive à ne rien faire et à m’ennuyer sans que cela m’angoisse. Une petite victoire qu’il est toujours bon de célébrer.

Finalement, le plus gros inconvénient a été les dysfonctionnements du téléphone. À plusieurs reprises, je ne reçois ni les appels ni les SMS pendant des heures avec The Phone. Et quand c’est le seul moyen de communication dont on dispose, c’est très compliqué. Dans ces moments, je me suis sens vraiment seule et isolée. Jusqu’à m’inquiéter de ne pas avoir de nouvelles de mon compagnon pendant quasiment toute une journée.

Pour la première fois depuis longtemps, je me lève et je me couche sans qu’un écran ne soit la première et la dernière chose que je vois. Et c’est extrêmement bénéfique. Mon sommeil est plus profond et le matin, je me suis sens plus reposée et plus énergique. Comme si mon cerveau respirait enfin.

Bien sûr, il m’arrive de maugréer de ne pas avoir Google Maps ou Spotify mais ces moments se raréfient jusqu’à finir par disparaître. Lors de cette expérience, je réalise aussi à quel point il est presque impossible d’être vraiment déconnectée. À plusieurs reprises, je dois rallumer mon smartphone simplement pour passer la double authentification.

Malgré la frustration et l’inconfort, l’idée de retrouver mon smartphone à la fin de l’expérience génère pas mal d’appréhension en moi. Si ce n’est pas simple tous les jours, je suis maintenant habituée à ne plus être connectée immédiatement aux autres et à Internet. Malgré les bénéfices évidents de cette “cure”, je redoute ce moment fatidique, craignant de voir mes nouvelles habitudes voler en éclat et de replonger dans mes vieux travers. C’est dans cet état d’esprit que je rallume (enfin) mon smartphone… Avec la boule au ventre.

Et après un mois sans smartphone ?

Retrouver mon smartphone après un mois, c’est comme ouvrir la boîte de Pandore avec toutes les notifications qui défilent et qui m’assaillent… Pour ne pas replonger dans mes anciennes habitudes, j’ai laissé les limitations des réseaux sociaux. Même si je m’accorde des moments de “brainrot”, je les maîtrise désormais beaucoup mieux.

Un mois avec un dumbphone complique ma vie et change mon quotidien, dans ma manière d’interagir avec les autres, de communiquer et même de m’ennuyer. Mais le jeu en vaut la chandelle quand je vois les nombreux bénéfices : je dors mieux, je suis plus ancrée dans le moment présent, je suis plus concentrée, je suis devenue un GPS ambulant,  ma mémoire est plus affutée que jamais, je suis plus attentive à ce qui m’entoure, je me sens plus en forme, moins hébétée, j’ai réappris à patienter, à m’ennuyer…

Aujourd’hui, presque un mois après avoir retrouvé la “vie normale”, je constate une évidence : je suis plus vigilante et consciente de chaque utilisation de mon smartphone. Après cette expérience déconnectée, je m’efforce de garder le côté pratique de cet outil et de limiter les usages futiles. Ce n’est pas toujours simple. Mais dans l’ensemble, j’ai l’impression de ne plus subir mon smartphone. Et c’est peut-être la meilleure chose que je retiens de cette expérience.

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