Rencontre avec Guillaume Decugis, co-fondateur de Scoop.it à San Francisco

4 ans après la création de la plateforme en ligne de curation Scoop.it, nous avons rencontré son co-fondateur Guillaume Decugis dans ses bureaux de San Francisco pour revenir avec lui sur cette aventure passionnante née d’un pivot et mieux cerner la puissance du Content marketing. Interview.

Marc Rougier et Guillaume Decugis, co-fondateurs de Scoop.it

Marc Rougier et Guillaume Decugis, co-fondateurs de Scoop.it

Si vous n’êtes pas utilisateur de Scoop.it, vous avez forcément dû tomber sur un de ses liens en faisant des recherches sur le web. Pour vous rafraîchir la mémoire, Scoop.it est une plateforme en ligne de « curation » de contenu proposant à ses utilisateurs de faire leur propre veille et de partager celle-ci avec d’autres utilisateurs. Dans cette interview, Guillaume Decugis nous raconte la genèse du projet, son installation à San Francisco et la place du contenu dans le web qui ne cesse de prendre de l’importance. Interview.

Quel a été la genèse du projet Scoop.it et pourquoi vous être installé à SF ?

Il  faut savoir que Scoop.it est le pivot d’un premier projet né en France et qui s’appelait Goojet. Goojet proposait un outil de convergence web-mobile permettant aux internautes de retrouver des services web sur leur mobile. On appelait ça des widgets, Steve Jobs lui appelait ça des apps et je vous laisse deviner qui a gagné !

Goojet a donc été lancé en France fin 2007 et a même remporté la compétition Le Web mais malgré un super départ, cela n’a pas très bien marché. Peut-être en raison de notre éloignement de la Silicon Valley. On s’est donc dit qu’il fallait pivoter en mélangeant nos idées et notre savoir-faire. Dans ma vie, j’ai souvent fait rimer changement professionnel avec changement géographique. Marc Rougier, mon associé connaissait bien la région de San Francisco, moi aussi. On est venu ici et on a rencontré et discuté avec plein de gens dans la baie et l’idée de la curation nous a tout de suite paru pertinente. La genèse de l’idée est donc venue ici.

Encore une fois, c’est à San Francisco qu’on a rencontré le plus de « Power Users » des réseaux sociaux et des blogs et on voulait comprendre avec eux s’il existait des choses à améliorer dans leur métier. C’est là qu’on s’est aperçu que ces les influenceurs et blogueurs manquaient de temps et n’arrivaient pas à tout faire. En parallèle, ceux arrivés après la bataille avaient du mal à exister et créer une audience. On s’est donc focalisé sur cette problématique, comment créer une audience avec des contenus ? En partant du principe que tous les professionnels ainsi que les entreprises allaient avoir besoin de développer leur visibilité et que la visibilité sur le web 2.0 passait justement par le développement de contenus. C’est le slogan de notre site « You are the content you publish » sous-entendu : si tu ne publies rien, personne ne te verra.

La curation nous a alors paru être une bonne façon de régler ce problème, plutôt que de créer 100% des contenus qu’on publie, mieux faut faire un mixte entre création et curation, c’est plus simple à gérer, mieux adapté aux professionnels qui lisent beaucoup, possèdent une expertise et peuvent qualifier ces contenus. C’est une longue réponse mais vous comprenez que la genèse de l’idée est venue ici. De plus, San Francisco est à l’intersection des social media, des blogs et des contenus, tous les leaders du contenu sont ici et l’éco système est extrêmement riche. On a donc plus de chances que cela marche.

Est-ce que l’installation a-t-elle été facile ?

Pas du tout. Cela consiste à prendre un train en marche, personne ne vous connait et personne ne vous attend. Il y a plein de choses à comprendre sur la Silicon Valley même si je connaissais bien la région. Mais la nouveauté de notre domaine d’activité a fait que nous n’avions pas le moindre réseau, contact ou point d’appui. Beaucoup de gens pensent que les entrepreneurs quittent la France pour monter des boites dans la Silicon Valley car c’est plus simple. C’est faux. C’est plus dur ici, mais c’est là tout l’intérêt.  On n’est pas venu en se disant que ça allait être plus simple mais en se disant, ça va être mieux si on réussit ! C’est un peu comme passer de la ligue 2 à la ligue des champions ! Réussir ici permet de rayonner partout.

« Monter une boite dans la Silicon Valley n’est pas facile. C’est bien plus dur qu’en France, mais c’est là tout l’intérêt ! »

Combien avez-vous levé depuis le début ?

Marc Rougier, Ludovic Le Moan (ex associé, aujourd’hui CEO de Sigfox) et moi-même avions tous les 3 une histoire parallèle car nous avions déjà vendu nos entreprises respectives et satisfait nos VC ce qui nous a permis de démarrer avec un seed de 2,3 millions début 2008. On a levé 6 millions d’euros en 2009 pour Goojet mais le rapide pivot nous a permis de réaffecter une partie de cet argent sur Scoop.it pour qui nous avons levé 2 millions d’euros.

Est-ce que c’était des fonds français ou américains ?

Français ! Il s’agit de Partech ventures, fonds français mais qui nous aide beaucoup car présent aux US ainsi qu’Orkos, Elaia et IXO.

Quelle est le modèle économique  de Scoopit ?

Les deux premières années de Scoop.it, nous avons été très focus sur la distribution gratuite et depuis 2 ans nous commençons à monétiser.

L’idée est d’utiliser la curation comme solution pour publier du contenu et donc aider les professionnels et les entreprises à devenir visible sur le web. C’était donc un produit très « prosumer » comme peut l’être Evernote avec une minorité de gens qui utilisent scoop.it pour leur plaisir et une majorité pour leurs marques professionnelles.
On a donc opté pour un modèle Freemium, surtout en pensant aux TPE/PME qui payent en ligne par carte de crédit. L’idée du modèle c’est que la découverte de contenus sur scoop.it est gratuite mais que sa diffusion, selon certains filtres avancés, devient payante.

En parallèle et c’est le deuxième étage de la fusée de notre business model, nous avons constaté que les marketeurs avaient besoin d’utiliser scoop.it en connexion avec d’autres outils d’intégration. On a donc lancé en début d’année Scoop.it Content Director. Ce produit n’est pas online, c’est une suite logiciel de content marketing. Au-delà de la curation,  sa valeur ajoutée réside dans ses outils qui permettent de créer des contenus à l’aide d’un calendrier collaboratif, l’automatisation intelligente des publications et bien sûr un module d’analytics qui permet de comprendre le ROI de chaque contenu publié en terme de trafic, de SEO et génération de leads et donc de revenus.

Quel est le nombre d’utilisateurs de Scoop.it ?

On a passé les 2 millions d’utilisateurs mais les chifffes qu’il faut retenir, ce sont surtout les 150 000 millions de post qui ont été fait via Scoop.it et ainsi attiré plusieurs millions de visiteurs uniques.

Vous vous êtes lancés à une époque où l’on parlait beaucoup de « curation », c’était la mode. Aujourd’hui on n’en parle presque plus, est-ce que ça freine votre développement ?

J’ai le sentiment qu’ici, aux US, on en parle encore beaucoup. Mais on en parle de manière différente qu’à ses débuts. Aux US les gens se sont emparés de l’idée mais ont réfléchi au concept après pour savoir si c’est bien ou pas. En France, et c’est un phénomène très français, il y a eu beaucoup d’a priori et parfois même des propos très durs sur le sujet. J’observais cela avec amusement de San Francisco mais il est vrai qu’il y a eu vrai buzz « pour ou contre la curation » qui a aussi été bénéfique pour nous avec des gens qui nous défendu dans ce procès. De notre côté, nous avions une vision claire dès le début qui n’était pas de faire du pillage de contenus mais quelque chose en synergie avec les créateurs de contenus. On a d’ailleurs créé beaucoup d’outils pour que les gens aient une utilisation étique et légale de la plateforme. La preuve, le taux de « Copyright Infringement » est aujourd’hui de un pour un million.

« Le besoin de contenus pour les professionnels du marketing n’a jamais été aussi fort ! »

Le rôle du contenu dans le marketing a cependant énormément évolué. Il y a 4 ans, on le présentait aux entreprises comme une opportunité, aujourd’hui tous les marketeurs s’accordent à dire que leur Bottleneck numéro 1, ce sont les contenus ! Le besoin de contenus pour les professionnels du marketing n’a jamais été aussi fort !

Avez-vous l’objectif de vendre prochainement ?

Nous sommes financés par des VC donc il existe 2 sorties possibles, une IPO (introduction en bourse) ou une vente. Notre taux de croissance est très bon et nous avons encore plein de choses à développer. Mais nous ne sommes pas tous seuls dans l’aventure, l’avenir nous le dira.

Que pensez-vous des nouvelles fonctionnalités de blogging intégrées dans Facebook ? Est-ce un danger pour Scoopit ?

Non car les réseaux sociaux ont énormément déçus les gens qui plaçaient en eux un espoir d’appropriation. La politique de Facebook qui invitait les entreprises à gérer leur page en remplacement de leur site web a mis dans l’embarras tous ceux qui leur avaient fait confiance. Surtout après avoir avoué l’année dernière qu’ils avaient volontairement diminué via leurs algorithmes le Reach organique de leurs pages. Les gens ont donc compris qu’ils ne pouvaient pas exister que par Facebook mais  surtout que Facebook ne leur appartenait pas. Bien sûr Facebook amène des outils géniaux, il faut les utiliser, mais sans renier le reste.

Qu’est-ce qui te plaît le plus ici à San Francisco ?

Cette sensation d’être en permanence challengé. Tu ne peux pas te reposer sur tes lauriers ici car l’esprit est créatif et tout bouge très vite.

« Les discussions avec mes copains Français qui ne comprennent rien à ce que je fais me manquent ! »

Qu’est ce qui te plaît moins ?

Je regrette que San Francisco soit devenu une ville mono focus, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. En français on dirait polarisé. Je trouve cela dommage même si je contribue à ce phénomène. Ici, je ne rencontre pratiquement que des entrepreneurs, qui travaillent dans la tech, on a les mêmes envies, les mêmes aspirations… C’est très homogène.
Les discussions avec mes copains Français qui ne comprennent rien à ce que je fais me manquent !


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2 commentaires

  1. Pingback: Rencontre avec Guillaume Decugis, co-fondateur de Scoop.it à San Francisco | Veille juridique

  2. en sus des applications marketing de la curation, Scoop.it a des potentialités énormes à mon avis pour l’accès à et la gestion de l’information scientifique. Aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants, donc pour l’éducation et l’apprentissage, pour un individu ou mieux dans le cadre d’un groupe d’intérêt!

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