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Re:Play #15 : Heart of Darkness, l’un des jeux (made in France) les plus sous-cotés de la PlayStation ?

A l’été 1998, Infogrames lance le très attendu Heart of Darkness sur PlayStation. Un jeu français, très ambitieux, qui va bénéficier d’une large campagne marketing… mais qui ne trouvera (malheureusement) pas son public.

Initié en 1992, le projet Heart of Darkness était initialement attendu sur 3DO, Jaguar et Saturn, mais le jeu déboulera finalement sur PlayStation… en 1998. Un titre très ambitieux, chapeauté notamment par Eric Chahi, et qui s’était fait remarquer lors de sa présentation à l’E3 1995 par son ambiance générale et ses animations ultra-soignées. Rapidement, Heart of Darkness devient l’un des jeux les plus attendus, avec une très (trop ?) large couverture médiatique dans les magazines de l’époque. Ce qui n’empêchera pas Heart of Darkness de figurer finalement parmi les jeux les plus sous-cotés de la première PlayStation de Sony.

Dans le petit monde du jeu vidéo, les années passent… mais la passion et les souvenirs restent ! Re:Play revient sur les grands classiques de l’Histoire du jeu vidéo. Un petit retour vers le futur passé, à la recherche de votre âme d’enfant ou d’adolescent, celle-là même qui vous a sans doute déjà fait (ou vous fera) prononcer la formule magique “c’était mieux avant”. Et si c’était vrai…? Alors on souffle dans la cartouche, c’est parti pour Re:Play !

Heart of Darkness, le petit “fillot” d’Another World ?

En effet, au milieu des années 1990, les magazines de jeux vidéo nous inondent évidemment d’images très aguicheuses en provenance directe du Japon, mais ces derniers permettent également de suivre le développement de titres plus ou moins attendus. Parmi ceux-ci, un certain Heart of Darkness est (très) souvent évoqué, notamment dans les pages (forcément) de PlayStation Magazine.

Heart Of Darkness
© Stéphane Ficca / Presse-Citron.net

Et pour cause, il s’agit d’un jeu français, bourré d’ambitions, avec notamment une impressionnante gestion des ombres et des animations ultra soignées, mais aussi une aventure très originale. On y suivra les aventures d’un jeune garçon, Andy, qui se retrouve projeté dans un univers parallèle, armé d’un fusil plasma, et d’une passoire en guise de casque, afin de sauver son fidèle ami à quatre pattes Whisky.

Après de très nombreux reports, Heart of Darkness est finalement lancé au coeur du mois de juillet 1998, celui-là même où la France gagne sa première Coupe du Monde de Football. “Le jeu le plus attendu de la décennie est enfin sorti des ténèbres” indique alors PlayStation Magazine.

L’occasion pour les joueurs de découvrir enfin ce jeu très attendu qui, à l’heure d’une 3D omniprésente, fait le choix d’un gameplay en 2D (avec une vue de profil donc), et un style de type “écran par écran“, comme Another World ou encore Flashback en leur temps.

Heart Darkness 1
© Infogrames

Un choix assumé de la part des développeurs, avec un jeu très linéaire donc, qui ne laisse (presque) aucune place à l’erreur. Un saut manqué, c’est la mort assuré. Une hésitation face à un ennemi, encore la mort. Un élément destructible qui n’est pas détruit à temps, encore cette maudite faucheuse qui nous tape sur l’épaule. Dans Heart of Darkness (comme dans tant d’autres jeux des années 80/90), on apprend en mourant, puisque chaque écran est une petite énigme.

Une réalisation et une ambiance au top

Mais là où Heart of Darkness impressionne, c’est par sa réalisation, avec des animations incroyables (créées à la main), des ombres tout aussi folles, mais aussi un fond en image de synthèse, ce qui permettra, côté mise en scène, d’animer ce dernier de manière ultra réaliste et dynamique, avec des effets vraiment surprenants par moments. Pas de barre de vie, pas d’affichage à l’écran, l’ensemble est on ne peut plus épuré, et il ne tient qu’au joueur d’apprendre de ses erreurs successives.

Heart Darkness 2
© Infogrames

Alors oui, c’est parfois frustrant certes, mais Heart of Darkness a ce petit quelque chose qui pousse constamment le joueur à progresser, sans doute curieux de découvrir le prochain écran, et une énième démonstration technologique, sans compter évidemment l’intrigue générale, qui va elle aussi évoluer. A celas s’ajoute un jeu intégralement en français, du côté des textes comme des dialogues.

Heart Darkness 3
© Infogrames

Dans le magazine officiel PlayStation de l’époque, Heart of Darkness va bénéficier d’un test complet étalé sur 8 pages. Huit, c’est également la note qui sera attribuée au jeu, le magazine pointant le côté “original” du concept 2D, évoquant également un jeu “beau à se damner“, tout en confirmant une durée de vie “assez courte“, laquelle tient en réalité au nombre d’essais effectués par le joueur pour passer chaque écran. Une fois le jeu maitrisé, Heart of Darkness se boucle en effet en 2/3 heures environ.

Et pourquoi ça n’a pas marché alors ?

Très largement évoqué dans les magazines des années 90 durant son développement, Heart of Darkness va forcément intriguer bon nombre de joueurs, avec son côté “French Touch“, mais aussi une ambiance et une réalisation qui semblent incroyables. A l’époque, à quelques semaines de son lancement, le PlayStation Magazine de juin 1998 accordait plusieurs pages au jeu, mais également sa couverture, avec la phrase d’accroche suivante : “Le jeu convoité par Steven Spielberg“. Rien que ça !

Pub Heart Of Darkness
A sa sortie, Heart of Darkness bénéficie d’un plan marketing impressionnant © Ocean

Pourtant, à sa sortie, si Heart of Darkness va bien convaincre certains joueurs, d’autres se montreront en revanche vite frustrés du système de jeu (façon die and retry), et une aventure interactive en 2D certes sublime, avec une ambiance absolument phénoménale, mais finalement très limitée côté gameplay (et durée de vie).

De plus, Heart of Darkness a ce côté “jeu d’époque“, à savoir un titre conçu par une toute petite équipe, mais aussi un aspect un peu rétro face aux autres jeux alors disponibles, avec son côté “film 2D interactif“. Et cela n’était pas forcément aussi flatteur qu’aujourd’hui dans les années 90, une période durant laquelle on avait au contraire soif de nouveauté, soif de 3D, soif de nouveaux concepts, et où l’on ne se disait pas encore que “c’était mieux avant“.

Heart Darkness 6
© Infogrames

Car ce qui va faire très mal à Heart of Darkness… c’est la concurrence. En effet, non seulement un certain Odyssée d’Abe sort quelques mois auparavant, avec un style 2D similaire, mais l’année 1998 voit également défiler de nombreux hits sur PlayStation (pour ne citer qu’elle) : Tekken 3, Tomb Raider 3, Resident Evil 2, Spyro the Dragon, Dead or Alive, MediEvil, Gran Turismo… Et à l’époque, force est d’admettre que les jeux 2D n’avaient plus forcément la cote, et nombreux sont les joueurs à avoir investi les 399 Francs alors nécessaires pour un nouveau jeu “tout en 3D“, au détriment du titre édité par Infogrames.

Cela fut d’ailleurs mon cas, puisque si la démo de Heart of Darkness avait bien titillé ma curiosité, en 1998, j’eus la possibilité d’avoir (merci les parents) en tout et pour tout deux jeux, et mon choix s’était alors porté sur Resident Evil 2 et Gran Turismo. A noter que pour de nombreux joueurs, la découverte de Heart of Darkness se fera au détour… d’une boire de céréale Kellogg’s. En effet, certains paquets de céréales proposaient à l’époque un disque de jeu (ou une démo) PC. Outre Heart of Darkness, les céréales Kellogg’s ont permis à certains de découvrir des titres comme Spy Fox, des jeux Disney, mais aussi Action Man, Starsky & Hutch, Cluedo, Rayman 2…

Heart Darkness
© Stéphane Ficca / Presse-citron.net

Evidemment, Heart of Darkness n’eut malheureusement jamais de suite, ni même la moindre version remasterisée ou autre (mais il fut toutefois réédité en gamme Platinum à l’époque). Pour y jouer, il faut impérativement rebrancher sa bonne vieille PlayStation, ou mettre la main sur une version PC. Pour la petite histoire, le jeu était également prévu sur la Saturn de SEGA, une version jouable était même présentée à l’E3 1996, mais cette dernière fut finalement annulée, la faute à une Saturn en très mauvaise posture.

Et vous, avez-vous déjà joué à (et fini) ce Heart of Darkness ?

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