Dans les années 90, les jeux vidéo rythmaient nos récréations, manettes imaginaires en main. Quand on ne courait pas à fond la caisse comme Sonic, on s’affrontait à grands coups de Hadoken façon Street Fighter 2, tandis que d’autres reproduisaient les mouvements de Streets of Rage et/ou de Double Dragon. A l’époque toutefois, une grande question animait les débats : Mortal Kombat ou Killer Instinct ? La cour se scindait en clans, place aux débats enflammés à coups de Fatalities et autres C-C-C-Combos breakers mythiques. C’était l’âge d’or des pixels et des rivalités (encore saines à l’époque), quand chaque partie semblait gravée dans le temps comme un souvenir d’enfance éternel, et que Nintendo se la jouait gore pour la première fois.
Dans le petit monde du jeu vidéo, les années passent… mais la passion et les souvenirs restent ! Re:Play revient sur les grands classiques de l’Histoire du jeu vidéo. Un petit retour vers le futur passé, à la recherche de votre âme d’enfant ou d’adolescent, celle-là même qui vous a sans doute déjà fait (ou vous fera) prononcer la formule magique “c’était mieux avant”. Et si c’était vrai…? Alors on souffle dans la cartouche, c’est parti pour Re:Play !
Le choc Killer Instinct
Avant les open worlds tentaculaires, les graphismes photoréalistes et les DLC de l’enfer, il y avait une époque bénie, sauvage et presque naïve : celle des années 90. Une époque où la cartouche régnait en maître, où chaque jeu se découvrait comme un trésor interdit, où la notice se feuilletait depuis la banquette arrière de la berline familiale, et où les cours de récré devenaient des rings de débat. Street Fighter II ou Mortal Kombat ? Hadouken ou Fatality ? Et puis, un jour de 1995 (le 21 septembre en France), une troisième voie surgit, brutale, stylée et inclassable : Killer Instinct.

En 1995, Killer Instinct débarque sur Super Nintendo comme une claque venue du futur. À une époque où la 2D régnait encore, ses graphismes pré-rendus et ses combos à rallonge faisaient vibrer les joueurs. C’était brutal, stylé, inoubliable. Dans nos chambres d’ados, manette en main, on découvrait une révolution vidéoludique qui sentait la cartouche chaude et les soirées sans fin.

Car un an plus tôt, c’est dans les salles d’arcade que ce même Killer Instinct avait planté ses griffes, un jeu que l’on avait alors découvert, bouche bée, à la vogue du village. Et à l’instar d’un certain NBA JAM, le portage Super Nintendo ne trahissait pas trop son modèle. Mieux : elle apportait Killer Instinct dans nos salons, avec une fidélité graphique et sonore bluffante pour une console 16 bits alors en fin de vie.
Une révolution dans une cartouche (noire)
Loin de la palette colorée et finalement bon enfant de Street Fighter II, Killer Instinct nous plongeait dans une ambiance techno-indus, presque cyberpunk, où des créatures étranges et des cyborgs s’affrontaient sous une pluie numérique. Fulgore, Glacius, Sabrewulf, Riptor… Même leurs noms étaient cools. On n’avait jamais vu ça sur une console Nintendo, qui plus est sur “la console des familles“. En plus de ça, la cartouche de jeu était noire, et reconnaissable aujourd’hui encore entre toutes.

L’une des grandes forces de Killer Instinct, c’était de réunir le meilleur de Street Fighter et de Mortal Kombat. Le système de combos frénétiques enchaînait les coups à une vitesse folle, bien plus permissif que celui de Capcom, mais plus fluide que les attaques hachées de Midway. Le style graphique, basé sur des sprites précalculés en 3D, donnait une impression de profondeur et de modernité jamais vue sur Super Nintendo (même si Donkey Kong Country (lui aussi signé Rare) était passé par là quelques mois auparavant).

Et même si le sang ne jaillissait pas comme dans Mortal Kombat, Killer Instinct restait résolument plus adulte, plus violent, plus sombre que tout ce que Nintendo avait osé jusqu’alors. Pour une génération nourrie à Mario, Mega Man, Zelda et Kirby, Killer Instinct, c’était un peu comme une porte entrouverte sur quelque chose de plus interdit.

Et puis il y avait les Ultra Combos, les finish moves dévastateurs qui enchaînaient les coups, avec une mise en scène qui nous faisait presque lâcher la manette. C’était l’équivalent d’un feu d’artifice sanguinolent, dans la télé cathodique de la chambre (ou du salon pour les plus chanceux).
Un souvenir sensoriel et une place unique dans le coeur des joueurs
Killer Instinct, ce n’est pas juste un jeu qu’on a aimé. C’est une sorte de souvenir sensoriel. C’est le claquement d’un combo breaker crié à pleins poumons. C’est cette frustration jouissive face à un pote qui enchaînait 20 coups sans que l’on puisse réagir. C’est cette cartouche noire, sortie de sa boîte en carton, qu’on venait loger fébrilement dans notre Super Nintendo après avoir retiré celle de Super Mario World ou de Secret of Mana.

En 1995, Killer Instinct n’a peut-être pas remporté la guerre des jeux de baston, mais il a gagné quelque chose de précieux : une place unique dans le cœur des joueurs. Celle d’un outsider brillant, sanglant, glaçant, qui a osé défier les géants et marqué à jamais une génération de gamers au goût de combos et de pixels.
Malheureusement, contrairement à ses principaux rivaux, Killer Instinct ne connaitra pas les joies de la longévité. En 1995, les joueurs Nintendo 64 peuvent profiter de Killer Instinct 2, mais le titre n’a pas le même impact, et se voit même ridiculisé par les prouesses 3D d’une nouvelle console fraichement débarquée du Japon, à savoir une certaine PlayStation.

A l’époque, certains magazines n’hésitent pas à trouver “ringard” ce nouveau Killer Instinct 2, notamment face à un certain Tekken 2 ou Virtua Fighter 2. La série fut alors mise en sommeil jusqu’en 2013, avec le lancement d’un tout nouvel opus sur la Xbox 360 de Microsoft. Et c’était il y a 12 ans. Déjà…
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