C’était en 1996, les joueurs 16 bits (comprenez Super Nintendo et Mega Drive) que nous étions prenions de plein fouet la nouvelle vague 32 bits, incarnée notamment par un certain Resident Evil sur la toute nouvelle PlayStation, lancée à la rentrée 1995. Premiers émois avec le lecteur CD-ROM, premiers contacts avec cette étrange (mais indispensable) “carte mémoire 15 blocs“, premiers vrais écrans de chargement sur console… et premières grosses frayeurs avec le jeu de Capcom. Dérangeant, effrayant, stressant, captivant… le genre fait vite des émules, notamment chez Konami, qui proposera “son” survival-horror : Silent Hill.
Dans le petit monde du jeu vidéo, les années passent… mais la passion et les souvenirs restent ! Re:Play revient sur les grands classiques de l’Histoire du jeu vidéo. Un petit retour vers le futur passé, à la recherche de votre âme d’enfant ou d’adolescent, celle-là même qui vous a sans doute déjà fait (ou vous fera) prononcer la formule magique “c’était mieux avant”. Et si c’était vrai…? Alors on souffle dans la cartouche, c’est parti pour Re:Play !
Silent Hill, quand t’es dans le brouillard (depuis 25 ans)
Qu’on le veuille ou non, la première PlayStation va révolutionner la vie de nombreux joueurs, et même définir de nouveaux standards dans le jeu vidéo. S’il était autrefois relégué au rang d’activité pour enfant, avec la console de Sony, le jeu vidéo devient plus mature, plus adulte, plus tendance, plus désirable que jamais. Imaginez un peu, avant même le lancement de ce Silent Hill, on est accueilli par cet avertissement : “Ce jeu inclut des images violentes et dérangeantes“.

Très vite, la frontière entre le jeu vidéo et le cinéma se fait de plus en plus mince, et la PlayStation va rapidement s’enquiller de quelques pépites façon Hollywood.
Car oui, si Silent Hill voit le jour fin janvier 1999 (aux Etats-Unis) sur la première PlayStation, la genèse du projet remonte à fin 1996. Porté par une quinzaine de personnes, le projet Silent Hill vise à proposer aux joueurs un nouveau jeu d’horreur tout en 3D. Le titre sera lancé un peu moins de trois années plus tard, Silent Hill ayant au passage bénéficié d’une démo jouable incluse dans un autre “petit” jeu signé Konami, lancé au début de l’année 1999 en France : Metal Gear Solid. Excusez du peu.

Depuis la mort de sa femme quatre ans plus tôt, Harry est un homme brisé, élevant seul sa petite fille (adoptive) Cheryl. Alors Harry se dit que cela pourrait être agréable de changer d’air, et sur les conseils de sa fille, d’aller passer un peu de bon temps du côté d’une petite bourgade dans le Maine (une région chère à Stephen King) : Silent Hill. Et tant pis si la ville fut le théâtre d’un terrible incendie quelques années plus tôt. On est comme ça chez les Mason.

À peine arrivé à l’entrée de la ville, notre duo est victime d’un accident de la route. La guigne… Harry ressort du véhicule. Du brouillard. De la neige. Une silhouette au loin rappelant vaguement Cheryl. C’est le point de départ d’une aventure malsaine au possible… et que l’on veut évidemment tous vivre manette en mains à l’époque !
Il faut dire que durant les mois qui ont précédé sa sortie, Silent Hill avait bénéficié d’une “hype” particulièrement solide, et chaque image du jeu était largement scrutée et analysée dans les magazines de l’époque (que l’on payait encore en Francs).

À cela s’ajoutait une jaquette là encore très mature, très mystérieuse… bien loin des jaquettes de jeux Nintendo, subitement devenues “pour les enfants“.
C’est une bonne situation ça, expérience psychologique ?
On évoquait la dimension cinématographique de certains jeux vidéo PlayStation, et ce Silent Hill ne fait pas exception. Si Resident Evil brillait déjà par sa mise en scène avec ses environnements figés en 2D, Silent Hill faisait quant à lui le choix de la 3D. Certes, cela se traduisait à l’écran par des environnements bien moins clinquants, mais cela permettait aussi d’intégrer quelques longs travellings et autres techniques importées directement… du 7ème Art.
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Et à l’époque, pour de nombreux joueurs, c’est précisément ce que l’on recherchait avec cette “nouvelle génération” de jeux vidéo. Dans Silent Hill toutefois, pas d’action exacerbée, mais une approche très psychologique.
Des créatures difformes. Une dimension occulte omniprésente. Des rites sacrificiels à gogo. Une dualité des environnements visités. Une gestion réaliste du son (les crépitements dans la radio qui indiquent la présence d’un ennemi, brrrrr…), de la lumière (la torche de Harry qui attire les ennemis). C’est simple, Silent Hill suinte le malaise par tous ses (gros) pixels.
Les angles de caméra sont ultra diversifiés, et malgré une ville qui parait aussi immense que labyrinthique, Harry (et donc le joueur) semble cloîtré dans un environnement en constante mutation, laissant Harry (et le joueur toujours) dans une forme de faiblesse, de vulnérabilité quasi-permanente.

Et que dire de l’environnement audio de ce Silent Hill, avec des musiques stressantes à souhaits, des bruitages terrifiants et autres effets sonores répétitifs, visant à instaurer un climat de tension permanente. Qu’il soit silencieux ou au contraire très bruyant, Silent Hill ne met jamais, ô grand jamais, le joueur à l’aise.
De par sa dimension cinématographique, une adaptation sur grand écran fut rapidement envisagée, ce qui sera le cas en 2006 avec le long-métrage Silent Hill signé Christophe Gans, qui générera près de 100 millions de dollars aux box-office mondial, malgré une vraie dualité là encore, mais au niveau des critiques de l’époque. Aujourd’hui, nombreux sont ceux à considérer qu’il s’agit encore de l’une des meilleures adaptations d’une œuvre vidéoludique.

Retour à nos 16 ans, manette PlayStation en mains, les yeux rivés sur la TV cathodique installée dans la chambre. Silent Hill est captivant, éprouvant. Chaque sauvegarde est un soulagement. Et quand bien même on ne désire que progresser toujours un peu plus, chaque mise hors tension de la console sonne comme une forme de délivrance… avant de revenir dans cette bourgade maudite. Cette dualité jusque dans notre vie réelle…

Aussi réussi et mémorable soit-il, non, le jeu de Konami n’est pas parfait. Loin de là même, et on lui reprochera des graphismes un peu décevants, un rythme mollasson (ces cut scenes de l’enfer…) et quelques mécaniques de gameplay hasardeuses… mais diable que l’expérience est inédite ! De la première à la dernière minute, Konami se joue des sens du joueur avec brio, et tout est bon pour le moral malaise. Silent Hill, c’est ce lieu maudit, où il peut se passer à peu près tout et (surtout) n’importe quoi.
La publicité TV française de Silent Hill en 1999
A noter qu’en fonction des actions du joueur, Silent Hill proposait un total de quatre fins bien distinctes. Les joueurs les plus aguerris ont ainsi pu découvrir la fin Good+, soit la meilleure des quatre, pleine d’espoir. D’autres joueurs en revanche, ont pu goûter à la plus mauvaise fin, modifiant totalement la tournure des évènements. Mieux encore, le jeu proposait également une fin “bonus”, aux accents comiques, sous couvert… d’extra-terrestres.

Moderne sur bien des points malgré un visuel pas toujours très flatteur (déjà à l’époque), Silent Hill proposait plus qu’un simple jeu vidéo, à savoir une véritable expérience horrifique et psychologique, à la fois pesante et malsaine, allant trifouiller au plus profond des peurs du joueur. A tester donc si vous en avez la possibilité.
Silent Hill en 2024, une licence morte et enterrée ? Pas du tout !
A sa sortie, Silent Hill a été accueilli de manière assez mitigée, certains appréciant son ambiance, sa profondeur et sa pure orientation survival-horror, quand d’autres fustigeaient ses graphismes et/ou sa maniabilité. Et force est d’admettre que le jeu a été très largement porté par des artworks dérangeants au possible, face auxquels on restait béats d’admiration dans les magazines spécialisés de l’époque, ainsi qu’un univers ultra-torturé et “réaliste”, soit un aspect encore assez inédit pour l’époque.

Toujours est il que le jeu remporte un franc succès commercial, et appela une suite dès 2001, avec un Silent Hill 2 (sur PS2) absolument magistral, qui mettra quant à lui tout le monde d’accord.
Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait un hasard si l’un des jeux les plus attendus de cette année 2024 est un certain… Silent Hill 2. Bloober Team est aux commandes de cette refonte très (très) attendue, le dernier “vrai” Silent Hill remontant à 2012, avec l’épisode Downpour. Un reboot qui aura lieu également au cinéma, avec un Return to Silent Hill signé (à nouveau) Christophe Gans, attendu pour cette année.
A noter également la disponibilité immédiate, sur PS5, de Silent Hill The Short Message, un tout nouveau jeu proposé gratuitement sur PS Store. Un Silent Hill à la fois moderne et expérimental, qui met en exergue l’impact terrifiant que peuvent avoir les nombreux messages, commentaires et autres notifications des réseaux sociaux reçus chaque jour sur nos smartphones.
Et vous, avez-vous été marqué par la série Silent Hill ?
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