Reporters Sans Frontières trafique les panneaux d’affichage pour dénoncer la censure de la presse

L’association Reporters sans frontières s’inspire du hacking pour faire passer les messages censurés des journalistes dans les pays où la liberté d’expression est menacée.

En 2017, 326 journalistes ont été emprisonnés et 65 tués. La raison ? Avoir dénoncé la corruption, les abus de pouvoir et l’autoritarisme politique. Face à cette situation, l’association Reporters sans frontières a décidé de réagir.

Lutte pour la liberté de la presse via les « Billboards Beyond Borders »

En collaboration avec l’agence de communication Akestam Holst, la branche suédoise de Reporters Sans Frontières a lancé une nouvelle opération digitale consistant à publier des messages qui ont été auparavant, censurés.

Pour ce faire, cette antenne utilise un dispositif appelé « Billboards Beyond Borders ». Inspiré du hacking, ce dispositif consiste à modifier numériquement les panneaux publicitaires des lieux publics des pays où les journalistes sont victimes de représailles en remplaçant leurs messages publicitaires par des extraits d’articles des journalistes emprisonnés ou condamnés puis de les uploader sur Google Maps. Les gouvernements ne disposent ainsi d’aucun moyen de bloquer la diffusion du message.

En parallèle, la branche allemande de Reporter Sans Frontières a décidé elle aussi de s’élever contre la censure en recueillant les articles censurés des journalistes et en les a transformant en chansons pop. Ces dernières sont disponibles gratuitement sur les plateformes de streaming.

Sensibiliser sur la liberté d’expression

De nombreux messages ont été diffusés dans des endroits publics « virtuels ». Sur la Place Rouge de Moscou par exemple, un message déclarant que « l’homosexualité est normale » a été publié. Il s’agit d’une déclaration d’Alexander Suturin, un journaliste imputé d’une amende de 50 000 roubles pour avoir effectué une « propagande homosexuelle ».

À Malte, on peut lire une partie d’un article de Daphne Caruana Galizia qui dénonçait la corruption du gouvernement de son pays. Une heure après la parution de l’article, cette journaliste avait été assassinée.

L’objectif de  l’opération était de faire prendre conscience au grand public des pratiques en vigueur dans les pays où la liberté d’expression est totalement bafouée. Le président de Reporters Sans Frontière en Suède, Jonathan Lundqvist, déclare : « Nous voulons donner la parole aux journalistes qui ont été passés sous silence en déployant leur message sur les plus grandes places du monde ».

Ces deux opérations s’appuient sur la tendances du hacking. Les outils digitaux sont ici utilisés pour contourner les législations des pays concernés et diffuser des messages qui seraient passés sous silence à cause de la censure. Cela souligne le changement de paradigme que représente Internet pour des acteurs engagés : ils ne luttent plus seulement pour défendre des droits mais ont désormais la possibilité de faire parvenir des messages à des publics dont ils sont généralement éloignés.


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