Robert Scoble n’aime pas les armes ni la guerre. Enfin, pas trop.

I’m not an american… Dans son dernier billet, le célèbre blogueur (encore) américain Robert Scoble publie une profession de foi étonnante (et assez revigorante) sur sa vision de la société américaine, et des points de divergence avec ses propres positions, concluant chaque citation d’un I’m not american aussi iconoclaste que définitif. Si chaque domaine évoqué

I’m not an american…

Dans son dernier billet, le célèbre blogueur (encore) américain Robert Scoble publie une profession de foi étonnante (et assez revigorante) sur sa vision de la société américaine, et des points de divergence avec ses propres positions, concluant chaque citation d’un I’m not american aussi iconoclaste que définitif.

Si chaque domaine évoqué ne suscite pas de questionnement particulier (« je pense que les richesses devraient être mieux redistribuées, je pense que la science et la technologie devraient l’emporter sur la religion, etc…), montrant une vision assez sociale-démocrate ou européenne du monde, un point attire cependant mon attention, car sa formulation est moins radicale que pour les autres sujets évoqués. Ce point est celui de l’armement et de l’usage qui en est fait par son gouvernement : « Je crois que nous devrions utiliser nos armes de guerre bien plus prudemment que nous ne l’avons fait au cours des huit années précédentes ».

Vu la tonalité générale de l’article, je m’attendais à quelque-chose de plus tranché : Scoble ne dit pas « … nous devrions cesser immédiatement d’utiliser nos armes de guerre ». La nuance n’est pas anodine : en creux, il faut comprendre que Robert Scoble, comme certainement des millions d’américains, n’était pas favorable aux guerres menées par l’administration américaine (l’intervention en Irak…), mais il faut surtout comprendre qu’il n’est pas hostile au principe de l’usage des armes de guerre. Il réclame juste qu’on en fasse un usage « plus prudent ».

Un détail subtil, de l’ordre de la sémantique – Scoble est très certainement un pacifiste convaincu – mais un détail significatif de la façon très parcimonieuse avec laquelle est traité ce sujet très sensible aux USA, puisque l’on sait que même chez les démocrates les plus « à gauche » la lutte contre le lobby des armes à feux est un thème embarrassant qui a toujours été prudemment éludé, voire évité, personne ne remettant véritablement en cause la possession et l’usage d’armes personnelles, symboles d’une liberté individuelle et d’un droit sacré à l’auto-défense.

Et ce qui prévaut pour les particuliers est par extension aussi applicable aux gouvernements : pas d’interdiction, mais un usage prudent des armes. Autre société, autres moeurs…


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12 commentaires

  1. C’est effectivement un sujet délicat aux US, surtout à 15 jours de l’élection présidentielle.
    Après, un usage « plus prudent » est un voeu pieu trempé dans une bonne sauce de politiquement correct.
    Débat qui je pense sera encore la table pour les prochaines générations

  2. Est-ce qu’en France, on serait prêt à abandonner l’usage d’armes de guerre ?
    Il dit qu’il faudrait utiliser celles-ci de façon plus prudente. On peut comprendre là dedans, de façon à se défendre, et non à attaquer d’autres nations sans réel légitimité.
    C’est comme cela que je comprends sa phrase en tout cas.

  3. Moi il y a une chose que je trouve étonnante dans son article. Il explique que « la science, la technologie et l’éducation devrait l’emporter sur la religion » (et il a bien raison) ce qui décrit une position plutôt athéiste. Puis il explique s’être converti à l’islam pour se marier.. Contradictoire ou tout du moins étonnant, non ?

    Autre point, stupide cette fois, quel est le rapport entre le fait que sa mère soit née en Allemagne et les actes de l’Allemagne Nazie de 40 qui font de lui un « non américain » ? Là ça m’échappe…

  4. Humm, je vois d’autres raisons qui pourraient expliquer la formulation.

    D’abord la langue anglais huppée se parle dans la nuance. Exemple : un anglophone qui parle bien dira « i’m quite certain that… » plutôt que « i’m certain that ».

    Ensuite, je pense que sa phraséologie est mesurée, simplement parce que les propos mesurés sont plus intelligents que les propos tranchés. On le voit en politique : pour gagner, il faut pas prêcher trop à l’extrême.

    Bref : Robert Scoble a à mon avis plus un propos réfléchi et bien dit qu’un propos englobant les précautions envers les lobbys.

  5. J’ai cru comprendre que les armes évoquées étaient celles de l’armée plutôt que celles, individuelles, du coup omises dans un raisonnement qui pourrait les inclure.

    Mais, en effet, la culture américaine, si elle catalogue l’individu aussi rapidement qu’en Europe, le définit par contre de façon bien moins nuancée, et si évoquer la paix est une chose, associer à cette paix la remise en cause des moyens de la défense nationale (et par conséquent sa légitimité) en est une qui s’en distingue comme la subversion se distingue du patriotisme.

    Sujet délicat mais, in fine, est-il incohérent de prôner la paix dans une vision réaliste du monde, est-il utopique d’envisager un monde sans armes ?

  6. Eric

    @Hyst, bien vue ton observation du paradoxe sur la religion, mais penser que la science doive l’emporter sur la religion n’est pas forcément exprimer son athéisme. On peut pratiquer une religion sans être forcément fondamentaliste, et donc admettre la primauté de la science. Cela dit méfions-nous aussi des « religieux de la science »…
    Concernant le point sur ses origines allemandes, c’est vrai que j’ai trouvé ça bizarre mais il veut peut-être pointer par là le fait que tous les américains sont des « non-américains » du fait qu’ils sont tous issus d’une immigration (à part les Natives indiens)

  7. @Eric, tu as peut être raison pour sa phrase sur l’Allemagne qui rappellerait les origines variées des américains mais la formule est maladroite alors.

    Concernant la religion, il me semble compliqué d’accepter la primauté de la science (et notamment la théorie de l’évolution de Darwin) tout en restant objectivement croyant mais c’est un débat bien trop compliqué pour être abordé via des commentaires 😉

  8. A noter que la possession d’arme à titre personnel et l’utilisation de la force armée américaine à l’étranger sont deux choses très différentes.

    Je lisais hier dans le train un livre sur ce propos. Beaucoup d’américains sont persuadés d’être au yeux du monde l’exemple à suivre, de faire des envieux, des jaloux et que c’est la raison pour laquelle le reste du monde n’apprécie guère les US. Justifiant ainsi les interventions armées américainespour leur apporter ces privilèges.
    Très peu d’américains réalisent que la force militaire US a servie durant des années à maintenir un fort déséquilibre économique et beaucoup de dictatures sanglantes mais économiquement rentables.
    Sans ce regard lucide sur le monde extérieur les USA ne le comprendrons jamais et avec la chute de leur hégémonie ils vont au devant de grâve ennuis…

  9. “Je crois que nous devrions utiliser nos armes de guerre bien plus prudemment que nous ne l’avons fait au cours des huit années précédentes”.

    Evoquer les 8 dernières années c’est assez « prudent ». Et Little Boy ? Il a été largué « prudemment » ? et l’agent orange ? Et Bagdad complètement rasé ? etc, ect,
    Joli billet.

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