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Le scientifique qui veut immuniser les humains contre le SIDA est assigné à résidence

Parce qu’il est allé au-delà du code de déontologie auquel s’astreint le monde de la science, un homme qui a peut-être trouvé comment faire disparaître le SIDA a dû stopper ses recherches

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Shenzhen
Photo de Shenzhen par Patrick Chan

Surveillé de très près. Voici un qualificatif qui convient parfaitement à la situation dans laquelle He Jiankui évolue aujourd’hui. Ce chercheur chinois a modifié génétiquement des embryons afin qu’ils naissent en étant naturellement immunisés contre le SIDA. Depuis, son travail a été interrompu par le gouvernement local, motivé par les nombreuses critiques de la communauté scientifique qui crie à l’eugénisme.

Une réaction étonnante au regard de la politique de l’Empire du Milieu à ce sujet, dans lequel il fait figure de précurseur depuis les années 1980. Pourtant, He serait en ce moment même enfermé dans un appartement par les autorités.

Quelle est la situation actuelle ?

Selon un journaliste du New York Times, source de cette information, le docteur He Jiankui est désormais séquestré dans une résidence universitaire de Shenzhen où une douzaine d’hommes sont chargés de veiller sur lui. De là à considérer qu’il est assigné à résidence et qu’on l’empêche d’en sortir, il n’y a qu’un pas.

Si les questions éthiques qui se posent à la suite de ses expériences sont toujours d’actualité et débattues par de nombreux experts, l’hôpital où officiait le chercheur s’est déjà dédouané de tout intérêt dans les opérations qu’il a menées. C’est pourtant dans une de ses annexes qu’il attend de savoir quel sort on lui réserve.

Du côté de Vienomics, la startup que le biologiste a créée, c’est la stupéfaction. Bien qu’il avait annoncé à ses équipes qu’une grande nouvelle allait arriver, même son cofondateur et les investisseurs ne savaient pas de quoi il s’agissait. Le site de l’entreprise n’est par ailleurs plus accessible à l’heure où j’écris ces lignes, ce qui souligne un profond chaos.

Un frein au progrès

Bien qu’il lui soit toujours possible de passer des appels et de communiquer par email depuis le lieu où il est retenu, He n’a clairement plus la main sur ses recherches. Son bureau serait également sous haute protection. De quoi contrecarrer sérieusement son objectif : démontrer que l’on peut éradiquer la tragédie engendrée par le VIH.

Le SIDA, maladie mortelle et incurable, a déjà coûté la vie à plus de 25 millions de personnes, et toucherait aujourd’hui 1% de la population mondiale. S’il existe une solution à ce fléau, pourquoi être réactionnaire en fermant les yeux sur une telle avancée qui donnerait à nouveau du crédit au transhumanisme ?

Ces données restent bien sûr à nuancer. En effet, selon le Times, il reste encore des zones d’ombre autour de l’affaire. De plus, Baihualin -une association de lutte contre le SIDA qui avait mis en relation le docteur avec les familles cobayes- regrette désormais déjà ce dans quoi elle s’était engagée.

Source

12 Commentaires

12 Commentaires

  1. Dodutils

    31 décembre 2018 at 10 h 27 min

    En parlant de modifications génétiques et transhumanisme je recommande « Nexus », un roman SF d’action écrit par Ramez Naam, dont la trame de fond est justement la réaction des gouvernements pour contrer ce mouvement.

    • Valentin Décarpentrie

      31 décembre 2018 at 12 h 19 min

      Merci ! Je vais lire ça

  2. Guervan

    31 décembre 2018 at 11 h 34 min

    Pourquoi être réactionnaire ?

    Car si l’on commence à modifier le génome des embryons c’est la porte ouverte à tous les eugénismes !
    On voudra son gamin immunisé contre le SIDA, contre le cancer (jusqu’ici c’est super cool) mais aussi plus grand, plus musclé, plus beau, plus intelligent, etc..

    Cela crééra des surhommes, et par opposition ceux qui ne feront pas appel à ses procédés deviendront des soushommes. Le racisme implanté de manière génétique avant même la naissance..

    Excellent film sur le sujet -> « Bienvenu à Gattaca »

    • pourinf

      31 décembre 2018 at 18 h 13 min

      je pense que c esdt bien plus grave que cela d ou le soucis ethiqsue.
      A partir du moment ou l on controle l evolution d une espèce, nos envies convergent souvent vers les mêmes critères, on affaiblit sa capacité d ‘évolution et elle fini par s’éteindre totalement.
      Pour le reste, on y est déjà depuis longtemps (tout le monde ne peut pas s offrir des bonnes prothèses de dent par exdmple ce qui réduit l espérance de vie de certains)

  3. Milleras

    31 décembre 2018 at 14 h 08 min

    Vous dites « Le SIDA, maladie mortelle et incurable, a déjà coûté la vie à plus de 25 millions de personnes, et toucherait aujourd’hui 1% de la population mondiale. S’il existe une solution à ce fléau, pourquoi être réactionnaire en fermant les yeux sur une telle avancée qui donnerait à nouveau du crédit au transhumanisme ? »
    Serait-ce du mépris envers la communauté scientifique ? Ce n’est pas qu’un problème éthique, mais aussi biologique car le « chercheur » a testé une technique dont l’issue est très incertaine sur des humains, alors qu’il y a des protocoles expérimentaux à suivre. En plus, l’expérience a été annoncée sur Youtube, sans passer par le processus de validation scientifique, donc personne ne sait si le « chercheur » dit la vérité, s’il a réellement fait l’expérience et dans quel état sont les patients. Ainsi, son travail est avant tout idéologique et non scientifique. Bref, le ton de cet article semble minimiser le problème éthique avec un bel homme de paille.

  4. Soldius

    31 décembre 2018 at 14 h 11 min

    cette histoire me rappel cette phrase tirée du film de SF « Bienvenue a Gattaca » : « J’appartenais à une nouvelle sous-classe, qui n’était plus déterminée ni par le statut social ni par la couleur de la peau. Nous avons maintenant fait de la discrimination une science ».
    apparemment la réalité se rapproche de la fiction.

  5. david

    31 décembre 2018 at 16 h 26 min

    toute cette histoire d’ethique c’est deqs conneries . je vous rappelle que le clonage faisait appel à une autre question d’éthique, le droit à etre unique en son genre et d’autres sous-éthiques derriere celle ci : cloner un humain pour s’en servir comme donateur !

    cet homme fait scandale , uniquement parce que LA CONS2QUENCE incroyable que ça va engendrer , va foutre en l’air l’industrie médicamenteuse qui se fait des milliards sur la maladie du sida COMME SUR LE CANCER ALORS ARRETEZ VOS SALADES ! VOUS PIGEZ QUE DALLE !
    une population moins malade est une population qui dépense moins en frais de santé et donc, qui n’enrichit plus! à bon entendeur !

    • Jacquie

      1 janvier 2019 at 15 h 20 min

      Lol trop con ce commentaire, fais gaffe aux reptiliens en sortant de chez toi Michel !

  6. Je passe juste

    31 décembre 2018 at 19 h 46 min

    Je pense que beaucoup d’éléments pour bien comprendre la situation n’ont pas été bien expliqués. Il a récemment été prouvé que la technologie CRISPR n’était pas aussi précise que l’on pourrait le croire et pourrait cibler d’autres locus d’ADN que ceux que l’on voudrait. Cela pourrait dérégler des processus métaboliques importants. C’est en partie pour cela que la communauté scientifique juge cette expérience, si elle a vraiment eu lieu, comme irresponsable car il est impossible de savoir a quel point l’ADN patients, ici des bébés, pourrait être altéré. Le ratio bénéfice/risque semble faible.
    Le second problème est l’absence de contrôle de ces procédures. Si l’hôpital et l’université ou He travaillait disent vrai, cela voudrait dire que n’importe quel chercheur avec des bases en génétique pourrait potentiellement créer des humains génétiquement modifiés en utilisant CRISPR.
    Enfin, les conséquences sociales que l’utilisation massive de la modification du génome humain pourrait avoir sont toujours débattues et rien n’est actuellement prévu dans la loi ou autre à ce sujet, par exemple pour limiter la hausse des inégalités que cela pourrait engendrer.
    Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? N’y aurait-il pas d’alternatives moins risquées?
    De nombreuses conférences portent sur ce sujet, sur CRISPR et ses limites pour qui serait intéressé.

  7. spash

    1 janvier 2019 at 0 h 12 min

    Visiblement, l’auteur est mal renseigné et permet d’avoir un jugement sans aller au fond des choses.
    Le « scientifique » en question est dans la totale incapacité de prouver que son opération permet d’être immunisé du SIDA. Sous un prétexte falacieux et pour se faire un max d’argent, il se permet de jouer avec le génome de l’humanité toute entière. C’est cela qui lui est reproché.

  8. Bfree

    1 janvier 2019 at 1 h 40 min

    Le problème avec ces expérimentations est qu’elles n’ont rien de validé sinon que les organismes clonés font tous états de dégénérescences diverses (à commencer par notre mouton national). Où est donc le progrès ? Parce que j’imagine que ces bébés ayant un génome modifié et passés par les mêmes techniques que le clonage vont souffrir d’une vie plus courte, de maladies dégénératives et ne seront probablement pas immunisées contre le SIDA (sauf à ce qu’un bricoleur égotique sans conscience ait eu un bol monstrueux). Lorsque l’on pense qu’il est aujourd’hui possible de faire naître un bébé sans SIDA, même si la mère est infectée, cette expérience a tout d’un Dr Frankenstein moderne.

    Il n’y a pas de scientifique qui veut sauver le monde du SIDA, il y a un illuminé avec un ego de taille stratosphérique qui veut que ce soit lui et lui seul, quoi qu’il en coûte et quoi qu’il lui faille faire. Il n’y a rien de sage dans le bricolage et l’assemblage de techniques qui font d’enfants de cobayes d’éprouvette. La science finira par avoir le dernier mot en respectant la vie de chacun, des centaines de chercheurs y travaillent et cela prendra du temps.
    Ce temps pourrait paraître injuste à des parents qui veulent des enfants sans qu’ils aient le SIDA sauf que la médecine actuelle permet à des séropositifs de concevoir et de faire naître des enfants normaux et non-contaminés.

    Cette histoire est un scandale et ceux qui font du « clic » en laissant croire à autre chose sont complices de cette maltraitance sur enfants.

  9. GBoGBo

    1 janvier 2019 at 12 h 41 min

    Entièrement d’accord avec Milleras et « Je passe juste » notamment, je rajouterais juste que même SI l’opération du génome s’est bien passée malgré tout et que seule la mutation voulue ait été produite, les pauvres jumelles (et leur descendant(e)s, c’est donc potentiellement une LIGNEE d’humains modifiés qui aura été ainsi créée) vont se retrouver avec de graves risques vis à vis d’AUTRES maladies, voir la page wikipedia sur CCR5 :
    « CCR5 Δ32 can be beneficial to the host in some infections (e.g., HIV-1, possibly smallpox), but detrimental in others (e.g., tick-borne encephalitis, West Nile virus). Whether CCR5 function is helpful or harmful in the context of a given infection depends on a complex interplay between the immune system and the pathogen. »
    Bref, un article rédigé trop vite et/ou zélateur de la religion transhumaniste, dont on voit enfin les dangers concrets.

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