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Des scientifiques calculent la date de disparition des dernières plantes sur Terre : une longévité exceptionnelle

Le règne végétal a déjà survécu à cinq extinctions de masse depuis que les plantes ont colonisé la terre ferme, il y a environ 470 millions d’années. Combien de temps leur reste-t-il encore à vivre ?

L’extinction de l’humanité, selon cette étude parue dans la revue Nature Geoscience en 2023, aurait déjà une date butoir : dans 250 millions d’années, la formation d’un supercontinent (Pangea Ultima) provoquera une activité volcanique extrême. Les températures augmenteront tellement que les chercheurs estiment que seulement 8 % à 16 % des terres émergées resteront habitables pour les mammifères. À moins d’une adaptation technologique intensive (comme vivre sous terre ou climatiser des villes entières), Homo sapiens et la quasi-totalité des mammifères disparaîtront à ce moment-là. Mais qu’en est-il des plantes ?

Les végétaux représentent environ 80 % de la biomasse terrestre, mais leur survie dépend d’un approvisionnement que notre planète ne leur garantira pas indéfiniment : lumière solaire, eau liquide, dioxyde de carbone atmosphérique et nutriments minéraux. Il est, en théorie, impossible qu’ils subsistent au-delà d’un certain seuil. Deux chercheurs du Blue Marble Space, institut de recherche indépendant basé à Seattle, se sont attelés à le situer.

Jacob Haqq-Misra, astrobiologiste, et Eric Wolf, climatologue planétaire, ont ainsi lancé une série de simulations pour établir la date de disparition de la biosphère végétale. Les résultats de leurs calculs ont été publiés le 28 mai dans la revue Journal of Geophysical Research: Atmospheres : selon eux, la dernière plante terrestre pourrait ne rendre l’âme que dans 1,87 milliard d’années, lorsque le Soleil sera 20 % plus lumineux qu’aujourd’hui.

Étouffer ou brûler : la fin du règne végétal

Pour arriver à cette date, les deux chercheurs ont modélisé en trois dimensions l’évolution du climat terrestre sur les deux prochains milliards d’années, en intégrant l’augmentation progressive de la luminosité solaire et les fluctuations des taux de CO2 atmosphérique.

Ce dernier circule continuellement : les pluies le lessivent hors de l’atmosphère et le déversent dans les océans, où il précipite lentement en sédiments calcaires qui finissent par se transformer en roche. Ces roches plongent ensuite dans le manteau au niveau des zones de subduction, où la chaleur les décompose et libère le carbone que les volcans réinjectent dans l’atmosphère. Une boucle baptisée cycle carbonate-silicate, dont dépend, en dernier ressort, tout organisme qui survit par photosynthèse sur Terre.

La température moyenne de surface du globe influence la vitesse à laquelle les pluies lessivent les roches, mais aucune étude n’a jamais mesuré l’ampleur exacte de cet impact. Haqq-Misra et Wolf ont donc conduit deux simulations différentes, pour borner deux scénarios extrêmes : l’une où la dégradation chimique des roches capte beaucoup de CO2, l’autre où elle n’en capte que très peu.

Dans le premier, les températures n’oscillent que très peu, mais les taux de CO2 s’épuisent : les plantes finissent alors par mourir de faim dans 1,84 milliard d’années, car elles n’ont plus de carbone pour assurer leur croissance.

Dans le second, c’est l’inverse : les taux de CO2 se maintiennent, mais la température de notre planète, sous l’influence du Soleil, grimpe jusqu’à atteindre 65 °C de moyenne. Aucun végétal terrestre ne peut survivre dans ces conditions, qui dépassent de très loin les tolérances observées chez les espèces les plus endurantes des déserts les plus hostiles de notre planète. Le sursis accordé par ce scénario s’élève à trente millions d’années par rapport au premier, l‘échéance étant repoussée à 1,87 milliard d’années.

Quelle que soit l’échéance retenue, elle repousse de très loin les estimations de travaux antérieurs, qui portaient sur la même thématique. « Cela laisse penser que la biosphère photosynthétique terrestre pourrait survivre, sous une forme ou une autre, jusqu’à ce que la Terre commence à perdre son eau », notent Haqq-Misra et Wolf. Selon eux, les plantes s’éteindront donc au même moment que les derniers océans disparaîtront.

Extinction Plantes
Les deux voies vers l’extinction végétale : la chaleur tue toutes les plantes terrestres dans 1,87 milliard d’années sous une altération faible des roches (rouge), tandis que l’épuisement du CO2 ne laisse plus que la vie microbienne dans 1,84 milliard sous une altération plus forte (violet). © Haqq-Misra & Wolf, JGR Atmos., 2026

La Terre et la vie : unies jusqu’au bout ?

Les deux auteurs reconnaissent toutefois que leurs simulations reposent sur une hypothèse méthodologiquement discutable : à aucun moment ils n’ont introduit la possibilité que les plantes puissent s’adapter par sélection naturelle. Les plantes de leurs simulations sont les mêmes qu’aujourd’hui, avec les mêmes limites physiologiques qu’elles conserveront pendant presque deux milliards d’années. C’est quatre fois le temps qu’il a fallu aux végétaux pour sortir de l’eau et recouvrir les continents.

Ils l’assument très bien et cela n’invalide en rien leur postulat puisqu’en aucun cas ils ne souhaitaient prédire l’avenir du vivant ; leur intérêt se portait avant tout sur l’habitabilité de notre planète, seul cadre dans lequel une prédiction reste défendable.

La suite de leur raisonnement s’affranchit d’ailleurs volontiers de cette rigueur : ils imaginent des plantes qui contrôleraient leur température interne et leur pression, remonteraient vers les hautes altitudes à mesure que le Soleil devient plus brûlant, s’installeraient dans la stratosphère et se répandraient même vers des objets à faible gravité comme la Lune ou les comètes. C’est évidemment spéculatif, mais ils défendent leur idée : « Nous suggérons que le scénario par défaut pour l’avenir de notre planète est que la vie y survivra au moins aussi longtemps que la Terre elle-même », affirment-ils. Vu sous ce prisme, les plantes elles-mêmes n’ont pas d’espérance de vie : elles vivraient aussi longtemps que la Terre conserverait son eau : une problématique qui relève, de facto, davantage de la géophysique que de la biologie.

  • Des scientifiques estiment que la dernière plante terrestre pourrait disparaître dans environ 1,87 milliard d’années, en raison de l’augmentation de la luminosité solaire.
  • La survie des plantes dépendra de la disponibilité de dioxyde de carbone et des conditions climatiques extrêmes provoquées par l’activité volcanique.
  • Ces prévisions reposent sur des simulations qui n’intègrent pas la possibilité d’adaptations évolutives des plantes sur le long terme.

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