Cette étude, émise par l’American Psychological Association et relayée le 12 mai par la revue Nature, s’est étalée sur 16 années en impliquant 2,4 millions de personnes. Cette dernière, par ses résultats, est donc parvenu à largement remettre en question les préoccupations courantes concernant l’impact du numérique sur notre santé mentale. Si on commence déjà à prendre l’ampleur des dégâts que peuvent occasionner les formats courts du type TikTok sur les comportements addictifs et la sociabilisation, ici les résultats sont bien différents.
Quels effets positifs a donc fait remonter cette étude et comment ceux-ci se manifestent dans notre vie quotidienne ?
Une perspective globale permise grâce à des données très diversifiées
Saisir pleinement l’influence de l’Internet sur le bien-être exige une analyse globale, car c’est une technologie désormais profondément ancrée dans nos habitudes. L’enquête en question, publiée dans la revue Technology, Mind and Behaviour, a été menée de 2006 à 2021 en analysant des données provenant de l’institut de sondage Gallup. Ce sont 1 000 personnes par an réparties dans 168 pays différents qui ont ainsi été interrogées pendant cette longue période.
L’échantillon est, de ce fait, bien plus représentatif que celui des études menées antérieurement sur le même thème, souvent limitées à quelques pays développés de l’hémisphère nord. Comme le souligne Andrew Przybylski, chercheur à l’Université d’Oxford : « Plus de 90 % des ensembles de données provenait de quelques pays anglophones ». Une distribution qui induisait nécessairement des biais et altérait les résultats finaux.
En analysant des facteurs comme le niveau de revenu, l’emploi, le niveau d’éducation et les problèmes de santé, les chercheurs ont par conséquent pu brosser un tableau plus complet et nuancé de l’impact d’Internet sur nos vies.
Des bienfaits comparables à une promenade dans la nature
L’un des résultats les plus marquants de l’étude réside dans le constat que les personnes ayant accès à Internet affichent, en moyenne, des scores de satisfaction de vie et de bien-être social 8 % supérieurs à celles qui en sont privées. Pryzbylski compare même ces résultats aux bienfaits d’une promenade en pleine nature.
Markus Appel, psychologue à l’Université de Würzburg, attribue ces effets positifs à la propension d’Internet à favoriser l’apprentissage et la création de liens sociaux ou amicaux. Toutefois, le constat n’est tout de même pas entièrement rose. L’étude n’a pas négligé les potentiels aspects négatifs de l’usage de cette technologie.
En effet, il en ressort également que les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans utilisant Internet se déclarent moins satisfaites de leur lieu de vie. Selon Pryzbylski, cette observation pourrait s’expliquer par le fait que celles qui se sentent moins intégrées à leur communauté passent davantage de temps en ligne. Il faudrait mener, dans l’idéal, des recherches ultérieures afin de déterminer si ces liens sont de nature causale ou simplement corrélative.
Un constat à nuancer
Alors que les débats sur la régulation du web et des réseaux sociaux, notamment concernant les plus jeunes, s’intensifient, cette étude apporte une perspective importante, mais qu’il ne faut pas considérer comme définitive. Tobias Dienlin, chercheur à l’Université de Vienne, tient à préciser que « cette étude ne peut pas contribuer directement au débat récent sur la nocivité des réseaux sociaux ou l’interdiction des smartphones à l’école ».
Ces données, même si très précieuses, ne sont pas suffisamment spécifiques ni détaillées pour répondre directement aux questions complexes relatives à ces thématiques. En réalité, cette étude n’a pas été menée pour alimenter ce débat, et démontre que les effets de l’usage d’Internet sur le bien-être tendent à varier considérablement en fonction des usages.
C’est bien pour cette raison que les différents auteurs de l’étude préconisent une approche nuancée de la question : les avantages d’Internet ne sont pas universels et peuvent différer selon de multiples facteurs contextuels. Cette étude, assez unique par la taille de l’échantillon de personnes interrogées, est un socle robuste qui pourra certainement servir de pilier à des recherches plus approfondies. Moralité : vous pouvez continuer à traîner sur le web, ce n’est pas foncièrement mauvais pour votre santé, mais soyez conscient qu’il n’est pas non plus un médicament miracle !
- Une étude parue dans la revue Technology, Mind and Behaviour menée auprès de 2,4 millions de personnes de 2006 à 2021 a prouvé qu’utiliser Internet avait un effet positif sur le bien-être.
- En moyenne, les personnes interrogées affichaient des scores de satisfaction de vie et de bien-être social 8 % supérieurs par rapport aux personnes qui n’ont pas accès à Internet.
- Cette recherche prouve, en revanche, que ces effets bénéfiques ne sont pas universels et varient fortement selon de nombreux facteurs.
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