Il voulait relier Lisbonne à l’océan Pacifique à la seule force de ses jambes, un périple de plus de 14 000 km à travers l’Europe et l’Eurasie. Parti au début juillet de cette année, Sofiane Sehili, figure incontournable de l’ultracyclisme français, a traversé huit pays et plus de 10 000 km avant d’être arrêté au début du mois de septembre par les autorités dans l’Extrême-Orient russe.
L’aventurier de 44 ans vient tout juste d’être libéré, après plusieurs semaines passées derrière les barreaux, pour avoir franchi sans autorisation la frontière sino-russe, alors qu’il tentait de rejoindre Vladivostok par une route interdite aux civils.
La course folle de Sofiane Sehili stoppée par Moscou
Né à Clichy en 1981, Sofiane Sehili découvre sa passion pour le bikepacking sur le tard, en 2010, lors d’un périple en Asie du Sud-Est. Une révélation ; depuis, il a enchaîné les voyages et a remporté les courses les plus mythiques de la discipline (Silk Road Mountain Race, French Divide, Atlas Mountain Race, etc.) jusqu’à devenir l’un des meilleurs coureurs d’ultradistance off-road au monde.
En juillet 2025, il se confiait au média BikePacking, expliquant : « Je continuerai à rouler jusqu’à ce que je ne puisse plus et qu’un océan me barre la route ». Un serment d’aventurier comme peu de sportifs peuvent se permettre de le formuler.
Ces paroles, Sofiane Sehili les prononçait alors qu’il s’était déjà lancé le défi de battre le record de la traversée de l’Eurasie à vélo. Le temps à battre, établi en 2017 par l’Allemand Jonas Deichmann, surnommé le « Forest Gump allemand », était de 64 jours, 2 heures et 26 minutes.
Parti de la capitale portugaise, Sehili roulait à un rythme extrêmement soutenu, dépassant parfois les 300 km par jour. Il a traversé toute l’Europe, pour se retrouver ensuite en Turquie et ses plateaux brûlés par le Soleil ; puis l’Iran, ses déserts interminables et ses routes de sel ; le Kazakhstan, vaste comme une mer d’herbe balayée par le vent ; la Mongolie et ses immenses steppes ; et enfin la Chine, dont les montagnes frontalières marquaient l’ultime obstacle avant le Pacifique.
Deux mois après son départ, et des milliers de kilomètres parcourus, il arrive enfin à la frontière séparant la Chine et la Russie. Interpellé le 2 septembre par les autorités russes pour entrée illégale sur le territoire, il a été placé en détention provisoire le 4 septembre. Enfermé plusieurs semaines dans un centre de rétention du Kraï de Primorié en attente de son procès, il était à moins de 200 km de Vladivostok, ville depuis laquelle il espérait atteindre le Pacifique et achever sa tentative de record.
La liberté retrouvée
« Les premiers jours ont été difficiles », a-t-il raconté à Reuters. « Je ne comprenais pas la langue, je ne connaissais rien à la culture russe ». En bon aventurier, Sehili s’est adapté, a appris à échanger avec ses co-détenus, à se faire comprendre par les gardiens qui le surveillaient, et s’est même mis à « étudier un peu le russe ».
Son avocate, Alla Kouchnir, assure qu’il a été « bien traité » lors de sa détention, même si la nourriture douteuse et le manque de douches régulières ont mis son mental et son corps à rude épreuve.
Lors de son audience finale le 23 octobre 2025, des photographies diffusées par la presse locale le montraient debout dans une cage métallique, toujours en tenue de cycliste, chaussures de vélo aux pieds, les lacets retirés. Il a été reconnu coupable des faits qui lui ont été reprochés, mais la cour a ordonné sa libération immédiate. Il a également été exempté de l’amende de 50 000 roubles (530 euros, environ) qu’il aurait dû normalement payer.
Le ministère français des Affaires étrangères s’est dit « soulagé » de sa libération. « C’est un bon verdict pour moi, donc je suis heureux », a confessé Sehili à la sortie du tribunal. « J’essaie de retenir le positif, sans trop m’attarder sur le négatif, et de conserver, autant que possible, un bon souvenir de la Russie ».
Dans certaines parties du Kraï de Primorié, des zones sont classées « zone régie par un régime frontalier », où l’accès des étrangers est fortement restreint. Sehili s’y est peut-être faufilé par méconnaissance, cherchant désespérément un passage pour ne pas invalider son record. Que son dossier ait été traité avec indulgence, et qu’il ait pu repartir sans amende ni expulsion, tient sans doute à la nature non politique de son aventure. Il sera reparti malheureusement sans son trophée, mais aura tout de même gagné sa libération ; une bien heureuse issue dans le climat géopolitique actuel.
- Sofiane Sehili, cycliste français d’ultradistance, a été arrêté en Russie après avoir franchi par erreur une zone frontalière interdite entre la Chine et le Kraï de Primorié.
- Il a passé plusieurs semaines en détention avant d’être libéré sans amende ni expulsion, les autorités ayant jugé son geste non politique.
- Dans un contexte de fortes tensions entre Moscou et l’Europe, cette clémence apparaît comme une exception rare à la fermeté habituelle du régime russe.
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