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Square : “vendre en ligne ne suffit plus, il faut une expérience”

Pour le responsable des ventes de Square Europe, Daniel Nicolas, réussir sur le marché du paiement passera par une gamme de produits qui satisfera le besoin “omnicanal” des entreprises.

Sans bruit, dans une grande discrétion, l’un des plus gros mastodontes américains du paiement a posé ses valises en France. Square, la fintech lancée en 2009 par le fondateur de Twitter Jack Dorsey, reconnaît n’être qu’un “nouvel arrivant” sur le territoire.

“Notre principal objectif est d’introduire notre marque en France”, reconnaissait ses équipes. Sans trop tarder sur son calendrier, la fintech a conclu une première phase d’expérimentation avec plusieurs commerces, cafés et restaurants pour en mesurer les spécificités locales. Maintenant, l’heure du déploiement est venue.

Concurrent légitime de PayPal, bête noire des banques et grand prétendant à devenir un acteur dans les échanges de cryptomonnaies avec Cash App, Square est un géant qui travaille à la fois sur une offre pour les entreprises que pour les particuliers. Paiement en ligne, expérience automatisée en magasin, la société veut tout gérer et satisfaire le besoin “omnicanal” de ses clients.

À quoi s’attendre du géant en France ? Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec Daniel Nicolas, le responsable des ventes de Square Europe et actuel porte-parole de l’arrivée de Square en France.

Square France 2021
Square et ses terminaux de paiement arrivent en France © Unsplash / Blake Wisz

Presse-citron : Square se donne l’objectif de devenir « l’interlocuteur exclusif des marchands en matière de services financiers ». En France, que proposez-vous aux entreprises ?

Daniel Nicolas : Square est un acteur pionnier dans les solutions de paiement, reconnue dans le monde pour ses solutions matériel et logiciel. Nous avons développé notre offre en un système tout-en-un. Une offre intégrée et complète, qui permet aux entreprises d’accepter toutes formes de paiement, que ce soit en magasin, à distance et en ligne. Nous avons deux millions de clients de par le monde.

En France, nous fournissons les solutions au cœur du paiement, les logiciels de caisse, de gestion des employés, des outils pour les factures et enfin toutes les solutions matériel : lecteurs de carte, terminaux de paiement avec iPad et le “Square Terminal”.

Presse-citron : Quels sont les objectifs de Square en France ?

Daniel Nicolas : Notre principal objectif est d’introduire notre marque en France, car Square arrive sur le marché français en tant que nouvel entrant. Nous connaissons déjà un grand succès aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, et nous aimerions que notre nom et notre marque deviennent également familiers en France.

Presse-citron : Aujourd’hui, vous concurrencez SumUp dans les TPE mobile, Stripe dans les paiements en ligne… peut-on s’attendre à une suite logique avec un compte courant comme la néobanque pour les pros Qonto ? Aurons-nous droit à un plus vaste écosystème ? 

Daniel Nicolas : Au fur et à mesure, nous continuons d’étoffer la gamme de produits et services que l’on met à disposition pour les entreprises. Il y a douze ans, nous avions commencé aux États-Unis avec le petit lecteur de carte au format carré. Maintenant, avec les retours de nos clients, nous sommes en mesure de développer notre gamme de produits. Nous continuons de le faire.

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Presse-citron : Votre cœur de métier est tiraillé par les concurrents historiques (Ingenico) et les fintech (PayPal, SumUp). Bientôt, Apple transformera tous ses iPhone en terminaux de paiement. Comment évoluera le marché ? Comment se distinguer ?

Daniel Nicolas : Le marché français est très sophistiqué. La France est force d’innovation. C’est un marché qui est très morcelé, avec énormément d’acteurs. C’est un signe de maturité du marché et c’est quelque chose de très positif. Mais les clients sont partagés par tous ces acteurs différents. La France est un marché qui est très « omnicanal » en soi.

Quand on regarde la situation de nombreux secteurs, il y a eu une vraie digitalisation des opérations des entreprises. Chez nos clients, les activités de e-commerce sont en hausse de 40 %.  À cela s’ajoute une numérisation qui a été renforcée avec une expérience d’achat de plus en plus basée sur le mobile. Or les concurrents ne possèdent pas cette vision omnicanal avec une offre à la fois complète sur les ventes physiques et en ligne.

Depuis le début de la pandémie, l’utilisation de notre outil e-commerce a été multipliée par cinq. Nos études ont démontré que 76 % des commerçants français vendent leurs produits en magasin et en ligne. Le marché est donc hautement omnicanal.

Les commerçants cherchent aussi une solution pour simplifier les opérations au maximum et faire en sorte que celles-ci soient le plus intégrées et automatisées possible. Par exemple, si vous avez un client qui achète le dernier produit en magasin et qu’une personne en ligne souhaite aussi l’acheter, il faut pouvoir ajouter une solution pour synchroniser l’inventaire entre le magasin et le site en ligne. Plus les opérations sont intégrées et automatisées, plus l’expérience client sera cohérente et augmentera la fidélisation des clients et permettra d’éviter de rater des ventes.

Plus les opérations sont intégrées et automatisées, plus l’expérience client sera cohérente

Presse-citron : Le slogan de Square, « les petits business sont parfaits », met l’accent sur les petits commerçants de proximité, notamment les restaurants et les cafés. En France, quel sera votre client type ?

Daniel Nicolas : Au départ, le cœur de cible de Square concernait les clients dans le secteur de la restauration et de la vente au détail. Au fur et à mesure, en étoffant notre gamme de produits et services, nous avons commencé à pouvoir répondre aux besoins pour non seulement les TPE mais également les PME et les plus grandes entreprises. Aujourd’hui, Square s’adresse aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs.

Square s’adresse aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs

Presse-citron : Pourquoi avoir choisi la France ? Pourquoi pas plutôt l’Allemagne ? L’Italie ? Avez-vous des statistiques sur le taux d’équipement des commerces en France ?

Daniel Nicolas : Le lancement de Square en France s’inscrit dans une démarche d’expansion à l’international, notamment en Europe. C’est l’une des priorités clés de l’entreprise depuis plus d’un an. La France est le troisième marché européen où Square a lancé ses activités.

Nous avions commencé avec le Royaume-Uni il y a quatre ans, et en mai dernier avec l’Irlande. Nous venons aussi d’annoncer notre programme d’accès anticipé pour l’Espagne. S’étendre à l’international, surtout sur le marché européen, est indispensable.

Pour la France, comme j’ai pu vous le dire, la maturité du marché et le nombre d’entreprises qui vendent à la fois en magasin et en ligne sont deux points qui nous ont intéressés. Se lancer en France était une évidence. Maintenant, la France est aussi un marché spécifique.

Se lancer en France était une évidence.

Presse-citron : Square a une expérience de plus de dix ans aux États-Unis. De votre côté, vous avez travaillé sur le marché UK. Pouvez-vous nous décrire les différences entre les clients français, américains et anglais ?

Daniel Nicolas : La France est un marché spécifique pour la présence de nombreuses solutions de paiement, mais aussi du côté de ses mœurs. Un cas très concret, spécifique à la France, est celui de l’acceptation des tickets restaurants. Square a dû travailler pour pouvoir offrir aux entreprises concernées un moyen pour elles d’accepter les tickets restaurant et les intégrer dans les logiciels. Cela n’a jamais été un besoin dans les autres pays. C’est un cas d’usage important pour la France et les retours client nous l’évoquaient.

Plus globalement, les marchés sur lesquels Square est installé ont beaucoup de similitudes. Notamment dans les besoins des entreprises d’un pays à l’autre, de toutes tailles et de tous secteurs, mais aussi dans le comportement d’achat des clients. Ce dernier a des attentes très fortes.

Vendre en ligne ne suffit plus. Il faut vendre une expérience avant toute chose. Plus celle-ci est intégrée et cohérente, plus les entreprises sont capables d’avoir un avantage concurrentiel et fidéliser plus facilement les clients. L’aspect omnicanal est une réalité aujourd’hui. Pour les entreprises et pour les clients.

Vendre en ligne ne suffit plus. Il faut vendre une expérience avant toute chose

Square terminal paiement
© Unsplash / Nathan Dumlao

Presse-citron : Le cours boursier de Square a été multiplié par huit, depuis le début de la pandémie. Concrètement, qu’est-ce qui a changé ?

Daniel Nicolas : Je ne pense pas être la personne la plus adéquate pour répondre à cette question. C’est assez complexe dans la mesure où nous disposons de plusieurs types d’offres. Nous avons d’une part les solutions de cœur de paiement et la partie Cash App. En tant que directeur des ventes, je peux simplement vous parler de la partie des ventes sur le cœur du paiement en France.

Ce que l’on a observé, ces dix derniers mois, est une vraie croissance de Square dans tous les marchés à l’international. Plus de 80 %. C’est non seulement lié à la position de Square, mais également à la crise sanitaire. Nous avons pu aider les entreprises à passer du monde du magasin à la vente en ligne – contribuer à l’accélération de la digitalisation.

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Presse-citron : Square ne travaille pas qu’avec les entreprises. Son application Cash App possède des millions d’utilisateurs particuliers. Ses revenus grimpaient de 168 % rien qu’en 2020. Quelle est cette application ? Pourrons-nous la voir arriver en France ?

Daniel Nicolas : Cash App est une application de transfert de fonds peer-to-peer de Square. C’est une entité distincte des solutions de Square pour les entreprises. Mais là encore, je ne suis pas la personne adaptée pour répondre à cette question.

NDLR : Contacté par mail à la suite de notre entretien avec Daniel Nicolas, Square n’a pas souhaité non plus en dire davantage sur une arrivée de Cash App en France. “Nous n’avons rien à partager sur Cash App pour le moment” déclaraient-ils. Au sujet d’une question sur le taux d’équipement en terminaux mobiles chez les commerçants français, Square a également déclaré : “Nous n’avons rien à partager sur ce point”.

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