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Streaming : la qualité des séries est désespérante mais il y a un nouvel espoir (Analyse)

Une importante mutation est en cours à Hollywood.

Peut-on parler d’un déclin de la qualité des séries et des films proposés sur les plateformes de streaming ? La réponse est clairement oui, même s’il nous faudra bien sûr étayer ce propos. Alors que le goût du risque tend à disparaître sur ces services et que le formatage est de mise, il n’est pas pour autant question de désespérer, car certains producteurs prônent à leur tour une montée en gamme.

L’âge d’or de Netflix et du streaming

Souvenez-vous des années 2010. Alors qu’elle cherchait à se distinguer des grands studios et des chaînes de télévision, Netflix investissait massivement dans des contenus originaux. C’est ainsi que des séries largement saluées comme House of Cards, Orange is the new Black, Stranger Things, mais aussi The OA ont vu le jour. Ces dernières se caractérisaient souvent par une forme d’audace et une capacité à bousculer l’ordre établi.

Dans le même temps, la plateforme de streaming faisait venir de grands noms du septième art pour gagner en prestige. On repense notamment à The Irishman de Martin Scorsese ou encore Roma d’Alfonso Alfonso Cuarrón, et ce ne sont là que quelques exemples d’une longue liste.

Attirés par ce marché florissant, des acteurs tels que Disney, Warner Bros, Apple, et Paramount ont à leur tour lancé leurs offres. La guerre était déclarée et on imaginait alors que cette concurrence féroce allait nous garantir des productions de qualité sur la durée. Quelques pépites ont en effet vu le jour. Mais quelques années plus tard, l’heure du bilan a sonné et il n’est guère réjouissant.

Une aversion au risque

En 2024, Hollywood se remet péniblement de la grève des acteurs et des scénaristes qui a paralysé le secteur l’année précédente. D’après les données de la société ProdPro, le nombre total de productions tournées chez l’Oncle Sam sont ainsi en diminution de 37 % sur le premier semestre par rapport à la même période en 2022.

Pire, les chaînes et les plateformes semblent avoir une réelle aversion pour le risque. Un agent a ainsi déclaré à Business Insider que ces sociétés privilégient des contenus qui peuvent se regarder sur un seul épisode sans qu’un suivi au long cours ne soit nécessaire.

Même les grandes stars ne suffisent plus à convaincre les mastodontes du secteur de se lancer, à tel point que certaines vedettes appellent directement les patrons de Warner Bros ou d’Amazon Studios pour leur vendre un projet.

Un formatage des contenus

Si des séries et des films parviennent bien sûr à franchir ces sélections de plus en plus drastiques, la liberté qui était jadis laissée aux créateurs est de plus en plus réduite. Dans son livre, Netflix, l’aliénation en série, Romain Blondeau est notamment revenu sur ce point de bascule qui est intervenu en 2017 avec la sortie de la production espagnole La casa de papel.

Dès lors, le géant du divertissement va s’affairer à formater l’écriture et l’esthétique de ses créations. Un cahier des charges est fourni aux showrunners avec des normes bien précises à respecter.

La contemplation et la réflexion sont réduites aux maximum et chaque plan est censé servir un but précis. Cette idée est confirmée par J. D. Connor, professeur associé en études cinématographiques et médiatiques à l’université de Californie. D’après lui, la plateforme de streaming demande aux réalisateurs de n’utiliser qu’un seul type de caméras et d’adopter une résolution d’images collant à ses attentes. En clair, les séries se ressemblent de plus en plus.

Des tournages maltraités ?

Et ces problématiques ne valent pas que pour le N rouge. Dans un article publié sur son site Puck, notre confrère, Matthew Belloni, donne le point de vue de David Beaubaire, un producteur qui a travaillé pour des géants de l’industrie cinématographique (Warner Bros, DreamWorks, Paramount et Sony).

Selon lui, les diffuseurs ont tendance à sous-estimer les phases de tournage. Ainsi, les studios allouaient jadis des dizaines de producteurs sur les plateaux. Ils sont aujourd’hui bien moins nombreux à scruter le bon avancement des scènes.

Pourquoi l’espoir est de mise ?

Il estime donc qu’il y a un créneau à prendre pour sa société actuelle Sunset Lane. L’idée est ainsi d’assurer le développement de projets cinématographiques dont les studios et les diffuseurs ne veulent plus s’occuper : petits livres, histoires vraies, ou idées commerciales non traitées. Une telle perspective pourrait permettre une véritable montée en gamme des séries et des films.

D’autant que David Beaubaire n’est pas le seul à se positionner sur ce créneau. Puck mentionne ainsi des entreprises comme MRC (American Fiction), Fifth Season (80 for Brady), Artists Equity (Air) qui font tout à la place des studios puis revendent leurs contenus aux plus offrants. Outre l’amélioration de la qualité, cela assure d’ailleurs une meilleure rémunération des talents, ce qui n’est pas à négliger.

Signalons pour finir que cette relative perte d’audace des géants du divertissement est aussi une aubaine pour le cinéma indépendant. On pense ainsi au succès d’A24 qui a pu imposer sa marque au cours des dix dernières années et dispose désormais d’une aura planétaire.

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Netflix
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Par : Netflix, Inc.
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