Le Flip, dernier boitier instantané concocté par Polaroid, est un savant mélange de vintage et de technologies modernes. À en croire ses concepteurs, il a été pensé pour la « vraie vie », en opposition au monde virtuel des réseaux sociaux.
Bref, un monde où l’analogique est roi et les relations bien plus humaines. Vraiment ? Avouez que ces affirmations nécessitaient une vérification, ce qu’on a fait en testant le Polaroid Flip.
Back to the eighties
Une chose est sûre : le Flip affiche bien plus qu’un air de famille avec ses ancêtres des eighties, sans renier le design des années 2020. Il est fait d’un polycarbonate blanc et orange solide aux formes agréablement arrondies. Précisons que le Flip est également décliné en une version noire, plus discrète.
Son imposant flash articulé se replie sur la face avant, exactement comme le faisait celui du Polaroid Sun Autofocus 660 sorti en 1987. Il protège ainsi l’objectif, le déclencheur et le viseur optique lors du transport.

La face arrière héberge sur sa droite deux touches (activation du flash et multifonctions) tandis que l’oeilleton du viseur prend place sur la gauche. On trouve sur le flanc droit une prise USB-C afin de charger la batterie non amovible ainsi qu’une touche d’ouverture du compartiment de film se pace sur la face opposée.
Le Flip ne dispose pas de commande de mise sous tension. Celle-ci s’effectue automatiquement lorsqu’on relève le flash afin de dégager l’objectif. Un mini afficheur, logé dans la zone noire de la partie pivotante, affiche le nombre de vues disponibles dans le film ainsi que quelques icônes d’état (flash allumé, retardateur enclenché, etc).
Polaroid fournit avec le boitier une jolie lanière de cou que l’on s’empressera d’installer. En revanche, il ne faut pas oublier de se munir d’un chargeur et d’un câble USB-C, ceux-ci n’étant pas fournis. Est-ce grave ? Non, si l’on en croit la Commission Européenne, persuadée (souvent à raison) que chaque citoyen en possède déjà.
Sonar et analyse de scène
Côté technique, le Flip embarque un objectif 94-109 mm hyperfocal à quatre lentilles rotatives ouvrant à f/9 et d’un autofocus à sonar. Ça ne vous parle pas ? Alors retenez simplement que le Flip a besoin de beaucoup de lumière pour bien fonctionner : c’est pour cela que son flash très puissant est sollicité à chaque prise de vue (ou presque).
Le viseur ne passe pas par l’objectif et il n’y a pas de correcteur de parallaxe. Il faut donc se méfier d’un éventuel décalage de la scène si le sujet est proche. Bon point en revanche pour la présence d’un mécanisme d’analyse de l’exposition : une LED rouge, située à la base du viseur, prévient en cas de sous ou sur-exposition. On pourra alors compenser à l’aide du réglage ad hoc, la LED s’éteignant lorsque l’exposition est jugée correcte.
Si le côté point and shoot du Flip est mis en avant, il offre aux utilisateurs avancés quelques possibilité créatives comme la double exposition ainsi qu’un retardateur. Pour aller plus loin, il faudra passer par l’app compagnon Polaroid (iOS ou Android).
Elle communique avec l’appareil en Bluetooth et autorise le réglage manuel de l’exposition, de l’ouverture ou de l’exposition. Elle offre aussi un ensemble de tutoriels afin d’aider les débutants ainsi qu’un scanner ultra simple afin de partager numériquement les images analogiques.
Un peu de technique (mais pas trop, c’est promis)
Vous souhaitez en savoir un peu plus sur la façon dont fonctionne le Flip ? Vous êtes au bon endroit ! On vous explique cela sans trop de jargon.
Petit rappel : le Flip est équipé d’un objectif 94-109 mm hyperfocal à lentille rotative ouvrant à f/9. Il est accompagné d’une mise au point par sonar.
La distance focale de 94 à 109 mm indique qu’il s’agit d’un téléobjectif. On pourra l’utiliser pour des portraits de groupe, des photos de monuments ou des paysages, ce qui correspond pile à ce que font les utilisateurs d’appareils instantanés. L’aspect « hyperfocal » indique que la profondeur de champ est très importante et qu’un sujet situé au premier plan sera aussi net que l’arrière-plan, aussi éloigné soit-il, avec en prime un risque moindre d’obtenir une image floue.
L’ouverture f/9 de l’objectif peut sembler faible, surtout comparée à celle des smartphones et appareils photo conventionnels (généralement entre f/0,95 et f/4,8). C’est tout à fait normal, la surface de la zone sensible (le capteur) à couvrir par l’image retransmise par l’objectif étant beaucoup plus grande que celle d’un capteur numérique.
Par exemple, l’optique d’un smartphone haut de gamme équipé d’un capteur de type 1’’ doit couvrir une zone de 8,8 x 13,2 mm, soit la taille du capteur. L’espace le séparant de la lentille peut être réduit. Pour un reflex, la dimension de la zone à couvrir atteint 24 x 36 mm, expliquant pourquoi les objectifs à grande ouverture sont assez volumineux.
La surface sensible d’un tirage Polaroid étant de 79 x 79 mm, on vous laisse imaginer la taille de l’objectif (et son prix) pour une focale lumineuse… Une manière de partiellement compenser une faible ouverture est d’utiliser un fort éclairage : cela explique pourquoi le flash est activé par défaut.

Le téléobjectif du Flip est constitué de deux lentilles. La première est fixe : c’est celle que l’on voit à l’extérieur de l’objectif. La seconde n’est pas exactement une lentille, mais plutôt un disque rotatif pouvant se présenter dans quatre positions différentes. Polaroid parle de quatre « zones », chacune étant conçue pour une plage de distance spécifique :
- zone 1 : gros plan (40-77 cm)
- zone 2 : plan rapproché (77-103 cm)
- zone 3 : sujet à moyenne distance (1,03-1,68 m)
- zone 4 : sujet éloigné (1,68 m à l’infini)
Afin de déterminer celle qui doit être utilisée, il faut évaluer la distance séparant l’appareil et le sujet. Polaroid utilise pour cela un sonar qui émet une onde ultrasonique vers la scène à shooter. Celle-ci « rebondit » sur le sujet et retourne vers l’émetteur, qui en déduit la distance. L’électronique se charge alors de faire tourner le disque afin d’utiliser la bonne zone.
Le sonar est une technologie éprouvée depuis un sacré bout de temps. Polaroid la connait bien puisqu’elle était présente sur ses boitiers haut de gamme des années 80. Les appareils modernes n’utilisent plus cette technologie, car l’autofocus à détection de phase ainsi que le LiDAR sont plus rapides et bien plus précis.
Contraintes chimiques
La prise de vue s’effectue soit depuis le smartphone, soit à l’aide du déclencheur. Dans ce cas, une pression à mi-chemin effectue la mise au point et analyse l’exposition. Une pression complète déclenche la prise de vue puis l’éjection de la photo.
Elle doit alors impérativement être protégée de la lumière : c’est le rôle de la « langue de grenouille » qui recouvre la partie exposée. Ne dégagez pas la photo immédiatement ! Attendez une quinzaine de secondes pour la récupérer, puis posez-la face contre table (ou dans une poche) pendant un quart d’heure. Et surtout, abstenez-vous de la secouer comme on le voit souvent : cela contribue à détériorer la qualité de l’image.

Ces contraintes, qui n’existaient pas avec les films Polaroid de la fin des années 90, sont dues au changement de formule chimique des réactifs. Ceux utilisés à l’origine n’existent plus (ou sont jugés trop toxiques). Les repreneurs de Polaroid, qui a fait faillite en 2001, ont dû dépenser des fortunes en R&D afin de recréer un film instantané tenant la route.
Au fil des génération, les épreuves gagnent en qualité, même si l’on n’est pas encore au niveau des films d’origine. De plus, la nouvelle surface sensible est bien plus épaisse que l’originale. C’est ce qu’explique Polaroid afin de justifier la présence de huit tirages dans ses cartouches (au lieu de dix) : la compatibilité avec les boitiers d’origine est ainsi conservée.
La qualité au prix fort
Très bien, mais cela donne quoi en terme de qualité ? Les images produites ne sont pas mal du tout et l’on constate que les couleurs gagnent en vivacité au fil des générations. La mise au point par sonar s’avère assez performante pour un produit instantané. Idem pour l’analyse d’exposition, qui évite de rater bêtement une photo.

C’est d’autant plus appréciable quand on sait qu’une cartouche de huit photos est vendu 18 euros ! Shooter avec un Polaroid Flip est une activité onéreuse : à 2,25 euros le tirage, mieux vaut faire attention à ce que l’on met en boite. Ce cout très élevé est à prendre en compte avant de confier l’appareil à un enfant, par exemple…
Afin de faire un peu baisser l’addition, on peut opter pour l’achat de packs . Celui contenant trois cartouches est disponible pour 51 euros, tandis qu’il faudra débourser 180 euros pour une douzaine. Et surtout se souvenir que la conservation des films doit s’effectuer au froid, dans un réfrigérateur.
Notre avis sur le Polaroid Flip
À n’en pas douter, le Flip est une réussite sur bien des aspects. On apprécie la présence d’un autofocus à sonar qui fiabilise la mise au point, le flash très puissant ainsi que les réglages créatifs disponibles depuis l’application compagnon.
Certes, le viseur pourrait être amélioré en lui ajoutant une correction de parallaxe. Mais pour le reste, le Flip fait le boulot. Et même très bien. Il plongera les amateurs de photographie instantanée dans un univers analogique fleurant bon les années 80… et cela n’a pas de prix !
Ou plutôt si : le Polaroid Flip est vendu 219 euros, prix encore acceptable pour un appareil de cette qualité. Celui des cartouches de film l’est nettement moins puisqu’une photo revient entre 1,90 et 2,25 euros. Cela fait de la photographie instantanée un produit de luxe, donc désirable… mais hors de portée de beaucoup d’utilisateurs potentiels. Malheureusement.
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