Faut-il renoncer à sanctuariser le 1ᵉʳ mai, symbole des luttes sociales, pour permettre à quelques commerces d’ouvrir leurs portes ? Cette question vient d’être relancée par le Sénat, en adoptant une proposition de loi visant à élargir les dérogations permettant à certains d’entre eux de faire venir leurs salariés pendant la Fête du Travail. Fleuristes, boulangers, cinémas ou théâtres seraient autorisés les faire travailler sous deux conditions : une rémunération doublée et que le salarié soit d’accord.
Un texte porté par Hervé Marseille et Annick Billon (Union des démocrates et indépendants), soutenu par la majorité sénatoriale de droite et du centre, et appuyé par le Gouvernement.
Un héritage social sur la sellette
Selon la Ministre du Travail Catherine Vautrin, l’objectif de cette loi est de « combler une faille juridique » et clarifier des règles jugées trop floues par certains artisans, régulièrement contrôlés pour avoir fait travailler leurs salariés le 1ᵉʳ mai. « Il ne s’agit pas de casser le 1er mai », a insisté la ministre, mais de « protéger commerçants, salariés et territoires ».
Annick Billon a également dénoncé une posture « caricaturale » de la gauche, de son point de vue, trop arcboutée sur l’aspect symbolique de cette journée. « Pendant quarante ans, vous avez acheté du pain le 1er mai, sans que cela ne vous pose aucun problème », a-t-elle souligné, estimant que la pratique existe déjà dans les faits.
Bien évidemment, à gauche, les boucliers se sont levés. « Votre objectif final est de voler un jour de congé aux salariés », a accusé la socialiste Monique Lubin, ironisant : « Il va falloir nous expliquer en quoi le 1ᵉʳ mai, on ne peut pas se passer d’aller dans une charcuterie acheter du pâté ou dans une boulangerie où l’artisan aura mobilisé sa horde de salariés ».
Cathy Apourceau-Poly (PCF) a fustigé un « détricotage » progressif menaçant « 1,5 million de salariés » et risquant, à terme, de remettre en cause l’esprit même de la Fête du Travail. La querelle a été émaillée de mots durs : Patrick Kanner (PS) a mis en garde : « Continuez comme ça et vous verrez que la censure sera au bout du rendez-vous politique ».
Du côté de la CGT, on y va un peu plus franchement. « Cette proposition de loi a été faite pour légaliser une violation de la loi : celle de ne pas respecter le droit au repos des salariés. Quelle va être la suite, légaliser la fraude patronale aux cotisations sociales ? Au fil des propositions de loi du Sénat, on assiste en fait à une continuité : la dérégulation en faveur des grands groupes contre les petites entreprises, des patrons contre les salariés, du business contre la planète, du profit pour quelques-uns quelque en soit le prix pour tous les autres », explique le syndicat dans son communiqué de presse.
Accompagnée des autres syndicats (UNSA, CFTC, CFDT, CFE-CGC, FSU, FO et Solidaires), ils considèrent tous cette mesure contre une attaque en règle. Une remise en question de « cent ans d’histoire de lutte sociale ». Depuis 1947, le 1ᵉʳ mai est légalement chômé et payé, un héritage des combats ouvriers du XIXᵉ siècle, qui symbolise un temps de pause collectif, hors des logiques marchandes. Le texte a été adopté à 228 voix contre 112 et devra être encore examiné à l’Assemblée nationale, au mois de septembre, « sans possibilité d’amendement », rappelle la CGT dans son communiqué.
- Le Sénat a validé une proposition permettant à certains commerces d’employer du personnel le 1ᵉʳ mai, sous conditions.
- Le gouvernement parle d’une mise au clair du droit, tandis que la gauche et les syndicats dénoncent une menace pour ce jour historique de repos commun.
- La mesure, déjà votée au Sénat, sera examinée à l’Assemblée en septembre sans amendement possible.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.