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Une fabrique à étoiles massive découverte à deux pas de notre système solaire

Invisible jusqu’ici, ce nuage moléculaire géant se cache à seulement quelques centaines d’années-lumière de notre planète.

Les étoiles ne naissent pas dans le vide spatial, mais dans des poches d’hydrogène froid, au sein de vastes nébuleuses baptisées nuages moléculaires. Denses et opaques, elles servent de matrice aux futurs systèmes planétaires. Leur composant principal, l’hydrogène moléculaire (H₂), est pourtant très ardu à détecter directement.

C’est pourquoi les astronomes s’appuient depuis des décennies sur un traceur plus coopératif : le monoxyde de carbone (CO). Ce dernier, bien que présent en plus faible concentration, émet dans des longueurs d’onde plus accessibles et sert en quelque sorte de substitut pour cartographier ces nuages depuis les années 1970. Une technique qui suppose que tout nuage riche en H₂ contiendra aussi du CO en quantité suffisante pour être détecté. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas ; certaines régions actives en sont dépourvues et restent alors invisibles.

La découverte d’Eos en est l’illustration parfaite : ce nuage colossal est longtemps resté hors de portée des radars, non parce qu’il manquait de matière, mais parce qu’il contient trop peu de CO pour apparaître dans les relevés. Ce n’est qu’en le regardant autrement que les astronomes ont enfin pu poser leurs yeux dessus.

Eos : ce que le CO ne montrait pas

Ainsi, Eos est situé à seulement 300 années-lumière (approximativement 2,8383×1015 km) de notre berceau ; un de nos voisins les plus proches à l’échelle galactique (voir vidéo ci-dessous).C’est un nuage gigantesque, estimé à 3 400 masses solaires, et large comme quarante pleines lunes dans le ciel. Sa taille ne l’a pas empêché de passer complètement inaperçu pour les raisons expliquées en introduction.

L’équipe dirigée par Blakesley Burkhart (Université Rutgers à New Brunswick dans le New Jersey) a choisi une autre voie pour le localiser. Les chercheurs ont observé directement l’H₂ en traquant une autre émission : la fluorescence produite lorsqu’il est excité par des rayons ultraviolets lointains. Ce signal est rarement utilisé, mais il donne la possibilité de détecter l’hydrogène dans des zones dans lesquelles le monoxyde de carbone est absent ou se fait trop rare.  Un signal éthéré, que leurs instruments ont su isoler correctement. Eos est ainsi apparu nettement, comme s’il avait toujours été là ; ce qui était exactement le cas.

En plus d’être immense, Eos revêt un intérêt scientifique indéniable. À cette distance relativement restreinte, il devient un cas d’étude d’exception : il sera possible d’examiner la répartition du gaz, les zones d’instabilité gravitationnelle, les gradients de densité ou encore les premiers mouvements de compression. Tout autant de dynamiques qu’on observe d’ordinaire à bien plus faible échelle, faute de résolution suffisante sur des nuages aussi massifs.

Une nouvelle lecture du ciel : l’après-Eos a déjà commencé

La découverte de ce nuage est déjà un immense progrès en soi, mais c’est surtout le protocole utilisé pour le découvrir qui ouvrira de nouvelles possibilités méthodologiques. En s’affranchissant du CO pour cibler directement l’H₂, les astronomes ont mis la main sur un tout nouveau levier d’observation, exploitable directement.

Là où les relevés traditionnels voyaient du vide ou de simples fluctuations de fond, cette méthode nous permettra certainement de révéler de nouvelles structures comme Eos ; ce qu’on tenait pour négligeable était en réalité mal observé.

Cette méthode est désormais le pilier d’un projet de la NASA, lui aussi baptisé Eos. Son objectif est, à grande échelle, d’appliquer ce protocole pour réinterroger la cartographie du gaz moléculaire dans la Voie lactée. Preuve supplémentaire : la même équipe aurait repéré un autre nuage, cette fois à l’extrême inverse d’Eos ; non pas dans notre voisinage galactique, mais à des distances telles qu’aucune structure de ce type n’avait encore été identifiée.

Le signal provient d’une source identifiée par notre cher télescope spatial James Webb, à l’aide du même protocole. Rien d’encore validé, car les données sont encore en prépublication, mais le changement de méthode a déjà été adopté : explorer le proche et le lointain avec un outil jusque-là marginalisé.

Il y a des moments où l’astrophysique progresse non pas par la découverte d’objets stellairestrous noirs supermassifs, supernovas explosives, exoplanètes – mais par un changement de focale et une réappropriation de nos outils de lecture. Eos est bien la preuve que la nouveauté ne vient pas toujours de la voûte céleste en elle-même, mais de la manière que les scientifiques ont décidée de l’observer. Cette dernière a été suffisante pour faire passer un nuage équivalent à plusieurs milliers de fois notre Soleil du néant au visible : Eos existait sans jamais avoir été vu, simplement parce que la question posée n’était pas la bonne.

  • Des astronomes ont identifié un immense nuage de gaz jusqu’ici passé inaperçu, situé à proximité du système solaire : Eos.
  • Ce nuage n’avait jamais été repéré, car les méthodes d’observation classiques ne permettaient pas de le détecter.
  • Cette nouvelle approche, désormais adoptée par la NASA, pourrait révéler d’autres structures comparables dans la galaxie.

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