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Une nouvelle espèce de super-prédateur antique a été identifiée en Égypte

Ce « faux lion » du passé africain a terrorisé ses proies bien avant que les félins modernes ne prennent le relais.

Les terres arides du Fayoum, au sud-ouest du Caire, étaient méconnaissables il y a 30 millions d’années. Là où s’étend aujourd’hui un océan de sable s’épanouissait autrefois des forêts luxuriantes où la vie sauvage foisonnait. C’est ici même qu’une équipe de scientifiques a exhumé les restes d’un redoutable super-prédateur.

Bastetodon syrtos, féroce carnivore, avec ses mâchoires titanesques et ses dents acérées, incarnait la quintessence du chasseur parfait dans ces forêts anciennes. Une nouvelle espèce décrite intégralement dans une étude publiée le 16 février dans la revue Journal of Vertebrate Paleontology. En voici un petit résumé.

Le Bastetodon : un chasseur hors pair dans les forêts du Fayoum

Dans les sédiments rocheux de cette région, le Bastetodon a laissé son empreinte, et a révélé par la même occasion l’existence d’un membre jusqu’alors inconnu de l’ordre des Hyaenodonta. Ces créatures, rivalisant en taille avec les grands félins actuels, régnaient en maîtres absolus sur les écosystèmes africains après l’extinction des dinosaures.

Son nom rend hommage à la déesse Égyptienne Bastet, figure emblématique de la mythologie souvent représentée avec une tête de chat sous sa forme animale. Elle était vénérée comme la déesse du foyer, de la fertilité, de la protection et de la maternité. Chargée de punir les ennemis de l’Égypte et de rétablir l’ordre, elle pouvait parfois se montrer impitoyable envers ceux qui s’opposaient à la volonté divine. Voilà pourquoi le Bastetodon a été nommé ainsi.

Le crâne retrouvé (voir vidéo ci-dessous) par les paléontologues est celui d’un animal parfaitement taillé pour la chasse : des muscles masticateurs surpuissants et une dentition comparable à celle des hyènes, mais encore plus sophistiquée. Il traquait ses proies – primates primitifs, ancêtres des hippopotames, éléphants ancestraux et hyracks de petits mammifères herbivores ressemblant à des castors – dans les fourrés denses qui recouvraient jadis la région.

Un site exceptionnel pour comprendre l’évolution des mammifères

« Alors que nous nous apprêtions à conclure nos travaux, un membre de l’équipe a repéré quelque chose de remarquable : une série de grandes dents émergeant du sol. Son exclamation enthousiaste a alerté l’équipe, signalant une découverte hors du commun : le crâne presque intact d’un ancien superprédateur, le rêve de tout paléontologue spécialiste des vertébrés », relate Shorouq Al-Ashqar, paléontologue à l’Université de Mansoura et co-auteur de l’étude.

La mise au jour du Bastetodon a eu un effet domino complètement inattendu sur la compréhension d’un autre fossile, découvert il y a plus d’un siècle dans les mêmes terres. Ce fossile, appartenant à un hyénodonte (groupe diversifié de mammifères carnivores, aujourd’hui éteint) de la taille d’un lion, avait été initialement classé parmi les lignées européennes en 1904.

Aujourd’hui, il a été rebaptisé Sekhmetops par l’équipe, en hommage à Sekhmet, la déesse guerrière à tête de lionne. L’analyse du crâne du Bastetodon a permis aux chercheurs de comprendre que ces deux créatures appartenaient à une même lignée, non pas venue d’Europe comme on le pensait, mais née sur le sol africain.

Matt Borths, conservateur des fossiles au Duke Lemur Center Museum of Natural History, explique l’importance primordiale de cette région pour ce domaine scientifique. « Le Fayoum est un véritable trésor paléontologique pour l’Afrique. Sans lui, nos connaissances sur la formation des écosystèmes africains et l’évolution de mammifères comme les éléphants, les primates et les hyénodontes seraient extrêmement lacunaires ».

Le règne du Bastetodon et du Sekhmetops ont pris fin, il y a environ 25 millions d’années, victimes des bouleversements climatiques et tectoniques de l’Oligocène. L’atmosphère s’est refroidie, les régimes de précipitations ont également été modifiés, avec des régions devenant plus arides et d’autres plus humides, et les niches écologiques ont changé. De nombreuses espèces disparurent alors, faute de pouvoir s’adapter, mais d’autres sont apparues : ancêtres des félins, canidés et hyènes modernes, herbivores (ancêtres des vaches, des cerfs, etc.) et primates en tous genres. Tout autant de potentielles proies que nos deux super-prédateurs n’ont jamais pu se mettre sous la dent !

  • Une équipe de paléontologues a découvert en Égypte une nouvelle espèce de carnivore féroce, Bastetodon syrtos, qui dominait les forêts il y a 30 millions d’années.
  • L’analyse du crâne récemment trouvé a permis de reclasser un ancien spécimen et de confirmer l’origine africaine de ces prédateurs disparus.
  • Les changements climatiques et l’arrivée de nouveaux mammifères ont conduit à la disparition de ces chasseurs avant qu’ils ne puissent s’adapter.

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