Le fond de nos yeux est tapissé d’une structure spéciale, la rétine ; c’est elle qui reçoit la lumière et l’envoie au cerveau sous forme d’influx nerveux pour que nous puissions percevoir le monde. Elle-même est composée de plusieurs types de tissus, dont les vaisseaux rétiniens, qui servent à irriguer la rétine en oxygène et en nutriments, garantissant le bon fonctionnement des cellules photoréceptrices.
Pour les chercheurs de l’Université McMaster, ce réseau microvasculaire, selon ses ramifications, reflèterait directement l’état de notre système circulatoire. En l’analysant, ils pensent pouvoir ainsi estimer à la fois le rythme du vieillissement de notre organisme, et estimer le risque de développer des maladies cardiovasculaires. Cette découverte, publiée le 24 octobre dans la revue Science Advances, pourrait ouvrir la voie à la conception de tests de dépistage non invasifs afin d’identifier plus précocement les individus les plus à risque.
Le regard, miroir de l’âge intérieur
Si « les yeux sont le miroir de l’âme », comme l’écrivait Cicéron au 1ᵉʳ siècle avant J.-C., pour la chercheuse Dr. Marie Pigeyre, agrégée au Département de médecine de l’Université McMaster et autrice principale de l’étude, ils sont aussi le miroir du système vasculaire. « Les modifications des vaisseaux sanguins de la rétine reflètent souvent celles qui surviennent dans les petits vaisseaux du reste du corps », explique-t-elle.
Afin de comprendre cette corrélation, son équipe a analysé les images rétiniennes, les profils génétiques et les échantillons sanguins de plus de 74 000 participants issus de quatre grandes cohortes internationales. Les individus dont les vaisseaux sanguins étaient constitués plus simplement, c’est-à-dire avec moins de ramifications, étaient ceux présentant davantage de signes biologiques de vieillissement accéléré.
Parmi ces signes ont été rapportés : une inflammation systémique accrue, une diminution de la durée de vie cellulaire, des marqueurs sanguins liés au vieillissement et une plus forte probabilité de développer une maladie cardiovasculaire.
Cela signifie potentiellement qu’une simple imagerie rétinienne pourrait, à terme, venir compléter les examens cardiovasculaires pour repérer les premiers signes de vieillissement. Toutefois, pour l’heure, il ne s’agit que d’une hypothèse appuyée par des corrélations statistiques solides, ce qui relève donc encore de la recherche fondamentale. Ces résultats devront être confirmés par d’autres études longitudinales avant d’envisager cette méthodologie comme un réel outil de diagnostic.
Pourquoi nos vaisseaux sanguins vieillissent plus vite que nous ?
Les vaisseaux sanguins sont parmi les structures biologiques les plus exposées du corps : ils assurent le transport ininterrompu du flux sanguin, et subissent constamment les variations du métabolisme, ainsi que des contraintes mécaniques et inflammatoires.
Leur revêtement intérieur, l’endothélium, réagit en permanence à la pression artérielle, aux lipoprotéines oxydées, à l’excès de glucose ou aux médiateurs pro-inflammatoires. À force d’être sollicité, ce tissu s’altère : il perd son élasticité et s’épaissit. C’est le début du vieillissement vasculaire, un processus qui précède souvent la détérioration des organes qu’il irrigue. Ces vaisseaux sont ainsi parmi les premiers tissus à se fragiliser, bien avant l’apparition de signes de vieillissement extérieur.
Cette usure mécanique est aggravée par des déséquilibres moléculaires intrinsèques au système vasculaire. Certaines protéines, normalement impliquées dans la réparation des tissus, se mettent à agir en sens inverse. C’est le cas, par exemple, de la protéine MMP12 qui dégrade des composants clés de la paroi vasculaire comme le collagène et l’élastine, et d’une autre nommée IgG-Fc receptor IIb, qui amplifie et entretient les processus inflammatoires chroniques.
Pour Pigeyre, l’identification de ces deux protéines, MMP12 et IgG-Fc receptor IIb permet d’envisager une approche thérapeutique axée sur ces molécules. « Ces résultats laissent entrevoir de nouvelles stratégies pour freiner le vieillissement vasculaire, limiter les complications cardiaques et améliorer la longévité », explique la chercheuse.
Même si cette étude a été validée, il faudra sans compter une décennie avant que cette méthodologie ne rejoigne les outils de dépistage courants. Le chemin est long, mais le potentiel de cette approche est immense, puisqu’il s’agirait, à terme, de pouvoir lire le vieillissement comme un processus biométrique mesurable. Pour la médecine préventive, c’est une opportunité unique d’adapter les stratégies de prévention sans recourir à des tests complexes et encore, à ce jour, très coûteux.
- L’analyse de la rétine pourrait permettre d’évaluer plus tôt l’état du système vasculaire et le rythme du vieillissement biologique.
- Deux protéines associées à l’usure des vaisseaux et à l’inflammation pourraient devenir des cibles pour ralentir le vieillissement cardiovasculaire.
- La méthode reste expérimentale, mais elle ouvre la voie à une prévention médicale plus précoce et moins invasive.
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