Le marathon est déjà un exploit physique en soi ; parcourir 42,195 km à une vitesse de course comprise entre 8 et 19 km/h selon les coureurs ; n’est pas donné à tout le monde. Le corps est mis à rude épreuve, les muscles sont sollicités à l’extrême, l’oganisme puise profondément dans ses réserves d’énergie et l’endurance mentale, elle aussi, en prend un coup.
Justement, ce qui se passe dans notre tête pendant ces longues heures d’effort (de cinq à trois heures en moyenne) restait un peu dans l’ombre. Une équipe de chercheurs espagnols vient de s’intéresser à ce sujet en publiant lundi 24 mars une étude dans la revue Nature Metabolism. Lors de ces épreuves d’endurance, le cerveau des athlètes subit aussi des transformations assez spectaculaires.
La myéline, carburant d’urgence de l’extrême
Les scientifiques ont réalisé des IRM cérébrales sur dix coureurs avant et après un marathon urbain ou de montagne. Une fois la course terminée, les participants avaient tous perdu de la myéline dans des régions spécifiques du cerveau, notamment celles impliquées dans la coordination motrice et l’intégration sensorielle et émotionnelle.
Qu’est ce que la myéline ? C’est une substance composée à 70-80 % de lipides qui forme une gaine protectrice autour des neurones et accélère la transmission des signaux nerveux. Sans elle, la transmission des signaux nerveux serait grandement ralentie, voire interrompue. Perturbation des fonctions motrices, altération de la sensibilité, troubles cognitifs, etc. Nous ne pourrions tout simplement pas vivre sans myéline.
Selon les chercheurs, lorsque l’organisme épuise ses réserves de glucose durant un effort prolongé ; ici, un marathon ; le cerveau puiserait dans cette myéline comme source alternative d’énergie. « Ces résultats suggèrent que la teneur en myéline du cerveau est temporairement et réversiblement diminuée par un exercice intense », écrivent les auteurs de l’étude. « Temporairement » : c’est là que ça devient encore plus intéressant.
Quand le cerveau se reconstruit
Les examens réalisés deux semaines après la course ont révélé que les niveaux de myéline avaient commencé à augmenter, sans toutefois retrouver leur état initial. Ce n’est qu’après deux mois que la myéline est revenue à son niveau de base. Les chercheurs soulignent néanmoins les limites de leur étude, notamment la taille très réduite de l’échantillon sélectionné.
C’est pourquoi ils appellent à effectuer des recherches supplémentaires pour confirmer ces observations et mieux comprendre le phénomène qu’ils ont observé. « Ces résultats, qui pourraient avoir une incidence majeure sur notre compréhension du métabolisme énergétique cérébral [NDLR : l’ensemble des processus biochimiques par lesquels notre cerveau utilise le glucose et l’oxygène pour produire l’énergie nécessaire pour fonctionner], nécessitent d’être approfondis », notent-ils.
On pourrait se poser plusieurs questions suite à cette découverte : la myéline est-elle utilisée différemment selon le type d’effort ? Cette réduction temporaire entraîne-t-elle des changements physiques ou cognitifs perceptibles ? En dépit de ces altérations, les marathoniens et autres coureurs d’élite jouissent généralement d’une excellente santé et d’une espérance de vie supérieure à la moyenne.
Cette récente étude ouvre néanmoins des pistes prometteuses pour aider à la recherche sur les maladies neurodégénératives où la myéline se dégrade de façon permanente, comme la sclérose en plaques (SEP). Les mécanismes de dégradation et de régénération de la myéline pourraient être mieux compris et on pourrait éventuellement identifier de nouvelles cibles thérapeutiques pour ralentir ou inverser la progression de ce type de pathologies. Encore une belle preuve que notre organe le plus important est peut-être celui que l’on connaît le moins.
- Une étude vient de montrer que courir un marathon modifie temporairement certaines structures essentielles du cerveau en diminuant les niveaux de myéline.
- Ces altérations sont réversibles, mais mettent plusieurs semaines à revenir à l’état initial.
- Ces découvertes pourraient éclairer de futures recherches sur certaines maladies affectant le système nerveux.
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