Cela faisait plusieurs années que les sites pornographiques étaient dans le collimateur des entités légales du monde entier, accusés de tous les maux. En France, l’industrie pornographique et le gouvernement se sont adonnés à un bras de fer impitoyable pendant un long moment. Jusqu’en juin dernier, quand le groupe Aylo, détenteur de YouPorn, RedTube et Pornhub, a choisi de bloquer ses sites X les plus populaires dans tout l’Hexagone.
Le sujet est le même depuis tout ce temps : il est nécessaire de protéger les jeunes internautes et d’instaurer une véritable vérification de l’âge des utilisateurs sur les sites pornographiques. Les sites reprochent l’absence d’une solution suffisamment efficace et respectueuse de la vie privée des internautes.
Malgré ce coup de colère, le Conseil d’Etat a fini par rétablir l’obligation de vérification d’âge des utilisateurs sur ces sites destinés aux adultes. Depuis cet été, le marché de contenu X a profondément changé. Ainsi, nos collègues du Journal du Geek ont voulu faire un état des lieux bienvenu au travers d’une étude quantitative réalisée auprès de 1000 Françaises et Français. Contournements massifs, migrations vers d’autres canaux, disparités d’usage, efficacité… Que retenir après 6 mois de la mise en œuvre de la vérification de l’âge des internautes sur les sites pornographiques ?
Véritable paradoxe
Sur le papier, la mise en place de la vérification de l’âge des utilisateurs sur les sites X est encensée. Bien sûr, les internautes désirent protéger les enfants, pré-adolescents et adolescents de ces contenus inappropriés. Ainsi, 76% des Français approuvent ce choix et 89% des personnes interrogées veulent que la vérification d’âge soit étendue à d’autres contenus sensibles (jeux d’argent, alcool, violence…) selon l’étude exclusive du Journal du Geek.
Mais dans les faits, seulement 1 Français sur 5 croit en l’efficacité de cette mesure. Ils sont 68% à penser que la vérification d’âge réduit l’accès des mineurs de façon “limitée ou nulle” aux contenus pornographiques et presque 22% à être vraiment convaincu d’un impact significatif du dispositif.
Depuis cet été, un tiers des consommateurs adultes n’hésite pas à contourner le dispositif et ils sont carrément 20% à le faire régulièrement. Plus de la moitié des internautes âgés de 18 à 24 ans (59%) passe par un VPN pour simuler une connexion depuis un autre pays alors que les autres générations misent plutôt sur l’emprunt du compte d’un proche ou d’autres solutions plus “artisanales”. Les autres se montrent ingénieux : 30% des 18-24 ans trouvent leur bonheur sur les réseaux sociaux, où la modération est moins stricte alors qu’ils sont plus facilement accessibles aux mineurs.
Bien que de nombreux internautes trouvent des ressources pour passer entre les mailles du filet, la mise en place de la vérification de l’âge des internautes sur les sites X a réellement affecté les habitudes des Français. Toujours selon l’étude exclusive du Journal du Geek, 1 Français sur 10 a complètement arrêté de consommer du contenu pornographique et 15% des personnes interrogées affirment en regarder moins souvent. Ainsi, un quart des internautes adultes ont modifié leurs habitudes. Les chiffres sont encore plus intéressants chez les 18-24 ans, qui abandonnent plus facilement, alors qu’ils sont les plus à même de contourner les restrictions. C’est bien la preuve que le dispositif n’est pas “totalement inefficace”.
2 Français sur 3 ont peur pour leurs données personnelles
Vérifier l’âge des utilisateurs, c’est bien. Mais ce dispositif soulève de nombreuses inquiétudes chez les internautes : protection de la vie privée (29%), piratage ou fuites de données (27,7%), traçage des habitudes de consommation (14,5%). Les utilisateurs masculins sont les plus tourmentés par la mise en place de cette vérification de l’âge et de ses potentiels risques. Près de 40% des femmes déclarent n’avoir aucune inquiétude particulière face à 17,4% des hommes consultés.
De toutes les solutions existantes pour vérifier l’âge, le système de double anonymat est le plus convaincant et le plus rassurant aux yeux de 72,3% des Français, allant dans le sens de l’Arcom qui le considère à ce jour comme le plus fiable et le moins intrusif. Le double anonymat s’appuie sur l’intervention d’un tiers de confiance, comme un opérateur téléphonique ou une entreprise privée, pour vérifier l’âge de l’utilisateur sans connaître la nature de sa demande. Le site reçoit seulement la confirmation de la majorité de l’internaute, sans accéder à son identité. Malgré ce consensus, près d’un tiers des Français restent dubitatifs concernant la réelle protection de la vie privée de ce système.
D’après Amandine Jonniaux, experte sextech et rédactrice en chef adjointe au Journal du Geek, la solution parfaite n’existe pas mais il est essentiel de “marquer un tournant après des années de laxisme face à la pornographie en ligne”. Le vrai risque, finalement, est que les utilisateurs, majeurs comme mineurs, se tournent “vers des zones non régulées où aucune protection n’existe”.
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