Avis Budget Group, géant américain de la location de voitures, traîne une dette nette de 28 milliards de dollars, des capitaux propres négatifs, et accumule près de 3 milliards de dollars de pertes sur ses deux derniers exercices financiers. Sa charge d’intérêt, alourdie par la remontée des taux, engloutit l’intégralité de son profit d’exploitation – et même davantage.
Pour les fonds spéculatifs à l’affût de ce type de profil, Avis est une cible parfaite. Car leur stratégie réside dans la vente à découvert, ou short selling. Le principe est simple mais très risqué. Ils empruntent les actions d’une entreprise qu’ils jugent surévaluée, les vendent immédiatement, puis espèrent les racheter plus tard à un prix inférieur pour empocher la différence.
Ils sont donc passés à l’action : environ 90 % des titres en circulation d’Avis ont été empruntés par des spéculateurs pariant sur l’effondrement du cours. De quoi déclencher un « short squeeze ».

Un effet boule de neige
Concrètement, lorsque le cours d’un titre vendu à découvert commence à monter, pour quelque raison que ce soit, les vendeurs à découvert se retrouvent en difficulté. Car plus ils attendent, plus leurs pertes s’accumulent. Ils sont alors forcés de racheter les actions qu’ils avaient empruntées, en urgence, à n’importe quel prix. Ces achats massifs font encore monter le cours, ce qui pousse d’autres vendeurs à découvert à racheter à leur tour. Et la spirale s’emballe.
Dans le cas d’Avis, c’est Pentwater, l’un des deux hedge funds qui contrôlent les deux tiers du capital, qui a sonné le début de l’assaut. Il a vendu massivement des options qui déclenchent mécaniquement une forte demande de titres, obligeant les vendeurs à découvert à se racheter précipitamment. Le cours s’est envolé de 100 à près de 450 dollars en quelques semaines. Soit +394 %.
Un tel scénario n’est pas inédit. En 2008, Porsche avait discrètement raflé 74 % du capital de Volkswagen, piégeant les vendeurs à découvert et propulsant le titre à 999 euros, faisant brièvement de VW l’entreprise la plus valorisée au monde. En 2021, c’est une armée d’investisseurs particuliers réunis sur le forum Reddit WallStreetBets qui ont fait exploser GameStop de 17 à près de 500 dollars, ruinant les hedge funds qui pariaient sur sa faillite. Cet épisode a marqué durablement l’histoire de la finance moderne.

Un tour de passe-passe qui arrange bien Avis
Une fois le cours au zénith, Avis a lancé une augmentation de capital de 5 millions d’actions, soit 15 % du total. L’entreprise a ainsi récupéré des liquidités fraîches dont elle avait désespérément besoin pour tenir face à ses créanciers. Les hedge funds actionnaires comme Pentwater et SRS, eux, ont empoché leurs gains au passage.
Mais les autres ont clairement perdu au change. Tout comme les investisseurs particuliers qui ont acheté au sommet, attirés par l’euphorie sans comprendre que la hausse ne reposait sur aucune amélioration réelle. Avis est toujours dans le rouge, et donc le cours reviendra tôt ou tard à la réalité.
Notre analyse
Cet épisode est un rappel brutal que les marchés financiers ne sont pas toujours le reflet de la santé d’une entreprise. Ici, un titre aux fondamentaux catastrophiques a bondi de près de 400 % en quelques semaines car deux hedge funds ont su exploiter une configuration technique exceptionnelle à leur avantage.
Parier sur la baisse d’un titre peut sembler rationnel quand les chiffres sont mauvais. Mais cela peut aussi devenir une bombe à retardement : il suffit d’un déclencheur pour que les pertes deviennent incontrôlables, et que les gagnants de la logique financière se retrouvent piégés par la mécanique des marchés.
- Avis Budget Group, entreprise surendettée et déficitaire, s’est retrouvée au cœur d’un short squeeze orchestré par deux hedge funds actionnaires.
- En forçant les spéculateurs à découvert à racheter leurs positions en urgence, ces derniers ont propulsé le cours de +394 % en quelques semaines.
- Avis en a profité pour lever des capitaux frais.
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